Le Maroc co-candidat avec l'Espagne et le Portugal pour l'organisation du mondial 2030 : Tous les espoirs sont permis


Unis par le détroit de Gibraltar, le Maroc et la péninsule Ibérique pourraient aussi l’être dans sept ans par le sport-roi.

Ce n’était donc pas une fake news. Ce mardi 14 mars 2023, le roi Mohammed VI a luimême confirmé que le Maroc était candidat aux côtés de l’Espagne et du Portugal pour l’organisation de la Coupe du monde de football de 2030. Une annonce qu’il a faite dans la lettre lue en son nom par le ministre des Sports, Chakib Benmoussa, à Kigali, où le Souverain recevait le prix d’excellence du président de la Confédération africaine de football (CAF). Cinq jours plus tôt, c’était le journal électronique spécialisé “The Athletic” qui avait vendu la mèche. Dans un article, le média basé à San Francisco, aux États-Unis, avait révélé que le Royaume était en passe de remplacer l’Ukraine dans le dossier présenté par ses voisins du nord.

Prix d’excellence
Deux raisons avaient été invoquées. La première, c’est bien évidemment la guerre que connaît le pays est-européen depuis février 2022. Envahi par la Russie, il est bien difficile de l’imaginer retrouver en sept ans seulement des infrastructures, notamment sportives, dignes de ce nom, d’autant que rien ne dit que le conflit sera terminé de sitôt. Et la seconde raison, ce sont les propres tourments auxquels est actuellement en proie l’Association ukrainienne de football (AUF). Depuis le 17 février 2023 et ce jusqu’à au moins le 13 mai 2023, son président, Andreï Pavelko, est suspendu.

Il est notamment accusé d’avoir détourné de l’argent qui était destiné à financer la première usine ukrainienne de pelouse synthétique dans le village de Martoussivka, dans l’oblast de Kiev. Le 29 novembre 2022, il avait même été arrêté et placé dans le centre de détention provisoire de Loukiavinska, avant d’être libéré après le paiement d’une caution de 270.000 dollars par l’AUF. Mais de toute façon, et cela avait été souligné par “The Athletic”, la candidature hispano-luso-ukrainienne ne tombait aucunement sous le sens, dans la mesure où plus de 1.600km séparent l’Ukraine de ses désormais ex-colistiers.

Seule l’avait motivée la solidarité paneuropéenne qui s’est manifestée suite à l’agression perpétrée par Moscou, car jusqu’au 5 octobre 2022 et ce depuis octobre 2020 déjà, les deux pays ibériques faisaient cavaliers seuls. “La proximité entre l’Espagne et le Maroc rend le partenariat plus pratique,” a mis en exergue “The Athletic”, qui faisait bien sûr référence à la géographie mais qui aurait certainement pu en dire autant au niveau stratégique. Car sportif, ce ralliement du Maroc est clairement loin de l’être seulement.

De son côté, Mohammed VI a davantage mis l’accent dans sa lettre sur le fait que la candidature était la toute première qui voit des pays de continents différents s’associer pour organiser la Coupe du monde. “Cette candidature commune sera celle de la jonction: entre l’Afrique et l’Europe, entre le nord et le sud de la Méditerranée, et entre les mondes africain, arabe et euro-méditerranéen,” a-t-il exposé. “Elle sera, aussi, une candidature de rassemblement autour du meilleur de part et d’autre, et la démonstration d’une alliance de génie, de créativité, d’expérience et de moyens.”

Candidature commune
Mais le dossier est indéniablement aussi à placer au coeur de la séquence en cours depuis mars 2022 et la décision de l’Espagne de commencer à considérer l’initiative pour la négociation d’un statut d’autonomie comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution du différend autour du Sahara marocain; ce qui était revenu à une reconnaissance de fait de la marocanité de la région. A titre de rappel indicatif, Rabat et Madrid avaient pendant plus d’un an, à partir de fin avril 2021, eu maille à partir suite à la décision du gouvernement Pedro Sanchez d’accepter la sollicitation de l’Algérie pour faire hospitaliser sur le territoire espagnol le secrétaire général du Front Polisario, Brahim Ghali, alors atteint de Covid-19.

Le Maroc avait même procédé à convoquer, à la mi-mai 2021, son ambassadrice Karima Benyaich, avant que plusieurs mois de tractations en coulisses, menées notamment par l’actuel ministre des Affaires étrangères ibère, José Manuel Albares -qui avait remplacé au pied levé, en juillet 2021, Arancha Gonzalez Laya après que celle-ci a trempé dans le transfert censé au départ être secret du dirigeant séparatiste-, n’amènent au changement de position de l’Espagne vis-àvis de l’intégrité territoriale nationale.

Le rapprochement maroco-espagnol a par la suite été consacré par la visite historique d’avril 2022 de M. Sanchez au cours de laquelle il avait été reçu par Mohammed VI au palais royal de Rabat, et la douzième et dernière réunion de haut niveau bilatérale, tenue le 2 février 2023 dans la capitale en présence de quinze responsables gouvernementaux marocains et douze de leurs homologues espagnols, est également venue confirmer l’entente cordiale désormais de mise. Il est d’ailleurs intéressant de relever que cette réunion ait vue “les deux parties s’engag[er] à promouvoir leur coopération dans le domaine sportif, et particulièrement dans les domaines du sport de proximité, de l’intégration à travers le sport, et du sport de haut niveau.”



