CE MAROC QUI DÉRANGE

MADRID MULTIPLIE LES COUPS BAS

A travers les déclarations irréfléchies de sa cheffe de la diplomatie Arancha Gonzalez Laya, le gouvernement espagnol envenime davantage les relations avec le Maroc. Il cherche à bloquer le parachèvement de notre intégrité territoriale et craint la nouvelle alliance militaire maroco-américaine. Le tout, dans un climat de xénophobie visant les immigrés marocains en Espagne.

C’est la énième interview de Arancha Gonzalez Laya, la ministre espagnole des Affaires étrangères, au sujet de la crise maroco-espagnole depuis le déclenchement de celleci à la suite de l’accueil de Brahim Ghali, chef des séparatistes du Polisario, sur le territoire espagnol, sous une fausse identité, le 17 avril 2021.

Et une fois de plus, dans son interview, accordée le 20 juin 2021 au journal espagnol La Vanguardia, la cheffe de la diplomatie espagnole adopte un double langage, flou et prêtant le flanc à plusieurs interprétations, notamment au sujet du Sahara et de la reconnaissance par les Etats-Unis de la souveraineté du Maroc sur ses provinces du Sud. Elle multiplie les faux pas et des déclarations déplacées, envenimant davantage les relations maroco-espagnoles. C'est dire que la ministre Arancha Gonzalez Laya ignore presque tout des liens séculaires entre les deux royaumes, faits de hauts et bas.

Cette fois-ci, une nuance s’est dégagée de son discours: «Cette attitude respectueuse (vis-à-vis du Maroc) passe, notamment, par le fait de ne pas vouloir influencer la position que peuvent adopter les Etats-Unis. Nous voulons une solution négociée dans le cadre des Nations Unies. Dans ce cadre, nous sommes disposés à considérer toute solution que le Maroc propose, sachant qu’il n’appartient pas à l’Espagne de servir de médiateur», a-t-elle déclaré.

Souveraineté du Maroc
Cette nuance, qui se traduit par un ton moins offensif et diplomatique ouvrant une brèche à une entente probable négociée dans les coulisses, il faut la mettre dans son contexte politique. Elle intervient après le sommet de l’OTAN, le 14 juin 2021 à Bruxelles, et la fin de l’exercice militaire entre les Forces armées royales et les forces américaines, début mars.

Ce virage dans le discours des responsables espagnols survient après l’humiliation publique subie par Pedro Sanchez, chef du gouvernement, à Bruxelles, en marge du Sommet de l’OTAN, lorsque Joe Biden, le président américain, n’a daigné lui consacrer qu’une dizaine de secondes d’entretien. Pedro Sanchez n’est pas parvenu à retenir l’attention de M. Biden, pour tenter de l’influencer au sujet de la décision de son prédécesseur Donald Trump reconnaissant la souveraineté du Maroc sur ses provinces du Sud.

L’Espagne a donc compris que l’administration Biden ne se laissera pas influencer. Sa conviction ne pourra que grandir après la publication par le département américain de la Défense sur ses comptes Internet de photos des énormes manoeuvres militaires aériennes et navales dans le cadre de l’exercice 2021 surnommé «Lightning Handshake» en mars 2021.

Ces manoeuvres impliquaient les Etats-Unis d'Amérique avec leur porte-avions à propulsion nucléaire USS Dwight Eisenhower et une flotte aérienne de plus de 50 avions, dont des chasseurs modèle F18, avions espions, navires de guerre… et l'armée marocaine (marine et air) qui a participé avec la frégate Tariq Ibn Ziyad (en référence au nom qui agace les Espagnols et qui leur rappelle aussi son soutien à la Couronne britannique à Gibraltar, qui est une épine dans le pied de Madrid) ainsi que des escadrons d'avions F16 et des avions de chasse F5-E nouvellement modifiés.

«Lightning Handshake 2021 augmente la capacité des forces maritimes américaines et marocaines à oeuvrer de concert, afin de répondre aux défis sécuritaires et d'accroître la stabilité dans la région», avait annoncé le 3 mars 2021 l'Ambassade des Etats-Unis à Rabat sur son compte twitter. Cet énorme exercice s'est déroulé pendant toute une semaine entre les deux armées dans les eaux du Sahara marocain, à quelques encablures des îles Canaries, dans la partie récemment délimitée par Rabat. Pour rappel, cette initiative avait suscité l’ire de Madrid et d’Alger en 2019.

Mais, cette fois, cet exercice militaire a mis l’Espagne devant le fait accompli. Et, avec l’appui de la première puissance militaire mondiale. Rabat et Washington n'avaient pas informé l'Espagne de la conduite de cet exercice et de l'utilisation de balles réelles. Madrid a été surprise et la preuve en est le chamboulement du trafic aérien aux îles Canaries et l’annulation de vols et le report d’autres.

