VOUS AVEZ DIT… MAROC COLONIAL?

Les opinions des Marocains sont tout autre!

En 1963, un an après son indépendance, bonne élève, l’Algérie attaque le Maroc et ameute le monde... trompé sur les évidentes raisons.

Nous serions donc, un Etat colonial qui viole le droit international. Nous le sommes, pour les officiels algériens. Pour leurs médias, nous sommes ignominieux et odieux. Faisons analyse et tentons de comprendre: qui est vraiment l’Etat colonial qui viole le droit international... sans indexer, sans termes désobligeants, puisant dans le passé, ne reniant pas les proche et lointain futurs.

Nous n’irons pas fouiller dans les archives de l’Empire français. Nous ne consulterons pas les rapports des généraux et des adjudants de l’époque qui, souvent chefs ou parfois chefaillons, à l’occasion de toute bataille gagnée, ont accru au Sahara les limites des espaces de sécurité, toujours plus larges, toujours plus longs, repoussant à chaque fois le tracé, fait au cordeau, des frontières au détriment des ensembles limitrophes de la colonie algérienne.

Il se trouve que la France est indiscrète si heureusement, par ses femmes et ses hommes qui, grâce à leurs écrits, mémoires ou biographies, font témoignage du vécu. Et donc seul le général de Gaulle sera notre témoin. Amplement suffisant: dernier président et donc celui qui prépara et géra une succession de ce qui restait de l’empire colonial français…! Ses écrits, ses propos, ses échanges, ses correspondances ne relèvent pas d’un mystère ou du secret national puisque publiquement disponibles. Ils seront le fil conducteur pour apprendre, voire comprendre.

Et donc, en 1830, la France a conquis un territoire algérien d’environ 300.000 km² parce que, en 1801, Napoléon avait refusé de payer l’achat de plusieurs quintaux de blé, vendus à ses armées en campagne en Egypte par le dey ottoman d’Alger. En 1962, la France quitta cette colonie… dont la superficie titillait, alors, les 2.500.000 km². Belle différence! Ce départ s’est conclu sur une base d’intéressements mutuels, créant les conditions pour une succession de l’Empire français colonial. Certainement pas vu ainsi, mais… le résultat l’est, parce que les faits sont têtus.

Chantage, succession et spoliation
Au départ, un chantage, celui du général, tout dans son rôle. Il eut, aussi, une acceptation, celle des négociateurs du FLN pour l’indépendance, tout dans la dissimulation. L’objectif des deux fut le Sahara, espace et richesses, donc avec ses parties spoliées et les victimes sont toujours huit Etats, bien identifiés. En 1958, le visionnaire Habib Bourguiba avait demandé, dans un entretien direct avec le général de Gaulle, la restitution à la Tunisie de sa partie du Sahara rattachée à l’Algérie, comprenant notamment des puits de pétrole.

Le président Bourguiba essuya un refus catégorique. Dans ses mémoires, Le général de Gaulle explique le pourquoi du refus: «Mais je ne peux donner suite à cette demande du Président. Pour nous, Français, le développement de nos recherches et de notre exploitation du pétrole saharien sera, demain, un élément capital de la coopération. Pourquoi, irions-nous d’avance la compromettre en livrant à d’autres un sol qui, à cette condition, peut revenir à l’Algérie? Si, d’ailleurs, nous le faisons au profit de la Tunisie, quel prurit d’excitation en recevraient les prétentions marocaines sur Colomb-Bechar et Tindouf, pour ne point parler de ce que la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Tchad, la Libye, pourraient vouloir aussi revendiquer.»

En 1960, dans le cadre des négociations des accords d’Evian, les représentants du FLN ont demandé une indépendance directe de l’ensemble du territoire de l’Algérie française, à l’instar de celles accordées au Maroc et à la Tunisie, sans passer donc par des référendums ou accords. Le général de Gaulle rejeta la proposition du FLN et a demandé à Bernard Tricot, secrétaire général de la présidence, de donner la réponse suivante: «oui, pour une indépendance directe pour la partie conquise; pour le reste, non, c’est nous qui l’avons fait.» Autrement dit: l’indépendance intégrale sera liée aux avantages qu’obtiendra la France, soit, donc, l’exploitation du pétrole et du gaz, le maintien de bases militaires et navales, la continuité des expériences atomiques et l’occupation du site nucléaire au Sahara, le tout, avec, préalablement, l’acceptation des résultats de deux referendums: l’un en janvier 1961, en France, autorisant; l’autre, en avril 1962, autodéterminant.

Parvenu à ses fins avec le oui des négociateurs, le général de Gaulle annonça en septembre 1961, que «l’Algérie avait vocation à garder le Sahara». L’héritage colonial de cette partie du futur Etat est devenue une réalité, avec ses pièges et inconvénients pour le Maghreb et l’Afrique sub-saharienne.

