Le maroc sollicite une ligne de précaution et de liquidité de 5 milliards de dollars

Un endettement à hauts risques


Mais pourquoi 5 milliards dollars ? Pour avoir une marge de manouvre grande, synonyme d’une marge de risque aussi grande. Ce qui veut dire que le gouvernement cherche à reporter autant que possible l’inflation en 2023.

Jusqu’où ira l’endettement du Maroc ? La question n’est pas anodine, encore moins fortuite. A quelques jours seulement de l’emprunt de 2,5 milliards de dollars sur le marché financier international avec un taux d’intérêt et une maturité moyennement élevés, le gouvernement Akhannouch s’engage dans une nouvelle Ligne de précaution et de liquidité (LPL) de 5 milliards de dollars auprès du Fonds monétaire international (FMI). Un emprunt qui prend la forme d’une certaine assurance en cas de crise budgétaire, ce qui est le cas actuellement. La ligne de précaution et de liquidité permet d’y recourir à hauteur de 1, 2, 3, 4 ou même les 5 milliards en une seule fois.

Kenji Okamura, Directeur général adjoint du FMI, a déclaré, le 9 mars 2023, à Casablanca, à l’issue de sa visite au Maroc que le FMI est favorable à l’octroi au Maroc d’une ligne de précaution et de liquidité (LPL) de 5 milliards de dollars américains. «Plus tôt cette semaine, le conseil d’administration du FMI s’est réuni en séance informelle afin d’examiner une demande des autorités marocaines relative à un accord biennal au titre de la ligne de crédit modulable (LCM) avec le FMI, pour un montant équivalant à 3,7262 milliards de DTS (environ 417% de la quote-part du Maroc, soit 5 milliards de dollars) », a-t-il affirmé. Compte tenu de la grande solidité des cadres de politique économique et du bilan du Maroc, ajoute-t-il, « la Directrice générale du FMI a l’intention de recommander l’approbation d’un accord au titre de la ligne de crédit modulable en faveur du Maroc lorsque le conseil d’administration se réunira de nouveau dans les prochaines semaines pour prendre une décision ».

Voilà ce qui est fait. C’était prévisible, nous confie l’économiste Omar Kettani, « vu que la triple crise sécheresse-Guerre en Ukraine-Covid a été estompée compte tenu que l’Etat a récupéré 90% du coût de cette crise (3 milliards de dollars) par les impôts tout en répercutant ses effets sur la société et les consommateurs marocains ». Mais pourquoi 5 milliards dollars ? La réponse est simple. C’est pour avoir une marge de manouvre grande. Celle-ci est synonyme d’une marge de risque aussi grande. Ce qui veut dire que le gouvernement cherche à reporter autant que possible l’inflation et un creusement du déficit budgétaire du moins en 2023. Les consommateurs marocains payeront le prix réel de ces choix d’endettement et d’inflation et des taux d’intérêts des crédits qu’elle entraîne. « C’est un Etat consommateur et inflationniste car les emprunts sont destinés, en grande partie, à la consommation et au remboursement de la dette », s’insurge Pr Kettani.

La preuve ? La valeur ajoutée productive du Maroc représente 3,5% du Produit intérieur brut national (PIB), d’une valeur de 117 milliards de dollars. Donc, les 5 milliards de dollars, s’ils sont octroyés par le FMI, équivalent à 15 mois de valeur ajoutée productive du Royaume. Ce qui veut dire aussi que l’Etat recoure à l’endettement pour consommer et non pour investir afin d’augmenter la productivité et la compétitivité du pays. Les deux tiers de la dette servent à payer la dette et ses intérêts.

Recettes des impôts
En outre, la dette globale du Maroc a atteint (avant les deux emprunts) 84% du PIB. Le gouvernement a réussi à diminuer l’endettement extérieur. En revanche, il a augmenté la part de l’endettement intérieur, en recourant à la ponction sur le marché financier interne. Autrement dit, l’Etat pompe l’argent des banques, des fonds qui devraient, en principe, servir comme crédits d’investissement ou de fonctionnement aux entreprises, notamment les petites et les moyennes d’entre elles. En ponçant les fonds établissements financiers nationaux et en leur retranchant 40% de leurs bénéfices sous forme d’impôts, les banques ripostent par une augmentation de leurs taux d’intérêt pour particuliers et entreprises, ce qui se traduit par un faible investissement et une rentabilité molle des PME.

Sur le plan économique, l’endettement actuel hypothèque l’avenir des générations futures et réduira comme une peau de chagrin la marge de manoeuvre des futurs gouvernements. Il ne fera qu’accélérer l’inflation des prix dans les mois et années à venir. Le pouvoir d’achat se retrouve, ainsi, écorné. La promesse du gouvernement Akhannouch de faire baisser les prix à la consommation s’est révélée être une promesse comme une autre. Les prix des légumes flambent à l’approche du mois sacré de Ramadan.

Sous un autre angle, depuis quelques mois, le gouvernement resserre l’étau autour des personnes morales et physiques sujets à l’imposition. Les redressements fiscaux passent à la vitesse supérieure. Personne ou presque n’y échappe. Tous les moyens sont bons pour engranger plus de recettes fiscales et non fiscales. Bien entendu, les grandes entreprises sont moins harcelées que les très petites et moyennes. Plusieurs dizaines de milliards de dirhams ont renfloué, ainsi, les caisses de l’Etat. Cependant, les exonérations, partielles et totales, continuent de profiter aux grands bonnets de l’immobilier et de l’industrie notamment.

Elles ne sont pas justifiées par des investissements productifs et créateurs d’emplois. En 2020 et 2021, années de la crise économique engendrée par la crise sanitaire du Covid-19, les recettes des impôts et taxes ont nettement régressé eu égard au fait que l’économie tournait au ralenti. La crise sanitaire a servi d’alibi pour s’endetter davantage. En 2022, les signes de la reprise ont apparu. Mais les redressements fiscaux et la hausse des impôts a freiné la relance. Quelle que soit la réalité économique actuelle, l’endettement du pays grimpe. Il est devenu une source de financement structurel et systématique du budget général.

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