Le Maroc face à la pandémie et au coeur des changements géostratégiques

L’ANNÉE 2020

Le monde de l’après Covid-19 appartiendra à ceux qui sauront mieux se positionner en faveur de la paix et la sécurité, de la construction d’espaces humains et économiques viables et à dimension régionale.

La pandémie du Covid-19 de 2020 marquera à jamais les annales de l’histoire de l’humanité. Certes, elle a été loin d’être aussi désastreuse en vies humaines que ses ancêtres, la grippe espagnole, le choléra ou la peste, pour ne citer que celles-là, mais elle a eu la particularité de paralyser le monde et son économie, du fait du caractère hypermondialisé que connaissent les relations économiques, commerciales et humaines au soir de cette deuxième décennie du 21ème siècle.

A quelques jours du nouvel an, alors qu’une nouvelle souche du coronavirus à forte propagation fait son apparition, inquiétant les épidémiologistes et poussant certains gouvernements à reconfiner, l’humanité n’a toujours pas de visibilité sur la sortie définitive de cette situation sanitaire aux répercussions économiques, sociales et humaines qui dureront encore quelques années.

Le monde va connaître, dans l’avenir immédiat et à moyen terme, des changements géopolitiques majeurs dus aux conséquences géostratégiques de cette catastrophe sanitaire, qui va engendrer une cascade de modifications structurelles sur tous les plans, et dont on est incapable de déceler la nature et l’ampleur en ce temps présent.

La gestion de la crise sanitaire et la course pour le vaccin ont révélé de nouveaux modèles de réussite qui conduiront le monde vers davantage de multilatéralisme. Face à ce choc, le modèle de l’Etat social fort, régulateur et doté de moyens importants, s’est avéré souvent plus avantageux par rapport aux Etats fédérés.

Chez nous, l’Etat s’est montré protecteur, déployant une riposte rapide et à visage humain. Ses institutions stratégiques, sécuritaires et sanitaires, telles l’armée, les forces de l’ordre, les agents d’autorité et le personnel de santé ont fait preuve d’une bonne gestion de la crise. Leurs engagement et déploiement multifonctionnel sur le terrain a procuré un sentiment de sécurité et rassuré les citoyens. L’élan de solidarité qui a été insufflé a été payant et décisif pour préserver la dignité, en particulier des vulnérables.

Les orientations, que ce soit en matière de protection sociale, notamment l’accélération de la généralisation de l’assurance maladie universelle, ou en matière de relance économique, en mobilisant un important fonds d’investissement, ont constitué des réponses adéquates. En face, l’impact des collectivités territoriales dans leur traitement de la pandémie est resté très limité, comme en témoigne la faible implication des élus locaux et des services déconcentrés, nous rappelant le fait d’une décentralisation inachevée et d’une déconcentration procrastinatrice.

Sur le plan des enjeux géopolitiques, notre pays a renforcé pendant cette crise sa veille stratégique et multiplié et diversifié les actions de sa politique étrangère, cherchant à anticiper et à tirer le meilleur des changements que le monde est en passe de connaître. Il envoie une aide médicale aux pays africains dans une initiative humanitaire par excellence. Il fait le choix judicieux de se tourner d’abord vers son partenaire chinois, pour s’approvisionner rapidement en vaccin, en fabriquer et, pourquoi pas?, contribuer à en doter l’Afrique. Il fait intervenir avec sagesse son armée pour mettre fin aux provocations et actes de banditisme des milices du Polisario, ayant engendré le blocage de la route nationale au niveau de la localité frontalière de Guergarat, après l’échec des Nations-Unis à ramener l’ordre dans cette zone tampon.

Et en coup de maître, il renforce son alliance avec les États-Unis et gagne la reconnaissance par la première puissance mondiale de la marocanité de son Sahara. Un acte politique, juridique et symbolique d’importance stratégique, qui aura des conséquences bénéfiques, dans une perspective d’accélérer le processus en faveur de la clôture définitive de ce dossier, qui n’a que trop duré. Un changement de paradigme dans l’approche marocaine, qui va dans le sens du dépassement du simple soutien international au processus onusien, à une véritable et franche reconnaissance internationale de la souveraineté pleine et entière du Maroc sur son Sahara, comme point d’entrée pour aller vers la solution politique du règlement du différend, sur la base de la proposition marocaine d’autonomie.

Difficile de dissocier la gestion par le Maroc de la crise sanitaire, et ses retombées multidimensionnelles, de celle de la question de son intégrité territoriale. En effet, le monde de l’après Covid-19 sera truffé d’incertitudes, et appartiendra à ceux qui sauront mieux se positionner en faveur de la paix et la sécurité, de la construction d’espaces humains et économiques viables et à dimension régionale, et jouer un rôle déterminant dans la dynamique de redéfinition des chaînes de valeur dans un nouvel ordre géo-économique mondial.

Et c’est justement sous ce prisme de promotion de la paix et de la stabilité dans la région qu’il faudrait voir la décision du Maroc de reprendre les relations diplomatiques avec Israël. Ce rapprochement stratégique pourrait être une option nouvelle pour mieux soutenir la question palestinienne et appuyer le règlement du conflit israélo-palestinien. C’est aussi un signal fort envers la communauté juive d’origine marocaine à travers le monde, avoisinant le million, restée attachée à sa mère patrie et à son Roi, et une consécration de la place de l’affluent hébraïque énoncé par notre Constitution, qui devrait continuer à nourrir et enrichir l’unité du Royaume.

En cette période de choc mondial, notre pays a besoin de toutes ses élites, y compris celles de sa diaspora, où qu’elle soit, pour participer à la construction de son avenir, concourir à son développement et préserver ses intérêts suprêmes, en agissant aux niveaux politique, économique, social et culturel. Ce n’est donc pas un hasard si la commission en charge du nouveau modèle de développement comporte en son sein des membres issus de la diaspora.

Très attendu pour entamer le nouvel an sur une vision commune de développement, le nouveau modèle, qui sera aussi un schéma directeur de dépassement de la crise actuelle, devrait être celui d’une véritable émergence de notre pays, d’un recouvrement de la confiance et de la sérénité, pour une société plus juste, plus égalitaire et plus démocratique. Un modèle qui explore pleinement le potentiel d’entrepreneuriat et de créativité chez nos jeunes, et qui encourage l’intégration de nos femmes comme partenaires de développement.

Comme il ne pourrait y avoir de modèle sans la participation des forces vives de la nation, l’émergence de nouvelles élites locales, régionales et nationales dans tous les domaines devient impérative. Cela requiert nécessairement une mise à niveau des structures d’intermédiation, composées principalement des partis politiques, syndicats et ONG, en tant que parties intégrantes de la problématique de développement et acteurs incontournables pour une gouvernance démocratique nouvelle de la phase de mise en oeuvre de notre modèle.

Alors que l’on s’achemine vers la fin de l’année 2020, ses leçons devraient nous apprendre à redéfinir nos priorités et à regarder le monde autrement, sous un angle de paix et de stabilité, de tolérance et d’ouverture sur le monde, d’intégration régionale et de co-développement, de lutte contre les inégalités et l’ignorance, et de solidarité face aux menaces sanitaires et climatiques globales.

Par ANASS DOUKKALI


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