Maroc-Israël: Business as usual

Le Royaume n’a pas attendu de rétablir ses relations officielles avec l’État hébreu pour commercer avec lui. La nouvelle donne semble seulement permettre d’accélérer davantage une dynamique fort ancienne.

Au moment d’annoncer, le 10 décembre 2020, le rétablissement des relations diplomatiques avec Israël, le Cabinet royal avait mis l’accent, en sus de la reprise des contacts officiels, sur la promotion de relations innovantes dans les domaines économique et technologique avec l’État hébreu. C’était donc dans l’ordre des choses qu’au cours de la visite qu’il vient d’effectuer le 7 juillet 2021 au Maroc, le directeur général du ministère des Affaires étrangères israélien, Alon Ushpiz, ait entre autres mis sur le tapis la coopération dans le domaine économique, comme l’avait indiqué le ministère des Affaires étrangères marocain dans un communiqué publié à l’issue des entretiens que son directeur général des affaires politiques, Fouad Yazourh, avait eus avec M. Ushpiz. Aussi, la veille, c’està- dire le 6 juillet 2021, la diplomate israélienne Einat Levi, qui fait partie de la mission du ministère des Affaires étrangères israélien au Maroc, révélait sur les réseaux sociaux l’enregistrement au niveau d’Israël de la nouvelle Chambre de commerce et d’industrie israélo-marocaine.

Il ne faut, pour autant, pas se tromper: ce n’est pas maintenant seulement que le Maroc et Israël vont commencer à faire du commerce. À de nombreuses reprises au cours des dernières années, le Bureau central des statistiques (CBS), qui tient le même rôle que le Haut-Commissariat au plan (HCP) en Israël, a fait état d’échanges en dizaines de millions de dollars entre les deux pays, le Maroc figurant même à un moment dans le top 4 des partenaires commerciaux d’Israël en Afrique.

Sociétés écrans
La chose fut d’ailleurs, en juillet 2013 et juin 2016, publiquement discutée à la Chambre des représentants, après des questions du Parti de l’Istiqlal (PI) la première fois et du Parti de la justice et du développement (PJD) et de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) la seconde, mais à chaque fois les responsables ministériels présents, à savoir respectivement le ministre de l’Industrie, Abdelkader Amara, et le ministre délégué au Commerce extérieur, Mohamed Abbou, avaient démenti.

Et ils n’avaient, dans un certaine mesure, pas vraiment tort: le plus généralement, les sociétés israéliennes usent de “shell corporations”, ou sociétés écrans, pour pouvoir faire écouler leurs produits et leurs services dans les pays où la présence d’Israël n’est pas officielle. À ce titre, beaucoup de ces sociétés, selon le bruit qui court dans les milieux économiques, siègeraient en Jordanie, qui en plus d’avoir d’excellentes relations avec le Maroc a l’avantage d’appartenir au même titre que le Royaume au groupe d’Agadir, qui comprend les pays signataires fin février 2004 de l’accord portant création de la zone de libre-échange euro-méditerranéenne et dont le texte fut justement adopté alors à Agadir.

D’autres sociétés n’ont ceci dit, pour leur part, jamais eu ce scrupule et agissaient directement en leur nom propre, à l’instar de la compagnie de transport maritime Zim ou encore le fabricant d’équipements d’irrigation “Netafim”, qui tous deux ont eu droit au cours de la décennie 2010 aux attaques du mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), hostile à Israël.

Fluidifier les échanges
Mais désormais donc personne n’aura plus à se cacher: le Maroc et Israël se sont mis d’accord, au moment de la reprise de leurs relations le 22 décembre 2020, sur un mémorandum d’entente de coopération dans le domaine des finances et de l’investissement, tandis que du côté du patronat on avait vu la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) acter le 22 mars 2021 avec les Organisations des employeurs et des entreprises israéliennes (IEBO), l’Association des fabricants d’Israël (MAI) et la Fédération des chambres de commerces israéliennes (FICC) un accord de partenariat stratégique.

Dans le même sens, beaucoup est attendu de l’ouverture des lignes aériennes directes, qui en plus de permettre transporter des membres de la communauté juive marocaine et des touristes israéliens en provenance et à destination du Maroc -la ministre du Tourisme, Nadia Fettah Alaoui, ambitionne d’en recevoir 250.000 par an à l’avenir-, sera certainement de nature aussi à fluidifier les échanges commerciaux, par le biais notamment des déplacements des hommes d’affaires de part et d’autre.

Le Maroc ambitionne ainsi ouvertement de devenir une future plateforme africaine pour les investissements israéliens, avec notamment la bénédiction des États-Unis qui, comme on s’en rappelle, ont choisi de faire du Royaume le centre régional de son nouveau programme de commerce et d’investissement “Prosper Africa”. Ça semble promettre...