De Gaulle à la manoeuvre
Le sauveur de la France va fixer ainsi les positions et influencer les actes des futurs gouvernants de l’Algérie pour annihiler toute prétention territoriale des voisins. D’ailleurs, le président Boumediène, certainement reconnaissant, ne dénonça certaines clauses déclarées infamantes de l’Accord d’Evian, qu’après le décès du général de Gaulle en 1970…

En 1963, un an après son indépendance, bonne élève, l’Algérie attaque le Maroc et ameute le monde... trompé sur les évidentes raisons. En réalité, cette Guerre des sables est une arnaque politique et aussi une balourde manoeuvre diplomatique. C’est une attaque armée préventive pour éviter, d’une part, une nouvelle crise de Bizerte, donc une nouvelle occupation du Sahara par la Tunisie, toujours dans l’espérance et, d’autre part, un signal fort à tout autre prétendant: j’engage une guerre avec le plus fort, même prévue perdue, pour faire taire tous les autres. Cela a réussi, dans une docilité dramatique de tous, vu les temps idéologiques, tempo de l’époque…

Par la suite, sur cette lancée de la Guerre des sables, un principe dit de «l’intangibilé des frontières issues de la colonisation», fut adopté par le second congrès de l’OUA en juillet 1964. Une ambiance, accusant déjà un prétendu provocateur, facilita l’activisme de l’Algérie. Et l’affaire du Sahara? Une suite logique de la pensée du général de Gaulle, détournée et plus agressive, certes. C’est la même option des maréchaux français et autres militaires du XIXème siècle: créer des espaces vitaux pour la sécurité, rôle des espaces tampons, et notre Sahara marocain s’y prête à merveille pour prévenir toute velléité, puisqu’adossé à la partie spoliée, et coupant totalement le Maroc de la Mauritanie, donc de tout son Sud.

Sur un autre plan, les autorités algériennes agitent un droit international que nous aurions violé!!! Ce viol, le Royaume du Maroc l’a subi plus que d’autres, lui qui, depuis plus d’un millénaire, fit guerre, participa à des conférences internationales, signa des traités, nomma des ambassadeurs, dépêcha des plénipotentiaires. Plus, il l’a enduré à travers l’une des plus incroyables colonisations puisque, partagé et morcelé en plusieurs zones et bandes: l’Internationale Tanger, zone française, zone espagnole, Sidi Ifni, Tarfaya… et le Sahara, à l’est et au sud! La conquête du Maroc n’a pas eu lieu, le Maroc déjà Etat souverain….

C’est par le droit international que des occupations furent permises: par un premier acte initiateur, le traité de Lalla Maghnia de 1845, ouvrant la voie aux conquêtes des confins dits «algéro-marocains », à notre détriment, par la conférence de Madrid de 1880, par la conférence du partage de l’Afrique à Berlin en 1885, par la conférence d’Algésiras de 1906, par le traité du Protectorat de 1912… au-delà des mises sous tutelles, du comminatoire, des bombardements des villes côtières, de l’occupation de la Trouée de Taza et les pacifications.

Droit international: l’inique droit enduré
Le Royaume du Maroc a eu, sans discontinuité, même du temps du protectorat, des institutions, une administration, des universités, une armée, et possédait un territoire reconnu internationalement, délimité selon les usages qui prévalaient à l’époque. Le droit international fut inique pour le Maroc, son viol à notre endroit fut d’une permanence quotidienne, chaque fois rajusté en fonction des intérêts des occupants, français, espagnols, allemands et même assimilés. C’était ainsi en cette période. Reste que le temps a fait son oeuvre… chez nous. Pas chez des héritiers! Et donc, revenir au droit international serait une bonne chose. Mais le ressasser, le soulever dans de la contre-vérité, pour encore prendre, encore dénigrer, pour occuper comme dans le bon temps colonial, laisse pantois et interpelle…

Cette référence récurrente au droit international incite à le saisir: l’on reprend tout, on recherche la vérité, on retrouve les conditions de la spoliation, de l’héritage et ses dessous. Et un monde, plein de courage, archives coloniales disponibles, peut demander aux huit Etats concernés de faire valoir leurs droits sur des terres rajoutées à un département français durant 130 ans, ces terres ayant fait l’objet de tractations pour permettre une succession de l’Empire colonial français dans un, bien sûr, ignominieux et odieux marchandage!

Pour ce faire, du moment que le droit international est évoqué, l’idée d’une conférence internationale ou régionale pourra prendre son cheminement; cette conférence sera la suite naturelle de celles de Madrid, Berlin et Algésiras. Elle pourra dire la vérité et faire valoir le droit, désigner le ou les colons d’aujourd’hui et rendre à César ce qui appartient à César. Sinon… l’avis naturel serait un silence partagé avec les uns et les autres. Il sera la meilleure thérapie d’une page tournée. En effet, si les autorités algériennes ressassent ce passé à l’infini, brandissant une menaçante ligne rouge à ne pas dépasser, si elles le gardent pour des indexations, pour y trouver une légitimité populaire, elles le nourrissent dans une inconscience totale.

Un jour, si ce passé reste ainsi dans l’actualité, le combat des huit Etats pourra surprendre. Il sera porté par les futures générations, lesquelles avec d’autres approches nationalistes, peut-être moins solidaires, moins conciliantes, des générations certainement encouragées intellectuellement et aguerries matériellement et techniquement. Personne ne sait de quoi demain sera fait, et souvent les successions cachent des surprises! Finissons-en donc et donnons-nous l’accolade. Et de loin préférablement.