Maroc-Brésil: À Tanger, des retrouvailles euphoriques (reportage)

Des retrouvailles de rêve


Organisation, ambiance, score final, et rayonnement à l’international. Le match amical qui a opposé le Maroc au Brésil, samedi 25 mars 2023 au Grand stade de Tanger, a été une véritable fête pour tout un pays. Reportage.

Lunettes de soleil, large sourire aux lèvres, et enveloppée du drapeau marocain, Sara Coelho Ansari n’arrive pas à cacher sa joie. La jeune influenceuse aux milliers de followers sur les réseaux sociaux vient à peine de descendre, ce samedi 25 mars 2023 à midi passé de quelques minutes, à la majestueuse gare de Tanger ville, après un voyage au bord d’Al Boraq, le train à grande vitesse marocain, en provenance de Casablanca. “Ça sera ma toute première fois dans un stade de foot. Mon vol pour la Qatar a été annulé à la dernière minute et je n’ai pas pu donc aller voir les matches de la sélection à la Coupe du monde, donc là ça sera un peu ma revanche”, nous confie, avec excitation, la morocco- portugaise, venue spécialement de Paris, sa ville de résidence, pour assister au match amical qui opposera le Maroc au Brésil, ce samedi à partir de 22h00 GMT au grand stade de Tanger.

Sara est loin d’être seule. Sur l’immense esplanade à la sortie de la gare, déambulent des centaines de supporters marocains mais également étrangers, venus de tous les coins du Royaume et du globe. Tous se sont rués sur la cité du détroit pour être témoins en temps réel de la première sortie des Lions de l’Atlas, après l’épopée historique sur les terres qataries où ils sont devenus les premiers représentants de l’Afrique et du monde arabe à atteindre les demis du Mondial.

Une rencontre tant attendue
Une dynamique qui profite aux quelques commerçants improvisés qui pullulent durant ce genre d’événements, comme le jeune Younes. Chapeau bob sur la tête et lunettes style John Lennon, l’étudiant de 23 ans est là pour joindre l’utile à l’agréable. ”Je suis venu de Rabat pour regarder le match et les stars de l’équipe nationale au stade, mais aussi pour me faire des sous”, explique-t-il, avec à sa main une vingtaine de petits drapeaux marocains qu’il essaie de vendre aux familles et groupes d’amis fraîchement débarqués du train arrivé à 12h10.

Alors que la majorité des cafés et restaurants sont fermés durant la journée -mois de ramadan oblige-, de nombreux supporters ont trouvé refuge dans les parcs et dans les places publiques, alors que d’autres ont préféré réserver pour passer la nuit. Les hôteliers de la ville se frottent les mains et évoquent un taux de réservation largement supérieur à la moyenne, alors que les prix ont sensiblement augmenté. Il faut dire que le Grand stade n’est pas le seul à afficher complet pour cette rencontre tant attendue.

“On est venus vendredi dans l’après midi pour passer le weekend dans cette ville que j’aime tant, et on en profitera pour regarder le match au stade”, raconte Abdellatif, père de famille venus de Casablanca avec sa femme et ses deux enfants. “J’ai dû payer 1400 dirhams pour deux nuits dans un petit appart. Dommage que certains ne font pas “nia” comme Regragui .. ils profitent du match pour augmenter les prix”, déplore-t-il tout en gardant le sourire. Pour lui, rien ne gâchera cette fête. Même pas des spéculateurs trop gourmands.

Il est 18 heures tapantes, dans le quartier Ziatene situé à quelques encablures du Grand stade. La lenteur typique d’une journée du mois de ramadan laisse place à une frénésie générale, alors que l’appel à la prière d’Al Maghrib, synonyme de rupture du jeûne, approche à grands pas. Débordés par la demande exceptionnelle, les quelques snacks et épiceries convertis en restaurants de fortune n’arrivent pas à accueillir tout le monde, poussant certains à prendre leur ftour en mode pic-nic, sur les nombreuses belles pelouses près du stade. “Les jours de matches au grand stade ont toujours été une aubaine pour nous, mais cette fois c’est d’un tout un autre niveau. Merci à celui qui a pensé à organiser cette rencontre à Tanger”, s’extasie un épicier du coin avant de nous tourner le dos pour se concentrer sur la vingtaine de clients qui ont pris d’assaut son étroite échoppe.


