Mamoune Amrani Marrakchi, président de la fédération marocaine de spéléologie


A l’assaut des grottes


Ce n’est pas parce que vous êtes  quelquefois allé vagabonder  dans une grotte que vous pouvez  pour autant vous prétendre  spéléologue. Autrement, vous risqueriez  d’être repris par Pr Mamoune Amrani Marrakchi.  “Il y a une grosse différence entre  la spéléologie et ce que j’appelle la grottologie,  nous explique-t-il. Vous pouvez très  bien aller vous promener dans une grotte et  en profiter pour faire un peu d’exercice; je  n’ai rien contre, c’est même une excellente  chose pour la santé. Par contre, la spéléologie,  c’est une autre paire de manche.  Comme son nom l’indique, c’est d’abord  une science, et pour être spéléologue,  il faut nécessairement avoir un objectif  scientifique en point de mire. Cela, il faut le  préciser.”

Enseignant-chercheur à l’Université Hassan-  II de la ville Casablanca, Pr Amrani  Marrakchi est sans doute la personne la  mieux indiquée au Maroc pour parler de  spéléologie. Depuis 1989, il préside l’Association  marocaine de spéléologie (AMS),  qu’il a lui-même fondée.

C’est la deuxième plus ancienne association  du genre en activité au Maroc après  l’Association spéléologie d’Agadir (ASA),  basée comme son nom l’indique dans la  ville d’Agadir. Pr Amrani Marrakchi est par  ailleurs derrière la mise en place, en 2014,  du Centre universitaire de formation en  spéléologie de l’Université Hassan-II. Il  s’agit de l’unique centre de formation en  spéléologie d’Afrique. C’est Pr Amrani  Marrakchi qui personnellement avait réussi  à convaincre l’OCP Fondation de financer son équipement. Certains téléspectateurs  se souviennent, en outre, de l’émission  Les Mille et une grottes du Royaume qui  de 2005 à 2009 passait sur la chaîne 2M.  Pr Amrani Marrakchi en a été l’auteur et le  co-réalisateur. On ne peut, pour le moins,  pas dire qu’il n’est pas passionné. “Il s’implique  à fond dans ce qu’il fait, témoigne,  admirative, la trésorière de l’AMS, Imane  Amine. Nous nous connaissons depuis que  j’étais son étudiante à l’Université Hassan-II  et c’est une personne qu’on ne se lasse  jamais de côtoyer. C’est un exemple de  persévérance et d’opiniâtreté.”

Patrimoine naturel
Depuis le samedi 18 mars 2017, Pr Amrani  Marrakchi préside également la Fédération  marocaine de spéléologie (FMS). Cette  nouvelle fédération, qui compte quelque  8 associations dont l’intéressé a lui-même  fondé certaines, ambitionne de promouvoir  la spéléologie au Maroc. “La spéléologie  tient une place importante à plusieurs  niveaux, explique Pr Amrani Marrakchi.  D’abord, saviez-vous que nos principales  ressources hydriques proviennent des profondeurs? Nous pouvons, en promouvant  les valeurs de la spéléologie, qui se  conjuguent à la préservation du patrimoine  naturel, contribuer à protéger les eaux  nationales. Il faut par ailleurs savoir que nos  grottes renferment des trésors de biodiversité.  Vous pouvez par exemple trouver,  en explorant une grotte X, une faune et une  flore endémiques. Imaginez! Une espèce  que vous ne pourrez trouver nulle part  ailleurs! Enfin l’exploration des grottes participe  de la défense nationale. Moi-même  j’avais pris part à la formation, pendant  sept ans, d’éléments de la Protection civile.  Demain, un crime peut être commis dans  une grotte. Qui de mieux qu’un spéléologue  pour aider la police?”

C’est au hasard d’une randonnée qu’enfant,  Pr Amrani Marrakchi découvre pour  la première fois les grottes. Né en 1954  à Casablanca dans une famille originaire  de la ville de Fès, il grandit au quartier des  Roches Noires où systématiquement il était  renvoyé à son ascendance. “Dans un milieu  aussi dur, le vocable de “fassi” avait une  connotation très péjorative”, se souvient-il.  Dans les piques qu’on aime à lui lancer pour  le contrarier, il trouve toutefois une source  d’émulation.

De là lui vient un goût démesuré du risque  qui plus tard, adolescent, le conduira même  en prison en raison de ses activités syndicales.  Il est même, un temps, le plus jeune  prisonnier politique du pays. “J’essayais  toujours d’aller de l’avant et de repousser  à chaque fois mes limites”, confie-t-il. Un  jour, le jeune Mamoune, pas plus haut que  trois pommes, décide d’aller explorer seul  les cascades de Oued El Maleh, non loin de la ville de Mohammedia. “Et là c’est le  coup de foudre”, se rappelle-t-il, les yeux  embués d’enthousiasme: il se retrouve pour  la première fois dans une grotte. “C’était un  lieu de rêve que je n’aurais jamais imaginé  exister dans la réalité”, décrit-il.

Nécessité capitale
Libéré de prison après son baccalauréat, il  part en France étudier l’urbanisme. C’est là  qu’il est initié à la spéléologie. “La France  est le pays par excellence de la spéléologie,  nous déclare-t-il. D’ailleurs les premiers  équipements purement destinés à la spéléologie  sont français.” De l’urbanisme, Pr  Amrani Marrakchi passe à la géographie,  qui lui donne l’occasion d’explorer pendant  la réalisation de sa thèse de doctorat les  grottes du massif de l’Atlas. “C’est vraiment  là que j’ai commencé à exercer la spéléologie  au Maroc”, relate-t-il.

Aujourd’hui, Pr Amrani Marrakchi ne se  sépare pratiquement jamais de son matériel.  “Je le garde toujours sur moi dans  la voiture, au cas où”, s’esclaffe-t-il. Au  Centre universitaire de formation en spéléologie,  il propose de former toute personne  intéressée. Pour lui, c’est une nécessité capitale, car plus il y aura de spéléologues,  plus il y aura de possibilité de découvrir de  nouvelles grottes. “Le Maroc est un pays  sous-exploité, malheureusement, regrettet-  il. Si je nous compare à la France, on  trouve qu’on a la même superficie par rapport  à ce qu’on appelle les roches calcaires,  là où on retrouve presque systématiquement  des grottes. Mais là-bas, on répertorie  d’ores et déjà quelque 59.000 grottes,  tandis que chez nous, on en est encore à  un millier à peine. C’est frustrant.”

Pr Amrani Marrakchi veut également prouver  que les Marocains peuvent bien euxmêmes  explorer les grottes de leur pays  sans nécessairement être assistés par des  étrangers. “Quand les Français sont partis  à la fin du protectorat, ils prévoyaient la fin  de la spéléologie au Maroc car pour eux  nous étions incapables, nous autochtones,  de faire ce qu’ils faisaient, expose-t-il. Je  compte bien prouver le contraire.” La prochaine  fois que vous voudrez explorer une  grotte, vous savez maintenant à qui vous  adresser.

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