Maintien de la fermeture des salles de cinéma au Maroc

Les professionnels exigent la fin du drame

La fermeture des salles de cinéma depuis plus d’un an plonge le secteur dans l’agonie. Les acteurs exigent leur réouverture pour sauver cette industrie culturelle.

Englué depuis des années dans une crise, le cinéma marocain semble à l’agonie. Contraints de baisser les rideaux depuis le 18 mars 2020 pour éviter une propagation du Covid-19, les propriétaires de ces lieux naguère prisés souffrent le martyre. «Nous vivons une véritable catastrophe.

La fermeture des salles de cinéma depuis plus d’un an a gravement plombé notre activité et gelé toutes nos recettes financières. Une salle fermée demande beaucoup de frais, parce que nous devons gérer plusieurs dépenses liées au loyer, à l’eau et à l’électricité, etc.», constate Al Hosain Boudih, président de la Chambre marocaine des salles de cinéma (CMSC) sur un ton amer.

Disette financière
D’après cet exploitant qui exerce depuis plusieurs années dans l’industrie cinématographique, les salles de cinéma moyennes ont perdu entre 400.000 et 500.000 dirhams de recettes annuelles depuis le début de la pandémie de Covid-19. Cette disette financière a plus impacté les grands complexes comme Megarama et CinéAtlas qui ont enregistré des pertes de plus d’un million de dirhams.

Pour soulager leurs souffrances, le gouvernement avait décidé de leur octroyer des indemnités dans le cadre du Fonds de solidarité Covid-19. Des aides qui, apparemment, sont loin d’être suffisantes, selon M. Boudih. «Les employés ont pu bénéficier des indemnités de 1.000 dirhams par mois du Fonds Covid-19, jusqu’au mois de juin-juillet 2020. Nous attendons les prochains versements qui couvriront les mois de juillet jusqu’à décembre 2020. Par contre, tous les autres frais resteront à la charge des salles».

Quid des obligations fiscales? «J’ai envoyé récemment une lettre au ministre de l’Economie et des Finances pour une annulation de nos impôts pour l’année 2021 vu la paralysie observée actuellement dans notre secteur», précise-t-il. Interrogé sur la non-réouverture des cinémas, contrairement à d’autres lieux de rassemblement comme les cafés, restaurants, salles de sports, hammams, etc., le président de la Chambre marocaine des salles de cinéma se dit étonné de cette posture adoptée par les autorités.

Une situation, qui pourrait, à long terme signifier le clap de fin de ce secteur artistique. «L’avenir du cinéma marocain est fortement compromis. Le secteur était déjà plongé dans une crise bien avant la pandémie. Le Covid-19 l’a accentuée. A ce rythme, le public va délaisser le cinéma au profit des plateformes existantes comme Netflix», alerte-t-il.

Mesures préventives
Avant de renchérir. «L’internet avait relégué au second plan l’activité, bien avant la crise. Le manque de visibilité rend la situation encore plus difficile. Le Maroc comptait 286 salles de cinéma, alors qu’on n’en compte actuellement que 26 qui disposent de 65 écrans».

Les propriétaires de salles de cinéma ne sont pas les seuls impactés par cette fermeture. Les techniciens du septième art (opérateurs, régisseurs, éclairagistes, machinistes, maquilleurs, coiffeurs, costumiers, décorateurs, accessoiristes, etc.), ainsi que les réalisateurs, les acteurs, les scénaristes, vivent aussi le calvaire.

Le malheur n’arrivant jamais seul, l’arrêt des tournages des films étrangers a assombri davantage ce scénario déjà entaché par la pandémie de Covid-19. La détection du variant britannique au Maroc a changé la donne et perturbé la reprise de ces activités, qui s’était amorcée en septembre 2020, après 6 mois d’arrêt. Ces nouvelles souches ont également faussé les plans du Centre cinématographique marocain (CCM), qui a signé, le 3 décembre 2019, une autorisation de tournage d’un long-métrage américain pour 200 millions de dirhams.

Le deuxième plus gros investissement étranger dans le Royaume pour un film après la série «Homeland», qui a coûté 280 millions de dirhams en 2019, selon Sarim Fassi- Fihri, directeur général du CCM. Un joli pactole qui devait permettre de renflouer les caisses de l’industrie cinématographique, après une baisse de 50% du montant total des investissements cinématographiques au Maroc en 2020, à cause de la crise sanitaire. Le secteur n’ayant perçu que 400 millions de dirhams de recettes durant l’année écoulée, loin des 800 millions de dirhams engrangés en 2019.

Pour sortir de cette situation dramatique, l’association Save Cinemas in Morocco invite les autorités marocaines à rouvrir les salles de cinéma. Des espaces où les mesures préventives pourront être respectées, d’après son fondateur, Tarik Mounim. Selon lui, il urge de sauver le cinéma marocain qui souffrait déjà avant le Covid-19.