Du MALG au DRS

UN LIVRE SUR L'HISTOIRE SANGLANTE DES SERVICES SECRETS ALGÉRIENS

Derrière les institutions de façade, l’armée a toujours été au centre du pouvoir en Algérie. Mais au sein de cette armée, il y a un bras armé qui est la colonne dorsale du régime, à savoir l’appareil de sécurité militaire. Un véritable «Etat dans l’Etat».

Voila bien un livre qui aide à mieux comprendre ce qui se passe en Algérie: hier et aujourd’hui, à travers une trame historique de plus d’une soixantaine d’années. On le doit à Lyes Laribi, déjà auteur de deux précédents livres, Dans les geôles de Nezzar, puis L’Algérie des généraux. Militant, il a été arrêté en 1992 et a purgé près de quatre ans de prison. Exilé en France depuis une vingtaine d’années, il est professeur de mathématiques et de sciences physiques dans un lycée de la région parisienne. Il n’a pas baissé les bras en déposant deux plaintes contre le général Khaled Nezzar à Paris puis en Suisse.

Sur l’armée, les ouvrages ne manquent pas que ce soit ceux de certains de ses responsables, tels le même général Nezzar sur la destitution du président Chadli Benjedid le 11 janvier 1992, le colonel Semraoui sur la création du Groupe islamique armé (GIA), ou encore un autre officier supérieur, Hicham Aboud, sur l’assassinat de l’avocat Mecili, proche de Hocine Aït Ahmed, leader disparu du FFS. Mais pour ce qui est de la «boîte noire» de l’armée et plus globalement même du régime, aucune étude de l’intérieur. Lyes Laribi n’en est pas membre, mais il en a souffert. Il livre ici un livre document, une référence désormais incontournable parce qu’il y a des faits, un récit, des témoignages: un matériau utile pour tenter de comprendre le fonctionnement du système dans le pays voisin.

Un livre document
Cela remonte loin, bien avant l’indépendance, en juillet 1962. C’est la création du ministère de l’armement et des liaisons générales (MALG), par le colonel Abdelatif Boussouf, en janvier 1957, qui a été l’acte fondateur de l’appareil sécuritaire du FLN. Il avait pour adjoint un certain Mohamed Boukharouba, qui a pris le surnom de Houari Boumédiène... C’était là le noyau dur de ce qui allait devenir ensuite le Groupe d’Oujda. La répression se met en marche avec l’assassinat, en décembre 1957, de Abane Ramdane, figure historique. Une précieuse biographie des principaux chefs qui se sont succédé depuis plus d’un demi-siècle aide à identifier les parcours, les alliances, les ruptures et les ambitions. Un éclairage supplémentaire met en relief les accointances avec de grands services secrets étrangers.

Assassinats en série
Il donne ensuite bien des informations -et des clés de lecture- sur le fonctionnement de l’appareil sécuritaire avec son lot de gros scandales, de coups tordus, d’assassinat dans la mesure où prévaut une certaine gouvernance qui ne peut fonctionner que dans ces conditions. La Sécurité militaire, créée en 1965, au lendemain du coup d’Etat qui renversa Ahmed Ben Bella par Boumédiène, est confiée à Kasdi Merbah durant une quinzaine d’années. Il sera lui-même assassiné en août 1993, à Alger, alors qu’il avait été ministre puis Chef du gouvernement (1988-1989).

Durant son «règne», les assassinats les plus connus ont été ceux de Mohamad Khider, leader historique et trésorier du FLN, à Madrid en janvier 1967; de Krim Belkacem, ancien vice-président du GPRA, à Francfort, en octobre 1970, Abdelkader Chabou, secrétaire général du ministère de la défense en avril 1971, Ahmed Medeghri, ministre de l’intérieur, «suicidé» en décembre 1974 et tant d’autres, comme les colonels Said Abid, Abbès... Le point d’orgue de cette politique a été l’assassinat de Mohamed Boudiaf six mois après son retour en Algérie, le 29 juin 1992, en live, lors d’un discours officiel. Appelé à succéder au président Chadli Benjedid alors qu’il était en exil au Maroc depuis 1965, il avait été l’un des leaders historiques du FLN.

Torture disparitions
Quelles conclusions tirer? Que derrière les institutions de façade, l’armée a toujours été au centre du pouvoir, suivant des conjonctures variables. Mais au sein de cette ANP, il y a un bras armé qui est la colonne dorsale du régime, à savoir l’appareil de sécurité militaire. Il fixe les périmètres concédés aux autres acteurs civils et partisans; il veille aux «lignes rouges»; c’est un «Etat dans l’Etat». Mais c’est aussi un écosystème structurant dans l’économie algérienne, dans de nombreux secteurs (mafias du médicament, du kif, de la cocaïne, des licences d’importation, des marchés, des banques et des crédits non remboursés,...). Telle est la vie politique en Algérie, rythmée par les guerres civiles, les assassinats politiques; les arrestations arbitraires, la torture, les disparitions forcées, les massacres... et la corruption à grande échelle.

Le DRS (Département de renseignement et de sécurité) dirigé de 1990 à 2015 par Mohamed Mediène dit Toufik -aujourd’hui condamné à 15 ans de prison en mai 2019 per le tribunal militaire de Blida- a changé de titulaire ces dernières années avec Gaïd Salah puis Abdelmajid Tebboune, nouveau président. Mais ni sa nature profonde ni ses méthodes n’ont enregistré de changement. Tel qu’en lui-même, il demeure un appareil et une institution de domination et de répression au service des intérêts d’une Nomenklatura...


2 commentaires

  • Nasser

    18 Mai 2020

    Au delà du fait qu'on ne comprend pas ou on ne comprend que trop bien comment quelqu'un qui vit à Paris puisse disposer d'informations confidentielles sur les rouages d'un des services de renseignements les plus opaques, quelle valeur ajoutée pour un journal en ces temps bien troubles d'écrire un article sur un sujet dont tous les stagiaires marocains ont pondu un petit entrefilet. Est ce qu'a titre personnel ça vous soulage? Votre fascination morbide pour ce pays a t elle une explication?

  • Samir

    21 Mai 2020

    L'explication et dans un régime de la comédie théâtrale algérienne des années vingt puisque il n'a rien à donner Que les coups bas de bas de gamme et la haine des faibles que dieu nos préserve.

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