Le Maroc pas inscrit dans la liste des paradis fiscaux

Ouf de soulagement à Bruxelles

Ahmed Rahhou
AhmedRahhou. Faireentendre raison auConseil de l’UE.

Pour un rien, le Maroc aurait pu figurer sur la liste noire des paradis fiscaux de l’Union européennes (UE). Les autorités marocaines auront toutefois, au cours des mois à venir, du pain sur la planche.

On peut dire que le Maroc l’a échappé belle. Ce mardi 12 mars 2019 à Bruxelles, où ils étaient en conclave, les ministres des Finances européens n’ont finalement pas couché le nom du Royaume dans la «liste noire» des paradis fiscaux, tel que les autorités du Vieux Continent appellent ce répertoire «des pays et territoires non coopératifs à des fins fiscales», selon l’expression consacrée. Le Maroc, s’il n’est visiblement pas exemplaire en la matière, a, lui, pu compter sur la mansuétude de Bruxelles car «des problèmes institutionnels ou constitutionnels» -on ne précise pas lesquels- ne lui auraient pas permis de tenir ses engagements, selon ce que rapporte la presse nationale.

Il reste, toutefois, sur la «liste grise» des paradis fiscaux de l’UE, certes moins embarrassante que sa soeur noire, mais non moins problématique, dans la mesure ou le fait d’y être inscrit ne saurait être que temporaire. En effet, le conseil Affaires économiques et financières, qui réunit donc les ministres des Finances européens, a bien fait savoir dans le communiqué actant la révision de ses listes des paradis fiscaux que les onze pays et territoires présents dans la «liste grise»-dont le Maroc- risquent à tout moment d’être rétrogradés, à défaut d’«adopter les réformes nécessaires».

Encore du pain sur la planche
Au vrai, si le Royaume n’y met pas la célérité suffisante, rien n’empêche de l’imaginer figurer, dans un proche avenir et peut-être dès l’exercice suivant, dans la «liste noire». D’ailleurs, l’ONG Oxfam, qui s’était fendu d’un rapport d’une trentaine de pages le 7 mars afférent aux deux listes de l’UE, avait considéré, sans s’épancher toutefois davantage sur ce sujet, que le Maroc devrait être mis à l’index. En d’autres termes, les autorités marocaines ont du pain sur la planche. «Il y a un malentendu entre Rabat et Bruxelles,» soutient cependant un spécialiste des dossiers européens.

«Là où l’Europe nous dit que nous sommes un paradis fiscal, il faut plutôt voir des mesures visant à encourager l’investissement dans notre pays, plutôt qu’à faire disparaître des bénéfices, ce qui est l’objectif premier du BEPS». Justement, c’est la défense servie par le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Nasser Bourita, et l’ex-ministre de l’Économie et des Finances, Mohamed Boussaïd, fin 2017, alors que l’UE était en train d’ébaucher ses premières «listes grises et noires».

Aux experts européens qui persistaient à dire que le Maroc était, à leurs yeux, un paradis fiscal, les deux responsables avaient souligné que les exonérations existantes, si elles sont bien avantageuses en comparaison avec ce qui se fait sous d’autres cieux, notamment en Europe, donnaient lieu à une activité économique réelle, non hypothétique, comme c’est l’objectif premier des entités se dirigeant vers les paradis fiscaux. En tout cas, les négociations s’annoncent âpres, pour les mois à venir.

A Bruxelles, le Maroc pourra toutefois compter, désormais, sur la présence d’un fin connaisseur des dédales financiers en la personne de l’ancien président-directeur général de CIH Bank, Ahmed Rahhou, nommé ambassadeur le 7 février 2019 par le roi Mohammed VI avec, entre autres, pour principales missions, dit-on, de faire entendre raison au Conseil de l’UE pour ce qui s’agit de ses listes de paradis fiscaux...

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