Crise Maroc-Espagne: Bourita avertit Madrid

Si la capitale espagnole voit vraiment le Royaume comme son partenaire, qu’elle fasse alors le nécessaire pour arrêter le secrétaire général du Polisario au lieu de lui ouvrir les portes de ses hôpitaux.

Que l’Espagne choisisse. Soit le secrétaire général du mouvement séparatiste sahraoui du Polisario, Brahim Ghali, qu’elle accueille depuis le 21 avril 2021 à l’hôpital San Pedro de Logroño, capitale de la communauté autonome de La Rioja, pour cause de Covid-19. Soit le Maroc. Une équation simple et qui ne peut avoir qu’une simple variable. Et qui, surtout, exige une réponse immédiate de la voisine du nord. Le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a en tout cas tenu à le faire savoir à cette dernière par le biais de sa propre agence de presse Efe, dans le cadre d’une interview qui lui a été accordée.

En substance, le chef de la diplomatie a souligné que la relation entre le Maroc et l’Espagne ne saurait être “à la carte”, en ce que le partenariat entre les deux pays se doit d’être “global et recouvrir l’ensemble des dimensions politique, économique, commerciale, humaine et policière”. Et de fustiger le fait que “lorsqu’il s’agit de manigancer avec l’Algérie et le Polisario, le Maroc sort de l’écran du radar de l’Espagne, mais quand on parle d’émigration ou du terrorisme, on redevient important”. “C’est un test sur la fiabilité de nos relations et de sa sincérité, et sur la question de savoir si elles sont plus qu’un slogan,” a-t-il estimé.

En outre, M. Bourita a également rappelé le passif de “violeur” de M. Ghali ainsi que le fait qu’il “a toléré l’esclavage, la torture, les crimes de guerre, les enfants soldats et le génocide”, en revoyant de fait aux poursuites dont il fait depuis novembre 2016 l’objet de la part de l’Audience nationale, la plus haute instance de la justice espagnole. Laquelle justice n’a, soit dit en passant, à l’étonnement du responsable marocain, pas “cru nécessaire d’agir”. Mais en tout cas, M. Bourita s’est demandé si l’Espagne “désir[ait]sacrifier sa relation avec le Maroc pour” M. Ghali.

“Passif de violeur”
Reste maintenant qu’en attendant “des réponses satisfaisantes et convaincantes” de la part du gouvernement Pedro Sanchez -ce qui laisse entendre que celle donnée le 25 avril 2021 par l’ambassadeur Ricardo Díez- Hochleitner Rodríguez ne l’a pas été, la coopération bilatérale est, à en croire le concerné, promise à être suspendue, à commencer par réunion de haut niveau initialement prévue le 17 décembre 2020 mais finalement reportée à J-6 -officiellement en raison de “la situation épidémiologique actuelle”, mais selon différents observateurs ce serait plutôt lié à des divergences au sujet des frontières maritimes au niveau des Canaries, au statut des présides occupés de Sebta et Mélilia et surtout, déjà, à la question nationale de la région du Sahara, dont l’Espagne refuse encore de cautionner la marocanité. “Il faut d’abord clarifier les choses,” a indiqué M. Bourita. L’Espagne est prévenue.