Maroc-Espagne: Madrid ne veut toujours pas sortir de sa zone de confort

Plus amicale sur la forme, la capitale espagnole n’en demeure pas moins ambiguë eu égard à l’intégrité territoriale du Royaume.

“Confiance”, “bénéfice mutuel” et “respect mutuel”. À en croire le ministre des Affaires étrangères espagnol, José Manuel Albares, tels sont les “piliers” des relations entre son pays et le Maroc. Le concerné s’est exprimé de la sorte dans une interview publiée dans l’édition du dimanche 14 novembre 2021 du quotidien espagnol Diario de Sevilla, basé comme son nom l’indique dans la ville de Séville. “Nous avons un partenariat stratégique avec le Maroc. C’est un pays avec lequel notre réseau d’intérêts est de toutes sortes et, en plus, c’est un pays fondamental pour la stabilité de toute la Méditerranée,” a même déclaré M. Albares.

Et de faire référence au dernier discours de la Révolution du Roi et du peuple du 20 août 2021, lors duquel le roi Mohammed VI avait officialisé la fin de la “crise sans précédent qui a fortement ébranlé la confiance mutuelle et a soulevé plusieurs interrogations sur [le] devenir” des “relations” maroco-espagnoles; crise qui avait fait suite à l’hospitalisation, à partir du 18 avril 2021, en Espagne du secrétaire général du mouvement séparatiste sahraoui du Front Polisario, Brahim Ghali. Ce discours de la révolution du Roi et du peuple, “auquel” M. Albares a dit “en reste[r]”, “est”, selon ce dernier, “également corroboré par toutes les actions que nous avons vues depuis l’été”. Il n’en reste pas moins qu’eu égard à la question du Sahara marocain, le discours diplomatique espagnol reste tout aussi ambigu.

Crise sans précédent
Questionné par Diario de Sevilla, M. Albares a expliqué qu’à ce sujet, “la position de l’Espagne est au sein [de l’Organisation] des Nations unies (ONU), dans la centralité [de l’ONU], dans le respect des résolutions du Conseil de sécurité et dans une solution conforme aux principes de la Charte [de l’ONU]”, mais qu’est-ce que cela veut bien dire au juste? Qu’elle est pour “une solution politique réaliste, pragmatique, durable et mutuellement acceptable”, comme l’a souligné la résolution du 29 octobre 2021 du Conseil de sécurité et donc, en toute logique, l’initiative marocaine pour la négociation d’un statut d’autonomie -auquel le vocable de réalisme renvoie implicitement depuis que l’ancien envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, Peter van Walsum, l’a utilisé à son propos en août 2008? Pourquoi ne pas alors le dire tel quel? À l’évidence, et en dépit des affirmations de M. Albares sur l’existence d’“un très bon dialogue”, le fond du problème demeure le même et l’Espagne, plus généralement, ne semble pas vraiment disposée à sortir de sa “zone de confort”, pour reprendre l’expression du ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita. Il faudra donc bien plus que seulement des déclarations.