Il est 18h41. Malgré le “Allahu Akbar” lancé par le muezzin de la grande mosquée du complexe résidentiel près d’ici, annonçant la fin d’une longue journée, l’agitation se poursuit et les moins chanceux et les moins préparés devront patienter un peu et se contenter de quelques dates rapidement avalées avant de trouver un coin pour rompre le jeûne. Allongés sur une grande nappe à carreaux, Khalil, Yassine et Anas, trois amis venus de Meknès spécialement pour ce choc Maroc avaient déjà tout prévu. “Il y aura l’interminable fil d’attente pour entrer au stade, l’attente dans les tribunes, puis deux heures de match et nous on est venus pour crier, chanter donc il faudra faire le plein d’énergie”, expliquent-ils. 3

Cris de joie
Une fois le ftour terminé et après une petite phase de repos et de digestion, les foules commencent à déferler sur le stade, dans l’espoir d’y accéder le plus vite sans devoir subir le supplice dans fils indiennes. Finalement, l’opération se déroule de manière fluide et quasi-exemplaire, notamment grâce au civisme des 65 000 supporters présents, mais aussi à l’important dispositif sécuritaire déployé sur place, avec à la clef pas moins de 5700 éléments des différentes formations des forces de l’ordre, et 200 véhicules dont certains équipés de moyens de surveillance. Abdellatif Hammouchi, patron de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) et de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), est présent en personne pour superviser les choses. Il procède à saluer les joueurs marocains et les autres membres du staff de la sélection, dans un des moments les plus marquants et les plus commentés par la presse et les internautes.

A une demi-heure du début du match, les Lions de l’Atlas foulent la sublime pelouse pour une ultime séance d’échauffement avant l’entame de la rencontre, et déclenchent ainsi une vague d’applaudissements et de cris de joie qui fait vibrer l’enceinte du stade. Les dizaines de milliers de fans sont visiblement très heureux de retrouver pour la première fois les héros qui les ont fait rêver durant le Mondial qatari. Ce moment de communion atteint son point d’orgue avec le déploiement d’un un grand tifo sur les tribunes latérales, avec le message “Morocco is leading the african football” (le Maroc dirige le football africain) et un lion en 3D brandi par le virage sud en hommage aux Lions de l’Atlas, le tout sur fond de l’hymne national du Royaume. Une atmosphère électrique qui galvanisera les hommes de Walid Regragui dès le coup d’envoi.

L’exploit des Lions
Après plusieurs tentatives infructueuses menées notamment par le dangereux flanc droit Hakimi-Ounahi- Ziyech, devenu l’atout offensif principal des Lions depuis la Coupe du monde, c’est finalement l’ailier gauche, Sofiane Boufal, qui ouvre les festivités à la 29è minute de jeu, au plus grand plaisir des milliers de supporters présents dans le stade, mais aussi des millions de Marocains et même d’étrangers tombés sous le charme du maillot rouge et vert après l’épopée au Qatar. Vinicius Junior, attaquant vedette du Réal Madrid, est à la tête de la riposte brésilienne, mais manque d’efficacité, tandis que les Marocains ratent quelques opportunités pour creuser l’écart. La première mi-temps s’achève alors sur une légère domination et une petite avance pour les locaux (1-0).

Mais ce sera une autre histoire au retour des vestiaires. La Seleçao prend le contrôle du ballon et multiplie les offensives sur les cages d’un Yassine Bounou moins rassurant que d’habitude. La défense marocaine résiste pendant une vingtaine de minutes grâce à un vaillant Romain Saïss, mais finit par craquer à la 67è minute sur un faible tir de Casemiro, milieu défensif de Manchester United, mal négocié par le gardien marocain.

Le doute commence à gagner les supporters, mais pas Walid Regragui, dont le coaching s’avérera gagnant. À la 79è minute de jeu, le remplaçant Yahya Attietallah du côté gauche centre dans la surface adverse. La défense brésilienne ne parvient pas à dégager correctement le ballon qui finit devant l’autre remplaçant, Abdelhamid Sabiri. Celui- ci arme un puissant tir à bout portant qui se loge dans le but, ne laissant aucune chance au portier Weverthon. Les hommes de Ramon Menezes sont encore une fois obligés d’attaquer pour revenir au score, laissant ainsi des espaces dans leur ligne arrière.

Une opportunité que les attaquants marocains ne parviennent pas à exploiter, tantôt par précipitation, tantôt par manque de réussite. L’arbitre tunisien siffle la fin du match: le Maroc est désormais le tout premier pays arabe à battre le Brésil. Et même l’absence de plusieurs titulaires comme Neymar, Marquinhos, Thiago Siliva, Allison ou encore Ederson, ne saura minimiser l’exploit des Lions.

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