Le Maroc, fidèlement palestinien

Prise d'assaut Al-aqsa

L’Algérie peut bien persister dans sa propagande: les faits sont têtus et prouvent encore une fois s’il le faut qu’en rétablissant ses relations avec Israël, le Royaume n’a jamais renoncé à continuer de faire sienne la cause palestinienne.

Dans la foulée même de l’annonce, en décembre 2020, du rétablissement des relations avec Israël, le roi Mohammed VI avait été clair: sa “position soutenant la cause palestinienne”, héritée de son père, le roi Hassan II, “demeure inchangée”, de même que “le Maroc place toujours la question palestinienne au même rang de la question du Sahara marocain et que l’action du Royaume pour consacrer sa marocanité ne se fera jamais, ni aujourd’hui ni dans l’avenir, au détriment de la lutte du peuple palestinien pour ses droits légitimes,” avait-il tranché dans un appel téléphonique qu’il avait eu avec le président palestinien, Mahmoud Abbas. Il fallait donc vraiment être de mauvaise foi pour croire que, comme le laisse notamment entendre la propagande de l’Algérie, le Maroc avait troqué la Palestine contre sa Sahara, dans la mesure où la “normalisation” avec Israël, comme on la taxe dans les milieux islamistes, était intervenue en échange de la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté du Royaume sur ses provinces du Sud.

Dès mai 2021 et les événements de Cheikh Jarrah, du nom de ce quartier de l’Est de la ville d’Al-Qods Acharif d’où la justice israélienne avait voulu expulser des familles palestiniennes qui y étaient établies pour permettre à des colons de les remplacer, le Maroc avait joint les paroles aux actes en qualifiant d’“acte inadmissible et susceptible d’attiser les tensions” les violations concernées, cependant que le roi Mohammed VI donnait ses instructions pour l’envoi d’une aide humanitaire constituée de 40 tonnes de produits alimentaires de première nécessité, de médicaments de soins d’urgence et de couvertures au profit de la population palestinienne en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Il n’y a donc rien de surprenant à ce que suite à la prise d’assaut, le 15 avril 2022 par les forces d’occupation israéliennes, de la mosquée d’Al-Aqsa, troisième lieu saint de l’Islam après le Masjid al-Haram de La Mecque et le Masjid an-Nabawi à Médine, tous deux dans l’actuelle Arabie saoudite, le Maroc ait dès le lendemain “exprim[é] sa ferme condamnation et sa forte dénonciation”.

“Le Maroc considère que cette agression flagrante et cette provocation méthodique durant le mois du Ramadan contre le caractère sacré de la mosquée al-Aqsa et sa place dans le coeur de la oumma islamique, ne feront qu’attiser les sentiments de haine et d’extrémisme et réduire à néant les chances de relance du processus de paix,” rapportait, dans un communiqué en date du 16 avril 2022, le ministère des Affaires étrangères. Texte qui, en plus de remettre sans le moindre ambage les points sur les i, avait également une allure de spéciale dédicace à tous ceux qui disaient qu’avec le rétablissement des relations, couplé aux différents accords signés dont celui relatif à la coopération sécuritaire à l’occasion de la visite de fin novembre 2021 du ministre de la Défense israélien, Benny Gantz, ou encore le mémorandum d’entente militaire du 25 mars 2022, le Maroc allait définitivement courber l’échine et ne plus pouvoir se prononcer aussi librement qu’avant sur les agressions régulièrement perpétrées à l’encontre du peuple palestinien, du moment que la question de son intégrité territoriale était en jeu.

