Maria Elisa Alonso : « Nous nous acheminons vers un paysage politique espagnol beaucoup plus divisé »



Spécialiste des questions liées à l'organisation des partis politiques en Espagne et en Amérique latine à l'Université de Lorraine, où elle est enseignante-chercheuse, Maria Elisa Alonso revient pour Maroc Hebdo sur les tenants de la formation du nouveau gouvernement espagnol, acté ce 21 novembre 2023.

Le nouveau gouvernement espagnol est désormais formé, grâce notamment au nouvel accord entre le parti indépendantiste Ensemble pour la Catalogne (Junts) et le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). Un changement est-il selon vous en vue en Catalogne?

Le centre d’investigation sociologique espagnol, lors de ses dernières enquêtes d’opinions, montre une baisse du soutien de la société catalane à l’indépendantisme et un recul de la participation lors des élections. Par conséquent, ce qui va à mon avis changer objectivement, c’est le rapport de la jeunesse à l’égard des partis et mouvements indépendantistes, que je vois comme étant un rapport de désaffection grandissante. 

Peut-on considérer l’accord du 9 novembre 2023 comme un tournant dans l’équation politique espagnole?

Je pense que oui. D’abord parce qu’il y a un questionnement de certains socialistes vis-à-vis de leur leader. Le leadership de Pedro Sanchez s’est affaibli au sein même de sa base. C’est en cela qu’il s’agit d’un tournant pour le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). C’est aussi une nouveauté dans la configuration de bloc en Espagne, puisqu’il est vrai que l’opposition est devenue beaucoup plus dure que par le passé et la population davantage polarisée. Cet accord a donc amplifié ce phénomène. Cela a par ailleurs nourrit le narratif de l’extrême droite, présentant ce compromis comme une trahison des fondamentaux de l’Espagne avec l’éventualité d’un référendum d’indépendance en Catalogne. Nous nous acheminons de ce fait vers un paysage politique espagnol beaucoup plus divisé que par le passé.

Maintenant que M. Sanchez est investi, quels sont les obstacles qu’il est susceptible de rencontrer?

Je pense que le nouvel Exécutif avancera en marche dispersée, avec beaucoup de partis autonomistes, nationalistes et régionalistes qui auront des positions à l’opposé de ceux de la majorité. Reste que depuis l’avènement de la démocratie espagnole, le président du gouvernement dispose d’une marge décisionnelle importante. A mon avis, le multipartisme au parlement ne risque pas de modifier en profondeur les rapports de force.

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