C’est est un message clair des Etats-Unis que le partenariat militaire maroco-américain, signé et annoncé en octobre de l'année dernière, ne concerne pas uniquement des transactions d'armement et de transfert de technologie. Mais qu’il s'agit plutôt d'un plan de défense commun entre Rabat et Washington qui engage les Etats- Unis à protéger les intérêts de Rabat contre toute alliance ou force internationale, en référence plus aux pays de l'Union européenne, ce qui explique le silence de Madrid au sujet des manoeuvres et le tonnerre de sarcasme médiatique essuyé par le gouvernement de Pedro Sanchez.

L’alliance entre le Maroc et les Etats-Unis va au-delà de l'alliance hispano-américaine et aplatit la thèse des séparatistes et de l’Algérie que le Maroc a eu la reconnaissance des Etats-Unis de son Sahara en contrepartie de l’accord de normalisation avec Israël. Car les enjeux économiques et stratégiques sont encore plus grands pour le pays de l’Oncle Sam. Et d’ailleurs, la presse espagnole avait parlé de ces enjeux en les appelant «la grande lutte pour les minerais de la montagne volcanique Le Tropic», qui se trouve sur la partie délimitée par le Maroc.

Ce plateau continental regorge de richesses minérales. Baptisé l’«Île aux trésors de l’Océan atlantique», le Tropic est une montagne sous-marine où le tellure, minerai d’avenir, abonde. Le métal serait décisif dans les industries du futur telles que la production des panneaux photovoltaïques. Le grand gisement mondial se trouve justement dans les entrailles de ce plateau continental, revendiqué par les deux voisins. L’on estime qu’environ 2.670 tonnes, soit 10% de la réserve mondiale de ce matériel précieux, gisent au Tropic. Ce n’est pas tout.

Le plateau serait un gisement de cobalt, nécessaire à la construction des véhicules électriques. Même la brouille diplomatique avec l’Allemagne est expliquée par le refus de Berlin d’admettre cette délimitation des eaux territoriales au Sahara marocain et qui voit dans l’éventuelle exploitation américaine des minerais de la montagne Le Tropic une menace pour l'avenir de ses industries mécaniques traditionnelles, et une ruine imminente pour les mastodontes de l'industrie automobile allemande… Car en exploitant ces minerais, Washington compense ce qu’elle a perdu en raison de sa bataille économique avec la Chine. Le Pays du soleil levant, et après que Washington lui ait imposé des restrictions économiques, a arrêté l'exportation de ses minéraux vers les Etats-Unis. Les gisements de la montagne Tropic sont donc une véritable bouée de sauvetage pour les futures industries américaines.

En sus de cela, les manoeuvres militaires montrent aussi que le Maroc est devenu une puissance militaire de la Méditerranée, chevronnée, qui se développe et s’équipe en dernières technologies. Ceci est une menace pour l’Espagne. Et ce n’est pas pour rien que Madrid fait des mains et des pieds pour saboter la décision de la reconnaissance par les Etats-Unis de la marocanité du Sahara. Elle a peur que le Maroc revendique Sebta et Mélilia, les deux enclaves qu'elle occupe depuis le 16ème siècle.

Montée en puissance
D’ailleurs, dans la résolution du Parlement européen inhérente à «l’utilisation des mineurs par le Maroc», l’Espagne avait réussi à avoir un soutien européen pour qu'il y soit mentionné que les deux enclaves sont des villes autonomes espagnoles et «que l’atteinte à la souveraineté territoriale des États membres ne saurait être tolérée». C’est dire que le Royaume est devenu le souci numéro 1 pour l’Espagne, voire une menace qui la hante tel un spectre.

D’ailleurs, en dépit des affrontements en Catalogne, quatre ans après la tentative de sécession de 2017, le gouvernement espagnol n’a cure que de tenter de déstabiliser le voisin du sud par tous les moyens. Même une certaine classe politique espagnole, de droite et d’extrême droite, surfe sur la vague du racisme et du rejet des Marocains établis en Espagne, afin de grignoter du terrain lors des prochaines élections.

Un discours haineux qui alimente des agressions contre des ressortissants marocains (dont un a trouvé la mort) et des marches qui appellent à renvoyer les Marocains dans leur pays. Et une presse espagnole qui n’a rien trouvé à se mettre sous la dent à part d’interviewer l’ancien conseiller à la sécurité de Donald Trump, John Bolton, au sujet du Sahara marocain.

Connu pour être un lobbyiste au service du régime algérien, Bolton a justifié «son salaire» et a réitéré ses mêmes propos propagandistes en s’en prenant au Maroc, l’accusant d’être la source du blocage du processus du règlement du différend fomenté autour du Sahara marocain. La décision du Maroc d’exclure les ports espagnols de l’opération Marhaba 2021 a exacerbé la haine des Espagnols contre notre pays.

Ces ports sont pratiquement à l’arrêt et par conséquent des dizaines de milliers d’emplois ont été perdus. Somme toute, la montée en puissance régionale économique et géopolitique du Maroc agace l’Espagne, qui ne ménage aucun effort pour affaiblir (vainement) sur tous les plans un partenaire qui fait désormais trinquer les puissances européennes.

Ignacio Cembrero: Un journaliste sans scrupule

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