Le Maroc a-t-il besoin d’un autre confinement durant le Ramadan?

Une décision à fort impact économique et mental

Le gouvernement refuse de communiquer aux Marocains sa décision de confinement nocturne. Il laisse, pour le moment, le relais à ses voix officieuses, qui préparent le terrain psychologique à cette décision douloureuse.

Un air de déjà-vu. On commence à s’habituer à la stratégie de communication du gouvernement. Avant chaque décision douloureuse, les membres du gouvernement et certaines voix, notamment sur les réseaux sociaux, s’activent pour faire peur. L’inquiétude est de mise, la vigilance doit être renfoncée et les chiffres, comme par hasard, repartent en hausse fulgurante.

Pour justifier de nouvelles restrictions aux libertés durant le mois de Ramadan, Saâd Eddine El Othmani, Chef du gouvernement, sort son ultime carte, celle de la peur. Le variant britannique du Covid-19 se propage à vitesse grand V, à l’en croire. À une semaine du mois de Ramadan? Que faisait-il il y a deux mois et demi? Ce variant qui se propage 70% plus que la Covid-19, dans sa version la plus soft, et dont le premier cas été détecté le 18 janvier 2021. Ce variant hibernait pendant plus de deux mois pour réapparaitre aujourd’hui? Les chiffres sontils manipulés à la guise du gouvernement en fonction des décisions qu’il souhaite prendre?

Manque de visibilité
Supposons que la situation sanitaire soit aussi inquiétante qu’on nous le martèle ces derniers jours, pourquoi alors, le 31 juillet 2020, le gouvernement n’a-t-il pas annulé la tenue de Aïd Al Adha? Alors que, le même jour, le Maroc enregistrait un record de 1.063 cas de contamination, avec une moyenne d’une dizaine de décès par jour. Deux poids, deux mesures. On ne vend pas des moutons le mois de Ramadan. M. El Othmani n’a donc pas à se confronter aux pressions de ceux qui avaient intérêt à ce que la fête du sacrifice soit maintenue, une fête qui engrange des milliards de dirhams de bénéfices. Pour le mois de Ramadan, l’enjeu est donc minime. Les propriétaires de cafés et restaurants qui menacent de faire grève ce vendredi 9 avril 2021, ne sont pas aussi puissants que les grands agriculteurs et éleveurs de moutons.

Il convient, tout de même, de noter qu’aujourd’hui, la situation est bien différente. Si nous étions confinés l’année dernière durant le mois de Ramadan, nous ne disposions pas de visibilité par rapport aux vaccins. Or, aujourd’hui, le Maroc a vacciné la totalité des personnes âgées de 60 ans. La population à risque n’est donc plus à risque. Une population dont une bonne partie était comptabilisée parmi le nombre de décès quotidiens. De surcroit, le variant britannique ne cause pas une aggravation du taux de létalité, parole du comité de veille scientifique et du gouvernement luimême.

Comme à son accoutumée, le gouvernement refuse de communiquer. Pour le moment, il laisse le relais à ses voix officieuses, qui préparent le terrain psychologique à un confinement nocturne plus strict. Il nous l’annoncera deux ou trois jours avant le Ramadan. En prenant cette décision de facilité, M. El Othmani fera basculer des milliers d’autres Marocains dans la pauvreté à cause de la mise à l’arrêt de plusieurs secteurs économiques, ceci sans parler de l’impact mental et psychologique d’un Ramadan confiné sur les Marocains.