Maroc-Espagne: les dossiers qui fâchent

Le report de la réunion de haut-niveau entre le Maroc et l’Espagne, pour la deuxième fois, n’est pas anodin. Trois dossiers ont brouillé les relations bilatérales, notamment la position équivoque du voisin ibérique au sujet de la décision américaine de reconnaître la marocanité du Sahara.

Le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita s’est entretenu, mardi 23 février 2021, par visioconférence avec son homologue espagnole Arancha Gonzalez Laya. Les deux parties ont convenu de «renforcer la coopération sectorielle dans plusieurs domaines, notamment économique, culturel et éducatif» en perspective de la tenue de la réunion de haut niveau, qui a été, une fois encore, reportée en attendant que les conditions sanitaires le permettent. C’est le deuxième report de cette réunion bilatérale de haut niveau, qui était prévue initialement en décembre 2020 et qui fut repoussée à février 2021.

Ce qui change, cette fois, c’est qu’aucune date à ce rendez-vous tant attendu n’a été fixée. Pourquoi donc l’a-t-on reporté sine die? C’est la question qui demeure sans réponse. Evoquer les conditions sanitaires n’est pas très convaincant. Surtout qu’eu égard à la cadence actuelle de la campagne de vaccination mondiale contre le Covid-19, rien ne prédit une sortie de crise dans le futur proche. En tout état de cause, l’incertitude prime à ce sujet. Seulement, ces derniers temps, trois dossiers ont peu ou prou brouillé les relations bilatérales.

Position mitigée
De prime abord, la décision du Maroc de délimiter ses frontières maritimes et d’étendre leur tracé fait toujours jaser en Espagne. Les déclarations d’Arancha Gonzalez Laya lors sa visite à Rabat, le 24 janvier 2020 à l’occasion d’une conférence de presse conjointe organisée avec M. Bourita, trahissent le malaise du côté espagnol. «Le Maroc a le droit de délimiter son espace maritime. Cependant, il a réitéré son engagement à ne pas imposer un quelconque fait accompli, ni des mesures unilatérales», a-t-elle lancé.

Ensuite, il y a eu les propos tenus par le Chef du gouvernement Saâd Eddine El Othmani, dans une interview accordée le 19 décembre 2020, à la chaîne TV saoudienne Acharq quand il a déclaré que le temps viendra pour aborder le dossier de Sebta et Melilla, pour lequel le statu quo a duré cinq ou six siècles. Ces déclarations ont provoqué un incident diplomatique suite à la convocation de l’ambassadrice du Maroc en Espagne, Karima Benyaich. Celle-ci n’a pas désavoué le Chef du gouvernement et depuis, cette affaire a rajouté à une tension masquée.

Enfin, l’Espagne n’a pas eu à ce jour une position claire au sujet de la décision américaine de la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur son Sahara. En réponse à une question du parti espagnol centriste Ciudadanos, l’Exécutif espagnol a affirmé que sa position sur cette question est constante tout en assurant que l’annonce de la reconnaissance par l’ancien président américain, Donald Trump, du Sahara occidental comme marocain «n’a pas été une surprise».

Si cette réponse paraît d’emblée positive, celle d’Arancha Gonzalez Laya, mercredi 20 janvier 2021, était mitigée, pour ne pas dire équivoque. Au lendemain de la prise de cette décision par Donald Trump, elle avait souligné que la solution de ce problème «ne dépend pas de la volonté ou de l’action unilatérale d’un pays, quelle que soit sa taille».

Tout laisse à croire que ce dernier dossier alimente un climat de désaccord entre les deux pays. D’ailleurs, le ministre Bourita ne s’en cachait pas quand il a déclaré mardi 23 février 2021 à l’agence Europe que l’UE est appelée à sortir de sa zone de confort et à soutenir la dynamique positive en cours au Sahara marocain.