Maroc-Israël: Le mystérieux appel de Yaïr Lapid

C’est Yaïr Lapid qui a vendu la mèche, étant donné que la partie marocaine n’en a rien dit. Dans la journée du 31 mai 2022, le ministre des Affaires étrangères israélien a, comme il l’a détaillé sur le réseau social Twitter, eu des entretiens téléphoniques avec son homologue marocain, Nasser Bourita, qu’il a qualifié d’“ami”. Selon lui, les deux responsables “travaill[ent] ensemble pour renforcer la coopération entre nos pays dans une grande variété de domaines”.

Aussi, ils “continuer[ont]”, poursuit-il, “de travailler pour approfondir les liens entre nos nations et apporter la prospérité régionale”. M. Lapid n’a pas exactement indiqué qui, de lui ou de M. Bourita, avait pris l’initiative de l’appel, mais au vu de la communication faite autour on peut croire que c’est plutôt le ministre israélien. Et ce n’est pas la seule interrogation qui se pose: pourquoi, à la base, cet appel pour se dire finalement des banalités qui ne veulent strictement rien dire et n’avancent de rien le schmilblick? M. Lapid cherche-t-il à signifier qu’Israël est loin d’être isolé dans la région? Car après l’euphorie consécutive à la signature des accords d’Abraham en 2020, dans le cadre desquels les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc avaient, sous l’égide du président américain Donald Trump, normalisé leurs relations avec l’État hébreu, ce dernier semble avoir fini par être rattrapé par sa politique d’oppression vis-à-vis du peuple palestinien, avec notamment cette année 2022 la prise d’assaut, le 15 avril, de la mosquée d’Al-Aqsa, dans la ville sainte d’Al-Qods Acharif, condamnée d’ailleurs le lendemain par le Royaume, et l’assassinat, le 11 mai, de la journaliste américano-palestinienne Shireen Abu Akleh, probablement dû aux forces d’occupation israéliennes comme le suggère une enquête publiée le 26 mai 2022 sur le site de la chaîne américaine CNN. Militant en faveur de la solution des deux États et considérant qu’il n’y a donc aucune contradiction entre le fait d’entretenir des relations avec Israël et celui de soutenir la cause palestinienne, le Maroc n’en continue pas moins de placer cette dernière “au même rang de la question du Sahara marocain”, comme le roi Mohammed VI l’avait assuré lors de l’appel qu’il avait eu avec le président palestinien Mahmoud Abbas suite à l’officialisation du ralliement marocain aux accords d’Abraham. Et il ne faut donc pas s’attendre à ce qu’il joue le jeu de la propagande israélienne, ce que le refus de communiquer sur l’appel avec M. Lapid semble d’ailleurs illustrer.