Maroc-Hongrie: Rabat à la conquête de l'Europe centrale

Avec l’aide notamment du pays de Viktor Orban, le Royaume compte bien se tailler une place dans le Centre du Vieux Continent et en même réduire sa dépendance diplomatique de partenaires traditionnels pas toujours fiables.

Rien n’oblige le Maroc à continuer de dépendre du duo franco-espagnol pour ses relations avec l’Union européenne (UE), surtout après le coup bas qu’a été à son égard de la part de Madrid l’accueil, quarante-deux jours durant, du secrétaire général du mouvement séparatiste sahraoui du Front Polisario, Brahim Ghali.

C’est en tout cas la réflexion qui semble engagée au niveau du ministère des Affaires étrangères, qu’on voit depuis plusieurs mois déjà en fait tenter d’avancer ses pions du côté notamment du versant central du Vieux Continent et plus particulièrement du groupe de Visegrad, organisation régionale qui comprend la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie.

Le premier pays cité avait ainsi vu son chef de la diplomatie, à savoir Peter Szijjartode, s’entretenir le 12 mars 2021 avec son homologue marocain Nasser Bourita -en même temps que, le jour même, M. Bourita avait également eu au téléphone le Polonais Zbigniew Rau-, et le moins que l’on puisse dire est que l’autre partie se montre plus que réceptive aux efforts de rapprochement du Royaume, comme l’illustrent éloquemment les neuf (!) accords que viennent de signer ce 9 juin 2021 Rabat et Budapest, qui a justement expressément dépêché M. Szijjartode dans la capitale.

Efforts de rapprochement
Ces accords couvrent, comme l’a mis en exergue un communiqué, “divers domaines de coopération bilatérale”, mais le plus important sans doute est le mémorandum d’entente sur les consultations politiques qui vise à créer un cadre pour la discussion des sujets d’intérêt commun entre les deux parties moyennant des rencontres régulières entre les responsables de différents niveaux.

De quels sujets d’intérêt commun exactement? Côté marocain, on peut bien évidemment penser à la cause nationale du Sahara marocain, à propos de laquelle M. Szijjartode a, sans ambages, apporté le soutien de son pays à l’initiative marocaine pour la négociation d’un statut d’autonomie dans la région. Ont ainsi été salués, dans la déclaration finale conjointe, les “efforts de développement entrepris par le Maroc”.

Mais la Hongrie aussi gagne au change, elle pour qui, selon les propres mots de M. Szijjartode, “il y a une homogénéité entre [elle et] le Maroc (...), ce qui a donné lieu à une amitié étroite et à une alliance forte entre les deux Etats”. Concrètement, le pays européen considère comme “déterminant et exemplaire” pour l’UE le “rôle” du Maroc “en matière de lutte contre l’immigration irrégulière et contre le terrorisme”, et entre le Royaume et l’Espagne il semble d’ailleurs avoir choisi son camp si l’on se base en tout cas sur la déclaration de M. Szijjartode voulant que le “partenariat” bilatéral ne puisse être mené à bien que dans le cadre d’une “relation (...) basée sur l’échange, le respect mutuel et l’égalité” -ce dont, pour le moins, n’a pas su faire montre la voisine ibérique.

Mais il est aussi, à l’évidence, question d’un intérêt dans les domaines économique et de l’investissement, la Hongrie ayant fait ouvertement profession de son intention de faire du Maroc sa plateforme africaine à ce niveau. Tout comme le Royaume pourrait, dans le sens inverse, s’appuyer sur le marché hongrois pour partir à l’assaut de l’Europe centrale et orientale, ce qui motive d’ailleurs son invitation à la prochaine réunion du groupe de Visegrad, annoncée par M. Szijjartode au cours de son déplacement. Il était sans doute temps, quoi qu’il en soit, pour que la diplomatie nationale change de fusil d’épaule.

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