Maroc-Allemagne: Rabat fixe ses conditions

Pour que la coopération maroco-allemande reprenne comme avant, il faudra que Berlin fasse un effort.

De la clarté et de la réciprocité. Voilà ce dont l’Allemagne doit faire montre pour mettre fin à la crise diplomatique qui l’oppose depuis début mars 2021 au Maroc. En tout cas, c’est ce qu’a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, au cours d’une intervention non-publique récemment donnée à la Chambre des conseillers pour défendre le budget 2022 de son département et dont la teneur a été révélée par différentes sources médiatiques. Ce qui laisse comprendre que Rabat reste ouverte à une détente avec Berlin, pourvu que celle-ci souscrive aux deux conditions mentionnées donc par le chef de la diplomatie.

Cette posture plus conciliante, si l’on peut dire, est-elle à placer dans le contexte de l’arrivée d’un nouveau chancelier allemand en la personne d’Olaf Scholz, et ce en lieu et place d’Angela Merkel? Ou relève-t-elle de la simple déclaration d’intention, avec aussi, éventuellement, un effort diplomatique mené en sous-main? Dans les deux cas, un revirement, à terme, de la situation ne semble pas vraiment à écarter. Pour rappel, l’Allemagne avait essuyé plusieurs reproches de la part du Maroc au moment où celui-ci décidait de rappeler son ambassadrice Zohour Alaoui et de rompre ses relations avec elle.

Une certaine méfiance
Parmi les griefs formulés, l’hostilité manifeste du pays ouest-européen envers l’intégrité territoriale du Maroc, illustrée principalement par le rejet de la reconnaissance du 10 décembre 2020 par les Etats-Unis de la souveraineté du Royaume sur son Sahara.

Et on peut aussi y ajouter une certaine méfiance envers Rabat, considérée comme étant hégémonique et à contrebalancer à travers le soutien à l’Algérie et à la Tunisie: le propos a été mot à mot dit dans un rapport de novembre 2020 de l’Institut allemand des affaires internationales et de sécurité (SWP) et a été vertement dénoncé par le roi Mohammed VI dans son dernier discours de la Révolution du Roi et du peuple du 20 août 2021.

L’autrice dudit rapport, à savoir la politologue Isabel Werenfels, vient d’ailleurs de revenir à la charge en prenant une position similaire dans un document réalisé, celui-ci, pour le compte de Service fédéral de renseignement extérieur allemand (BND). Document où elle est allée jusqu’à qualifier le Maroc de “nouvelle Turquie en Méditerranée occidentale”; ce qui, dans une Allemagne officielle connue pour son hostilité au pouvoir turc actuel, revêt une dimension très forte.

Avec M. Scholz, les choses vont-elles changer? Étant issu du Parti social- démocrate (SPD), considéré comme classiquement favorable à la séparation du Sahara marocain, on peut en exprimer le doute, mais, quoi qu’il en soit, les choses ne peuvent assurément pas être pire que sous Mme Merkel...