Maghreb Steel toujours dans la tourmente

Les professionnels de la métallurgie s'opposent au protectionnisme

Tout en déplorant l’absence de bilans des précédentes mesures de sauvegarde, les professionnels du secteur refusent que Maghreb Steel, qui peine depuis plusieurs années à sortir la tête de l’eau, continue de profiter d’un protectionnisme qui érode leur compétitivité.

Un vent violent et dévastateur souffle sur Maghreb Steel. Aamar Drissi, DG de Maghreb Steel, a démissionné à un moment sensible de l’histoire de l’entreprise. Il quitte le navire de la société présidée par Fadel Sekkat qui espère obtenir dans quelques semaines de nouvelles mesures de sauvegarde, étant donné que les anciennes mesures deviendront obsolètes en septembre 2019.

Et comme un malheur n’arrive jamais seul, les professionnels des industries métallurgiques et mécaniques s’opposent officiellement à la demande de Maghreb Steel, en vue de l’obtention de nouvelles mesures de sauvegarde concernant les tôles laminées à chaud. Et c’est à travers la FIMME (Fédération des industries métallurgiques, mécaniques et électromécaniques) qu’ils ont fait savoir leur position en adressant un mémoire au ministère de l’Industrie, jeudi 4 juillet 2019.

Demande d’arbitrage
Les professionnels déplorent le fait qu’il n’y a eu aucune évaluation du bilan des précédentes mesures de sauvegarde et que le fait d’instaurer des droits élevés à l’import de l’acier, un intrant dans l’industrie, pénalise la production locale et la rend moins compétitive.

Ce n’est pas tout. Après la Turquie, qui vient d’obtenir gain de cause auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) après l’instauration par le Maroc d’une mesure de défense commerciale, dite anti-dumping, qui vise l’acier laminé à chaud importé de Turquie liée au Royaume par un accord de libre-échange, un grand groupe allemand, en l’occurrence Scholz Holding GmbH, qui a déposé le 3 janvier 2019 une demande d’arbitrage auprès du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), l’une des cinq institutions formant le Groupe de la Banque mondiale, avec la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), l’Association internationale de développement (AID), la Société financière internationale (SFI), et l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI).

Le requérant fait valoir le traité bilatéral relatif à l’investissement conclu entre le Maroc et l’Allemagne en 2001 pour évoquer des mesures anti-concurrentielles mise en place par le Maroc. Le litige concerne un «projet d’industrie métallurgique», lit-on sur le site du CIRDI, sans plus de précision. Scholz conteste une «mesure de sauvegarde appliquée par le Maroc sur l’importation des déchets ferreux et l’exportation de fil de béton», correspondant à l’activité de la filiale marocaine de la requérante, Scholz Maroc. Dans ce secteur, le mastodonte Maghreb Steel, qui a levé des fonds importants pour sa restructuration pour fait face à des risques de faillite, a bénéficié d’une aide étatique et de mesures de protectionnisme en imposant aux importations d’acier laminé à froid et de tôles plaquées ou revêtues une taxe ad valorem additionnelle de 22%. Le poids lourd de la production nationale de tôles laminées, Maghreb Steel, peine depuis plusieurs années à sortir la tête de l’eau. Il cumule des pertes. Il vient de contracter, fin décembre 2018, un crédit de 225 millions de dirhams assorti d’une garantie de la CCG, débloqué par un consortium composé d’Attijariwafa bank, la BCP et BMCE Bank, qui vise à couvrir l’explosion du besoin en fonds de roulement du producteur d’acier causée par le renchérissement du coût de la matière première.

Risques de faillite
Avec la mise en place des mesures de défense commerciale, les consommateurs de tôles laminées, soit les producteurs de produits semi-finis métallurgiques, s’estiment lésés et perdent ainsi leur compétitivité. Autant d’arguments qui vont aux antipodes de la stratégie de Maghreb Steel, présidée par Fadel Sekkat, qui cherche par tous les moyens à faire perdurer les mesures de protectionnisme. Mais jusqu’à quand? Et ce n’est l’unique secteur qui bénéficie de mesures similaires.

Cela renvoie à se poser une question légitime: Le Maroc a-t-il hâtivement conclu les traités commerciaux et les accords de libre-échange à telle enseigne qu’il ne cesse de décréter depuis quelques années des mesures de protectionnisme en faveur d’opérateurs économiques leaders dans leurs secteurs d’activité? La question n’est pas fortuite. Car devant l’OMC, trois procès sont ouverts et trois autres devant le CIRDI de la Banque mondiale. Suffisamment pour revoir de fond en comble la copie des accords de libre-échange.


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