Une réponse diplomatique à une énième provocation algérienne

Le gouvernement espagnol s’engage sur l’origine du gaz acheminé vers le Maroc

Pour calmer un tant soit peu les ardeurs de l’establishment algérien, irrité par la nouvelle position du voisin ibérique sur la question du Sahara marocain, l’Espagne promet d’assurer l’approvisionnement du Royaume en gaz naturel autre que celui algérien.

Le ministère de la Transition écologique et du Défi démographique a ordonné à Enagas, opérateur public et gestionnaire du système gazier espagnol, de mettre en place un système de garanties de l’origine du gaz traité puis acheminé de l’Espagne vers le Maroc via le gazoduc Maghreb-Europe afin que le gaz exporté ne soit pas d’origine algérienne, a révélé, le 6 mai 2022, le média espagnol El Periodico de la Energia. La même source confie que Enagas serait déjà à l’oeuvre depuis plusieurs jours pour développer ce système qui vise à rassurer et montrer sa bonne foi au régime algérien.

Depuis que l’Espagne et le Maroc ont tourné la page d’une crise diplomatique qui a duré près d’un an, en rouvrant le gazoduc Maghreb-Europe, l’Algérie n’a cessé de proférer des menaces et des représailles. L’establishment algérien n’a pas accepté la nouvelle position du gouvernement de Pedro Sanchez relative au Sahara marocain et qui soutient sans détours le plan d’autonomie marocain comme la solution la plus crédible et la plus sérieuse pour un règlement définitif du différend.

Arrêt définitif des approvisionnements
Après avoir directement menacé d’augmenter les prix du gaz exporté vers le voisin ibérique, Alger s’en est prise au gouvernement socialiste en brandissant l’épouvantail d’un arrêt définitif des approvisionnements en gaz naturel. Le ministère algérien de l’énergie, Mohamed Akrab, a menacé, mercredi 27 avril 2022, dans un communiqué publié par l’agence algérienne de presse APS, de rompre le contrat de fourniture de gaz à l’Espagne si cette dernière venait à l’acheminer «vers une destination tierce», faisant allusion, à n’en pas douter, au Maroc.

Il réagit, ainsi, à la nouvelle que lui a adressée par courrier électronique sa homologue espagnole, Teresa Ribera, annonçant la décision de son pays d’autoriser le fonctionnement, en flux inverse, du Gazoduc Maghreb Europe (GME). Selon la ministre espagnole, cette opération devait intervenir début novembre. Cette annonce a provoqué la colère des locataires du palais d’El Mouradia. La réaction fut violente et surtout provocante.

«Tout acheminement de gaz naturel algérien livré à l’Espagne, dont la destination n’est autre que celle prévue dans les contrats, sera considéré comme un manquement aux engagements contractuels, et, par conséquent, pourrait aboutir à la rupture du contrat liant la Sonatrach à ses clients espagnols», menace le ministre algérien. Le ministre Akrab avait déjà mis en garde son homologue espagnole, en mars 2022, contre le fait de transférer une «seule molécule» du gaz algérien vers le Maroc, révélait alors El Mundo.

Dans cette affaire, il y a un autre postulat, une sorte de pilule qui ne passe pas. Depuis l’arrêt du gazoduc Maghreb-Europe, décidée le 31 octobre 2022 par le président algérien Abdelmadjid Tebboune, les Américains ont supplanté l’Algérie et sont devenus le premier exportateur de gaz naturel liquéfié (GNL) vers l’Espagne. Au premier trimestre de cette année, les importations de GNL en provenance des Etats-Unis ont été multipliées par presque cinq (+459,9%) par rapport à la même période en 2021, passant de 7.472 GWh au premier trimestre de 2021 à 41.839 GWh pour la même période en 2022.

En revanche, les achats de gaz algérien, historiquement premier fournisseur de l’Espagne, au cours des trois premiers mois de 2022 ont été réduits de 32,9%, pour couvrir seulement 26,1% de la consommation du voisin ibérique. L’Algérie s’est tiré une balle dans le pied.