Le Maroc d’aujourd'hui n’est pas le Maroc d'hier

Youssef Amrani et Mohamed Benchaâboun, nouveaux piliers de la diplomatie marocaine en Europe

Les deux nouveaux ambassadeurs ont l’étoffe, l’aplomb et la sérénité pour gérer les tensions avec une Europe qui ne veut pas encore admettre que le Royaume est un pays souverain avec lequel il faudra compter, et avec une France qui laisse toujours croire à une tutelle sur le Maroc.

Pas de concession lorsqu’il s’agit de la cause nationale première, le Sahara. Le message est passé de l’autre côté de la Méditerranée. Toute l’Europe, et particulièrement la France, l’Espagne et l’Allemagne, l’ont compris. Le Maroc d’aujourd’hui n’est pas le Maroc d’hier. Notre diplomatie riposte vigoureusement et n’hésite surtout pas à recadrer certains pays européens. Le discours royal du 20 août 2021 a d’ailleurs consacré ce tournant historique dans la doctrine marocaine.

Les propos du Souverain résonnent encore fortement et posent les jalons des nouvelles règles du jeu: «Agrippés à des positions préétablies et à des considérations obsolètes, les ennemis de l’intégrité territoriale du Royaume ne souhaitent pas que le Maroc demeure la nation libre, forte et influente qu’il a toujours été».

Notre diplomatie a donc changé de paradigme, ce qui n’a pas manqué de déstabiliser nos partenaires européens. Partenaires mais pas alliés. Des partenaires qui ne savent plus quelle politique adopter vis-à-vis des deux voisins les plus influents de l’Afrique du nord, le Maroc et l’Algérie.

Les Européens ont besoin du Maroc sur les plans sécuritaire et commercial (autant sur une échelle locale que régionale) mais aussi du pétrole et du gaz algériens. Après avoir longuement joué un double jeu pas très franc, ils sont actuellement dans un embarras inextricable dans ce sens où ils ne peuvent plus soutenir le régime algérien, qui peine à avoir la légitimité populaire que lui contestent le Hirak et la Kabylie.

Ce double jeu européen consistait, en effet, à soutenir en coulisses la campagne de propagande menée par les services algériens et leurs pantins mercenaires du Polisario visant l’intégrité territoriale du Royaume. L’erreur des Européens, c’est qu’ils prenaient confiance en eux au fil de leurs manigances diplomatiques masquées. Et quand c’est devenu flagrant, le Maroc a réagi avec force et a appelé à revisiter les partenariats sur des bases saines et une non-ingérence dans les affaires stratégiques du pays.

Après plusieurs mois de quasi-vacance de leurs nouveaux postes, l’ancien ministre des Finances et l’ex-ambassadeur du Maroc en Afrique du Sud ont été respectivement nommés par le Roi Mohammed VI, dimanche 17 octobre, à la tête de la diplomatie marocaine en France et auprès de l’Union européenne. Au vu du contexte politique actuel, la tâche sera difficile pour Mohamed Benchaâboun et Youssef Amrani, appelés à renforcer les relations commerciales avec leurs hôtes avec, en ligne de mire, la reconnaissance de la marocanité du Sahara. Deux nominations, deux missions différentes, mais avec le Sahara en toile de fond.

L’un est un financier rôdé qui peut apporter son expertise pour relancer les échanges économiques avec la France ayant dégringolé ces dernières années, l’autre un politique chevronné doublé d’un diplomate qui, de surcroit, a été secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée (UPM), qui regroupe 42 pays, dont la France, l’Italie et l’Espagne, et qui entame cette nouvelle expérience à quelques semaines de l’arrêt du tribunal européen, en date du 29 septembre 2021, portant sur l’annulation des accords de pêche et d’agriculture au Sahara marocain.

Les deux hommes ont l’étoffe, l’aplomb et la sérénité pour gérer les tensions avec une Europe qui ne veut pas encore admettre que le Royaume est un pays souverain avec lequel il faudra compter, et avec une France qui laisse toujours croire à une tutelle sur le Maroc (en juin 2020, le tweet de l’ambassadrice de France à Rabat cherchait à faire accroire que la commission spéciale pour le nouveau modèle de développement rendait des comptes à la France avant de le faire au Roi et au peuple marocain).

Car le développement et le renforcement des relations économiques avec la France et le reste des 27 composant l’Union européenne est désormais corrélé à la reconnaissance par l’Europe et plus particulièrement la France, l’Espagne et l’Allemagne de la marocanité du Sahara. Car, tout compte fait, c’est le noeud du froid diplomatique avec les plus grandes capitales européennes et les pays nordiques.