Maroc-Espagne: Rabat va-t-elle pardonner?

La voisine ibérique semble décidée à calmer le jeu avec le Royaume. Mais, pour l’heure, ce dernier garde le silence.

Après être montée tout au long des dernières semaines au créneau, l’Espagne semble désormais décidée à calmer le jeu avec le Maroc. Il en va, sans doute, de la propre sécurité intérieure de la voisine du Nord, notamment en termes de lutte contre la migration irrégulière et le terrorisme, et qui dépend pour beaucoup de la coopération avec le Royaume.

Le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, n’a d’ailleurs rien dit d’autre aux médias de son pays au cours d’une conférence de presse qu’il a donnée ce 3 juin 2021 à Madrid. «Nous sommes tous conscients que la coopération, la collaboration, l’échange d’informations sont un gage de sécurité pour nos sociétés respectives,» a-t-il notamment déclaré.

Et de révéler, surtout, que «la diplomatie» était en train de «faire son travail» pour recoller les morceaux avec Rabat, même s’il est difficile d’imaginer, en tout cas pour le moment, passer aussi rapidement outre la trahison du gouvernement espagnol qu’a été l’accueil pendant plus de quarante jours du secrétaire général du mouvement séparatiste sahraoui du Front Polisario, Brahim Ghali, dans un hôpital d’outre-Gibraltar pour l’y soigner de Covid- 19, et ce sans avoir pris la peine d’en aviser préalablement les autorités marocaines.

Relation de deux continents
«Le Maroc tirera les conséquences,» avait ainsi averti le 8 mai 2021 le ministère des Affaires étrangères. Et on passera les multiples communiqués dus, justement, au département de Nasser Bourita pour mettre devant ses responsabilités le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, mais aussi sa cheffe de la diplomatique, Arancha Gonzalez, tandis que ces deux derniers ont essayé de noyer le poisson en faisant du conflit entre le Maroc et l’Espagne une question migratoire, suite à l’afflux clandestin de quelque 10.000 migrants qu’avait connu trois jours durant, à partir du 17 mai 2021, le préside occupé de Sebta.

Mais on le voit donc, M. Grande-Marlaska se veut pourtant confiant. De même que semble l’être son collègue en charge des Finances et par ailleurs porte-parole du gouvernement Sanchez, Maria Jesus Montero, qui a parlé le même jour du Maroc dans des propos tenus face aux journalistes comme d’«un pays avec lequel nous avons une relation historique de voisinage, avec d’importants intérêts commerciaux mutuels de l’Europe en Afrique et de l’Afrique en Europe ».

«Nous parlons non seulement de la relation bilatérale de deux pays, mais aussi de la relation de deux continents qui sont nécessaires et qui, par conséquent, doivent marcher dans cette direction,» a-t-il plaidé. Vrai peut-être quand on parle du Maroc et de l’Espagne en tant que pays, mais avec le gouvernement Sanchez en particulier, on peut en douter...