Mario Beaulieu : "Les Kabyles ont le droit de s'autodéterminer"

Entretien avec Mario Beaulieu, député canadien

Militant engagé en faveur du droit des peuples à s’autodéterminer, l’homme politique canadien Mario Beaulieu a récemment pris les devants pour défendre la cause kabyle au sein du parlement du Pays de l’érable. Il s’en explique.

Vous avez profité du passage le 15 juin 2022 du président du gouvernement provisoire kabyle, Ferhat Mehenni, à Ottawa pour appeler le gouvernement canadien à condamner l’arrestation des centaines d’indépendantistes kabyles qui croupissent actuellement dans les prisons algériennes. Qu’est-ce qui a motivé cette prise de position aussi forte de votre part?
Je dois d’abord dire que cela fait belle lurette que je connais M. Mehenni, qui a coutume de se rendre au Canada, et j’ai appris avec le temps à le connaître et à connaître son engagement en faveur de l’indépendance de la Kabylie. D’après les éléments que j’ai, ni lui ni son mouvement, à savoir l’Anavad, ne sont des terroristes, comme les en accuse le gouvernement algérien. Au contraire, j’ai à titre personnel constaté que c’est de façon tout-à-fait pacifique que l’Anavad mène son combat, et je crois donc que c’est la moindre des choses qu’en tant qu’homme politique engagé en faveur de la liberté d’expression j’appelle le gouvernement canadien à condamner les arrestations. Je précise d’ailleurs que j’avais tenu une position similaire en faveur des indépendantistes catalans suite aux arrestations auxquelles avaient procédé à leur encontre fin 2017 les autorités espagnoles. Qui plus est, la charte des Nations unies dispose très clairement qu’il est du droit de chaque peuple de pouvoir librement disposer de lui-même, et à mon sens il va de soi que le peuple kabyle puisse également y prétendre.

Le fait que vous soyez du Québec, dont on connaît justement les desiderata émancipateurs régulièrement mis sur le tapis, y est-il aussi pour quelque chose? En d’autres termes, voyez-vous une correspondance dans la passion actuelle du peuple kabyle et celle qui a mené les Québécois à être reconnus en tant que nation à part entière dans la Constitution canadienne?
Ma qualité de Québécois ne saurait bien sûr être étrangère à mon engagement. Au Québec, nous avons sans doute davantage conscience des questions de reconnaissance culturelle qu’ailleurs. Nous appartenons, certes, à l’Amérique du Nord, mais en même temps nous avons pleinement conscience de notre spécificité francophone. Nous voyons dans la diversité davantage un motif d’enrichissement que de division. Au parti du Bloc québécois, auquel j’appartiens, nous croyons en tout cas que le monde serait bien meilleur si tous les peuples pouvaient y disposer d’une voix égale au lieu d’avoir à subir l’hégémonie d’une autorité politique centralisatrice.

Maroc Hebdo a à plusieurs reprises interviewé M. Fehenni et celui-ci nous a toujours fait part de son intention que l’Anavad puisse disposer de représentations à l’étranger qui feraient office d’ambassades de la Kabylie. Seriez-vous prêts à soutenir une telle initiative au sein du parlement canadien?
Ce que je peux vous dire c’est que mon principal souhait est d’aider à faire davantage connaître la cause kabyle au Canada. J’ai notamment mis à profit la dernière visite de M. Mehenni pour qu’il puisse faire la connaissance de certains de mes collègues au parlement et par là-même lui donner l’opportunité de répercuter directement sa parole et celle de son peuple auprès d’eux. En dépit du fait que nous disposions ici d’une importante communauté kabyle qui est d’ailleurs très bien intégrée à la société et dont je connais personnellement de nombreux représentants, ils sont encore beaucoup à ignorer tout d’eux, de leur histoire particulière et de leur culture. Mais je reste bien entendu confiant.