Une position cohérente
Pris de court, l’Algérie ne trouve d’ailleurs rien de mieux désormais que d’accuser, par le biais des médias qui lui sont affidés, le Maroc d’hypocrisie, en faisant notamment montre d’une certaine aigreur à peine voilée du fait qu’en la personne de ses rois, le Royaume dispose de la présidence du Comité Al-Qods, chargé entre autres depuis juillet 1975 par la Conférence islamique des ministres des Affaires étrangères, relevant de l’Organisation de coopération islamique (OCI), de veiller à la sauvegarde des lieux saints musulmans d’Al-Qods Acharif. Elle est même allée plus loin au niveau de l’Organisation des Nations unies (ONU) en bloquant tout bonnement l’adoption d’un texte que les pays arabes s’apprêtaient à rendre public du simple qu’il saluait le rôle dudit comité, poussant l’infamie jusqu’à vouloir inclure un pseudo soutien du président algérien, Abdelmadjid Tebboune, à la cause palestinienne en dépit du fait que, comme l’a mis en exergue le représentant permanent du Maroc, Omar Hilale, dans une déclaration rapporté par l’agence Maghreb arabe presse (MAP), la voisine de l’Est “n’a aucune contribution” pour la situation à Al-Qods Acharif, “contrairement à S.M. le roi Mohammed VI et à S.M. le roi Abdallah II de Jordanie, dans le cadre de la tutelle hachémite sur les sites saints islamiques et chrétiens” dans la ville.

L’Algérie n’a toutefois rien pu faire quand, toujours à l’ONU, le groupe des ambassadeurs de l’OCI a mis en avant le rôle “important” du Comité Al-Qods. De toute façon, les faits sont têtus: comme l’a aussi rappelé M. Hilale, “S.M. le roi Mohammed VI, en sa qualité de président du Comité Al-Qods, oeuvre inlassablement sur les plans diplomatique, politique et sur le terrain, pour la défense de la ville sainte, la préservation de son statut religieux, culturel, juridique et historique, ainsi que pour l’amélioration des conditions de vie et de la résilience de sa population à travers notamment son bras exécutif, Bayt Mal Al-Qods” (BMAQ), ce qui, concrètement, se traduit par un financement de plus de 86% de ce dernier où, soit dit en passant, l’Algérie ne met pas le moindre dinar.

A ce dernier égard, il faut rappeler qu’au titre de son plan annuel 2022, BMAQ, dont le directeur chargé de la gestion est un citoyen marocain, en l’occurrence Mohamed Salem Cherkaoui, avait adopté plusieurs projets de développement social et humain pour un montant d’un million de dollars: un programme d’aide sociale de 400.000 dollars qui vise notamment à doubler le nombre d’orphelins pris en charge, la poursuite du soutien aux familles maqdessies nécessiteuses et l’attribution de 4.000 colis alimentaires complets pendant ce mois de Ramadan; le financement de dix nouveaux projets, dans le cadre des “Initiatives civiles pour un programme de développement humain durable à Al-Qods”, au profit des associations maqdessies dans le domaine du développement humain, et ce à hauteur de 450.000 dollars; un autre financement, celui-là de 150.000 dollars, au profit de deux centres culturels et de deux associations actives dans le domaine de l’animation culturelle et sociétale à Al-Qods Acharif ainsi que d’un centre de recherches spécialisé dans le rapprochement religieux islamo-chrétien et des études religieuses, patrimoniales et culturelle; enfin, 40.000 dollars de bourses pour que les étudiants de l’Institut supérieur de l’information et de la communication (ISIC) de Rabat et du master de l’information à l’Université Al-Qods réalisent des recherches et des études documentaires sur Al-Qods Acharif.

Selon nos informations, le Maroc aurait à lui seul injecté, depuis l’intronisation du roi Mohammed VI, une cinquantaine de millions de dollars dans BMAQ. In fine, la position actuelle du Maroc est, contrairement à ce que l’on peut dire, totalement cohérente et l’a toujours été: c’est celle d’un soutien à la solution de deux États, israélien et palestinien, vivant côte-àcôte dans la paix et la sécurité dans les frontières du 4 juin 1967 avec comme capitale l’Est d’Al-Qods Acharif, conformément à l’initiative de paix arabe proposée au sommet arabe de Beyrouth de mars 2002 par feu le roi Abdallah d’Arabie saoudite. Ce qui sous-entend une reconnaissance d’Israël et non plus une Palestine s’étendant du fleuve Jourdain à la mer Méditerranée, à laquelle les Palestiniens eux-mêmes ont renoncé depuis la conclusion des accords d’Oslo dans la première moitié des années 1990. Aux idiots d’arrêter de regarder le doigt quand le sage montre la lune...