L’entente cordiale
Les gouvernements marocain et espagnol avaient-ils discuté, à cette occasion, de la possibilité que le Maroc rejoigne la candidature de l’Espagne et du Portugal? Le communiqué conjoint publié dans la foulée n’en avait pipé mot, mais l’on sait déjà que les échanges à ce propos ne sont pas récents. Le président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), Fouzi Lekjaâ, avait notamment formulé le voeu, le 15 décembre 2022, d’une candidature commune, et ce dans des déclarations accordées à l’agence de presse américaine “AP” en marge de la participation du Maroc à la Coupe du monde au Qatar. Il avait alors excipé du fait “de montrer au monde que la relation entre l’Afrique et l’Europe n’[était] pas seulement la relation de l’immigration clandestine et la lutte contre celle-ci” mais “plutôt une relation dans laquelle les civilisations peuvent se rencontrer et les cultures se rencontrer”, ce qui rappelle l’argumentaire de la lettre de Mohammed VI à Kigali.

Destinataire final
M. Lekjaâ avait également renvoyé à la distance de “seulement 14 kilomètres” entre le Maroc et la péninsule Ibérique d’un côté et de l’autre du détroit de Gibraltar. Mais il faut dire que l’idée même d’une candidature maroco-ibérique avait, pour la première fois, émané de M. Sanchez: en visite, en novembre 2018, à Rabat, il avait révélé suite aux entretiens qu’il avait eu avec le chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, puis Mohammed VI, qu’il en avait “fait la proposition” et que le Roi avait “très bien accueilli cette proposition”.

Cinq mois plus tôt, le Maroc venait alors de se faire coiffer au poteau par la candidature du Canada, des États-Unis et du Mexique pour la Coupe du monde de 2030, notamment après l’intense lobbying mené sous le boisseau par l’Arabie saoudite, qui ne goûtait à l’époque guère que le Royaume refusât de se positionner dans le blocus qu’elle faisait subir, avec Bahreïn et les Émitats arabes unis, depuis juin 2017 au Qatar (le président de l’Autorité générale des sports et du Comité olympique d’Arabie saoudite, Turki Al-Sheikh, avait, on s’en souvient, écrit en mars 2018 sur Twitter qu’“il y en [avait] qui [s’était] trompés de boussole”, en ponctuant son tweet d’un “message du Golfe à l’océan” ne pouvant laisser le moindre doute sur son destinataire final). Toutefois, le ministre des Sports, Rachid Talbi Alami, avait indiqué que le gouvernement s’était vu donner par Mohammed VI l’instruction pour candidater à l’édition de 2030.

Du fait du coût de plus en plus faramineux qui est désormais celui d’une Coupe du monde, notamment après celle du Qatar -qui, en douze ans, a dépensé plus de 220 milliards de dollars dans ses infrastructures, soit près de deux fois le produit intérieur brut (PIB) marocain actuel-, il était clair, cependant, que le Maroc se devait de se trouver d’autres pays avec qui candidater; ce qui fait que l’on comprend que la proposition de M. Sanchez ait été plutôt bien reçue par Rabat.

Surtout que vis-à-vis, en outre, du voisinage maghrébin, le Maroc pouvait bien toujours courir: peu après la défaite marocaine face à la candidature de l’Amérique du Nord, le député tunisien Riadh Jaidane avait, certes, appelé à ce que l’ensemble des pays du Maghreb unissent leur force pour aller chercher ce qui serait la deuxième Coupe du monde arabe après celle du Qatar et africaine après celle de l’Afrique du Sud en 2010, mais l’état des relations avec l’Algérie, inexistantes après avoir été rompues par cette dernière sous le prétexte risible d’une implication des services de renseignement nationaux dans les incendies de forêts de l’été 2021 en Kabylie, rendait la chose finalement plus qu’improbable.

Ceci dit, l’Espagne et le Portugal allaient finalement annoncer leur candidature sans y associer le Maroc. En juillet 2021, et ce donc à un moment où les relations maroco-espagnoles battaient de l’aile, on allait apprendre par le biais de “The Athletic” que la firme américaine Boston Consulting Group avait suggéré à l’Arabie saoudite, qui semble d’ailleurs toujours en pole pour la Coupe du monde de 2030, de s’associer au Maroc et à l’Égypte pour une candidature arabe unique; à l’époque, nous avions cherché à vérifier auprès du Boston Consulting Group, qui dans un email officiel nous avait répondu être “incapable de faire le moindre commentaire à ce sujet”, tandis que nous avions cru comprendre de la bouche de sources marocaines qu’aucune discussion de fond n’avait véritablement été engagée avec Riyad (le Maroc devrait, au final, être remplacé par la Grèce, de toute façon plus proche géographiquement de l’Arabie saoudite et de l’Égypte).

L’espoir est permis
La remise à plat des relations avec l’Espagne, conjuguée, par ailleurs, aux problèmes inhérents à une association avec l’Ukraine, auront, donc, de fait, permis au Maroc de se relancer dans la course, à travers un projet qui saura certainement bénéficier, d’un côté, du soutien de nombreux pays arabes et africains, et de l’autre, européens. Outre la candidature attendue de l’Arabie saoudite, de l’Égypte et de la Grèce, le Maroc, l’Espagne et le Portugal devront également en découdre avec l’Argentine, le Chili, le Paraguay et le Chili, unis sous le parapluie d’un seul et même dossier sud-américain. Pour convaincre les 201 associations membres de la FIFA qui ne sont pas candidates, ils ont encore jusqu’à septembre 2024 devant eux.

Après cinq tentatives infructueuses en 35 ans, la sixième sera-t-elle la bonne pour le Maroc? Tout au long des dix-huit mois à venir, l’espoir sera en tout cas permis, en espérant qu’au bout les “news” ne soient pas décevantes, et toujours pas fake...

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