Le Maroc à la manoeuvre

CRISE MALIENNE

Le Royaume a été le premier pays à prendre contact, dès le 20 août 2020, avec les putschistes maliens. Le Mali constitue, pour ainsi dire, une question d’intérêt sécuritaire majeur.

C’est Assimi Goïta lui-même, le président du Comité national pour le salut du peuple (CNSP) qui a renversé le 18 août 2020 le président malien Ibrahim Boubacar Keïta, qui a vendu la mèche: le Maroc a, dès le 20 août, été le premier pays à entrer en contact avec lui. Le jeune colonel de 37 ans en a fait la révélation lors de l’audience qu’il a accordée le 25 août au camp militaire de Kati, à 15km de la capitale malienne Bamako, à l’ambassadeur du Royaume au Mali, Hassan Naciri. Il a, à ce propos, qualifié la “contribution” de Rabat “aux efforts consentis en vue d’aboutir au dénouement de la crise” malienne d’“active”, et en a remercié le roi Mohammed VI, lui exprimant sa “profonde gratitude”.

Les observateurs avertis ne sauraient être surpris: il faut rappeler que le Maroc suit de près l’évolution de la situation politique malienne depuis le déclenchement de la guerre en janvier 2012, et le roi Mohammed VI s’était même déplacé en septembre 2013 à Bamako pour l’investiture de M. Keïta en tant que président, prononçant un discours à cette occasion.

Coopération sécuritaire
Un mois avant le putsch du CNSP, le Royaume était ainsi, selon ce qu’avait révélé l’hebdomadaire français Jeune Afrique dans un article publié le 17 juillet, déjà intervenu pour éviter à M. Keïta d’être renversé suite aux violentes manifestations -un mort et vingt blessés- qui avaient émaillé Bamako le 10 juillet à l’instigation de l’ancien président du Haut Conseil islamique malien, Mahmoud Dicko -principal opposant du désormais ex-président malien et nouvel homme fort du pays.

À cet égard, le Maroc a l’avantage d’être en bons termes avec tout le monde: MM. Keïta et Dicko sont depuis belle lurette tous deux en contact permanent avec les autorités marocaines, et même les rebelles touaregs du Nord, qui avaient déclenché la guerre il y a huit ans, avaient été reçus fin janvier 2014 à Marrakech par le roi Mohammed VI en la personne du secrétaire général du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), Bilal Ag Acherif, et son porte-parole, Mossa Ag Attaher.

Il s’agit là, surtout, d’une question d’intérêt sécuritaire majeur, car l’instabilité du Mali menace celle de toute la région du Sahara et du Sahel, dont profitent les groupes jihadistes tels Al-Qaïda et Daech, mais peut aussi permettre au Front Polisario de constituer une nouvelle base arrière susceptible de menacer l’intégrité territoriale du Royaume -les accointances terroristes des séparatistes, sur fond de trafics en tout genre, sont un secret de polichinelle dont ont souvent averti les services marocains.

Le Maroc se trouve d’autant plus obligé de mettre directement la main à la pâte que l’Algérie, voisine du Mali, refuse toute coopération sécuritaire, et avait même tout fait pour exclure le Royaume des accords d’Alger de 2015 entre les belligérants maliens. Lesquels accords ont d’ailleurs constitué un camouflet diplomatique, dans la mesure où ils ont aggravé la crise qui s’est propagée depuis lors au Centre malien, où notamment les jihadistes Macina et le groupe d’autodéfense dogon Dan Na Ambassagou sont en conflit ouvert depuis fin 2016.