Malgré le drame d'Imlil, les touristes affluent à Marrakech


L’attrait jamais démenti de la Ville ocre


Secouée par le double assassinat d’Imlil, la ville de Marrakech semble conserver son aura auprès des touristes. Balade au coeur d’une destination qui garde son pouvoir d’attraction auprès des étrangers.

Marrakech, la Ville rouge, est un endroit plein de magie, avec ses innombrables marchés, jardins, palais et mosquées, mais le terrible double meurtre des étudiantes scandinaves près d’imlil a peut-être changé la donne. Afin de vérifier le pouls touristique de la ville, rien de tel que de se plonger dans l’ambiance si particulière de la médina, qui constitue le centre névralgique et le coeur historique tout comme l’incontournable place Jemaa el-Fna.

Telle un spectacle à ciel ouvert, la place Jemaa el-Fna offre à ses visiteurs une pièce en plusieurs actes. En journée, charmeurs de serpents, tatoueuses au henné et acrobates occupent le devant de la scène. En fin d’après-midi, quand le soleil entame sa descente sur l’horizon, on assiste tout d’abord à un ballet incessant de petites mains tirant d’imposantes charrettes chargées de tables et de bancs. La préparation pour le troisième et dernier acte se met alors en route.

L’ambiance se met alors à chauffer, au propre comme au figuré, et les stands de gargotes se mettent en place à côté de diseurs de bonne aventure et conteurs d’histoire. Nous nous plaçons alors sur la terrasses en hauteur, au célèbre café Argana, touché de plein fouet par l’attentat du 28 avril 2011 ayant fait 17 morts et 20 blessés de nationalités différentes. D’ailleurs, ce café affiche complet et les touristes viennent toujours en masse pour profiter de la vue imprenable. «Depuis l’attentat de 2011, l’établissement est plus populaire vis-à-vis des touristes qui nous laissent souvent des beaux messages de paix», nous raconte un des serveurs du café.

Mais Marrakech a bien plus à révéler que sa Medina, la Mamounia ou la place Jemma el-Fna. Elle inspire depuis quelque temps les amateurs de calme, de yoga et de méditation. Et l’on vient de partout, désormais, se retirer dans des riyads à l’ambiance feutrée, pour lâcher prise, se relaxer et faire des salutations au soleil.

Libérer corps et âme
Pour les plus aventuriers, l’intérêt de la Ville ocre réside aussi dans les treks et randonnées, à pied ou à dos de mulet, avec ou sans guide, que l’on peut réaliser dans la vallée de l’Ourika, au bord du lac voisin de Lalla Takerkoust, ou sur les premières pentes de l’Atlas. Ce tourisme bio-écolo, qui part à la rencontre des populations locales, permet de redécouvrir comment vivre plus proche de la nature. C’est dans ces coins-là, aux portes de Marrakech, que fleurissent les «retraites détox», offrant à ceux qui s’y adonnent l’opportunité de libérer corps et âme de leurs toxines. «J’adore Marrakech, j’y viens au moins deux fois par an pour me reposer», nous raconte Sylvia, qui se dit «inquiète» du récent double meurtre d’Imlil mais fait «confiance aux autorités marocaines pour éviter un nouveau drame».

Les autorités sont d’ailleurs bien présentes et visibles car l’enjeu est également sécuritaire. Excepté un trafic dense aux abords des lieux touristiques, tout a été maîtrisé, par les autorités de la ville, largement mobilisées notamment en ce week-end de Marrakech E-Prix comptant pour le championnat du monde des voitures électriques. La sécurité est une priorité pour une ville comme Marrakech, où le tourisme représente la principale activité économique.

Globalement, la Cité ocre s’en sort très bien sur le plan touristique. La ville a réalisé de très bons scores. Sur les 11 mois de l’année 2018, elle a connu une croissance à deux chiffres par rapport à la même période en 2017 tant sur les arrivées (+12%, avec 2.400.000 arrivées) que sur les nuitées (+10%, avec 7.200.000 nuitées) et le taux d’occupation, qui a enregistré une amélioration de 6 points, passant ainsi de 52% à 58%. Ces bons scores, elle les doit à la reprise des marchés français (+18%), allemand (+22%), espagnol (+52%) et aussi au marché interne. L’émergence de nouveaux marchés, notamment le marché chinois, a aussi largement contribué à cette performance.

Selon les professionnels du secteur, «aucune annulation de réservation ou de perturbation» n’a été relevée, aussi bien au niveau national qu’à l’échelle de la région de Marrakech, première destination touristique du Royaume. «Il faut dire que l’emplacement de la ville est exceptionnel et il fait beau pratiquement toute l’année», explique un voyagiste basé à dans le quartier de Guéliz.

D’ailleurs, Marrakech a célébré le passage à l’année 2019 en beauté. Plusieurs têtes d’affiche étaient en concert public ou privé et animaient des soirées organisées par les hôtels de luxe et les boîtes de nuit. Parmi eux, Maître Gims, qui a offert un show inédit et gratuit, le 28 décembre à Jamaa el-Fna, après avoir laissé la scène à de nombreux autres artistes comme les rappeurs H Kayne, le groupe Cravata et les Marrakchis, Fnaïre accompagnés de la star marocaine de Bollywood, Nora Fatehi.

Incentive et congrès
Comme chaque année, la ville a affiché presque complet pour les trois derniers jours de l’année 2018, pour lesquels l’ensemble des hôteliers se sont préparés et ont dédié des programmations spéciales. Ainsi et selon les estimations des professionnels locaux, Marrakech devrait achever l’année avec près de 2.600.000 arrivées et 8.000.000 nuitées et un taux d’occupation moyen de 60%.

Pour 2019, le plan d’action du Conseil régional du tourisme s’articule justement autour du développement et de la promotion du MICE (meeting, incentive, congrès, événementiel). Le Marrakech convention bureau, en cours de création devra permettre de créer une structure dédiée à la promotion de l’offre marocaine à l’international, regroupant l’ensemble des intervenants de la filière pour positionner la Cité ocre sur ce créneau. D’après le bureau de l’ONMT pour les pays nordiques et baltes, les chiffres sont «bons» au départ de tous les pays nordiques (Norvège, Suède, Danemark, Finlande) avec environ 119.000 touristes qui ont visité le Maroc en 2017, en progression de 27% par rapport à l’année précédente.

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