Maroc-Algérie: Ce que cache le retour de Lamamra

Le diplomate algérien revient à la barre du ministère des Affaires étrangères de son pays deux ans après l’avoir quittée, avec, on peut l’imaginer, en point de mire, notamment la question du Sahara marocain.

La dernière fois où Ramtane Lamamra a eu la charge de la diplomatie algérienne, Abdelaziz Bouteflika était encore président. C’est dire si de l’eau a coulé sous les ponts depuis qu’il s’est fait remplacer, le 2 avril 2019, par Sabri Boukadoum à la tête du ministère des Affaires étrangères de la voisine de l’Est, lequel Sabri Boukadoum vient donc à son tour de lui céder, ce 8 juillet 2021, son maroquin. Ce qui semble par contre ne pas avoir changé, c’est la fixation de M. Lamamra sur la question du Sahara marocain.

Il n’a d’ailleurs pas manqué d’y faire référence dans son discours d’installation. Pour lui, a-t-il dit, le conflit autour de la région et, de même, “la crise libyenne (...) influent sur l’action d’unification des rangs et le bond vers l’intégration et l’unité escomptées”. “La région à laquelle nous appartenons (...) ne se porte pas aussi bien que nous le souhaitons,” a-til déclaré. Et d’affirmer qu’il “poursuivr[a]” l’“action” régionale de l’Algérie. Ce qui ne saurait prêter à équivoque: si M. Lamamra revient à la barre, ce n’est bien évidemment pas pour changer les choses, bien au contraire.

Influence régionale
En ce qui s’agit en particulier du Sahara marocain, cela doit se traduire, comme on peut l’imaginer, par une poursuite du soutien au Front Polisario. D’ailleurs, le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, ne qualifiait-il pas lui-même en juillet 2020, dans une interview au quotidien français L’Opinion, de “quasiment dogmatique” ce soutien? On ne pourrait bien sûr dire que M. Lamamra fait spécifiquement son retour en raison du Sahara marocain. La Libye aussi, qu’il a donc citée dans son adresse, fait également partie des priorités actuelles pour la diplomatie algérienne, sachant que n’était l’opposition des États-Unis, M. Lamamra aurait pu y être nommé en mars 2020 représentant spécial et chef de la Mission d’appui des Nations unies en Libye (MANUL).

Mais même là, le rapport avec le Maroc est direct: on sait que l’Algérie ne voit pas d’un bon oeil l’implication du Royaume dans le règlement du conflit libyen, et ce notamment en accueillant sur son territoire les différents belligérants. De même, la voisine de l’Est s’oppose publiquement à toute présence marocaine dans l’ensemble du Sahara et du Sahel: dans un discours qu’il a donné en octobre 2010 au ministère de la Défense nationale algérien, M. Tebboune avait à cet égard déclaré que “des parties qui n’ont même pas de frontières avec le Mali”, faisant très clairement référence au Maroc, “manoeuvrent et conspirent”, après que le Royaume soit entré en contact avec Comité national pour le salut du peuple (CNSP), auteur du putsch du 18 août 2020 contre le président malien Ibrahim Boubacar Keïta.

La situation entre le départ de M. Lamamra et son retour actuel est, ceci dit, bien différente, en ce que le Maroc compte aujourd’hui de nombreux pays qui soutiennent officiellement son intégrité territoriale, y compris la première puissance mondiale que sont les États-Unis, et que sa sphère d’influence régionale s’est encore étendue -le président français Emmanuel Macron avait notamment parlé, en février 2021, d’un futur engagement marocain au Tchad. M. Lamamra sera pour ainsi dire attendu au tournant, et d’abord par la junte algérienne...