Madrid accuse Alger d'ingérence dans ses affaires intérieures


José Manuel Albares, ministre espagnol des Affaires étrangères.


Les actes d’intimidation et les ingérences directes et indirectes dans la pré-campagne électorale espagnole fait réagir le gouvernement de Pedro Sanchez. Celui-ci lance un énième appel au régime algérien de ne plus s’immiscer dans la politique étrangère de l’Espagne.

Si Laya Gonzalez était encore aux commandes du département espagnol des Affaires étrangères, elle n’aurait pas ménagé les caporaux d’Alger. Mais José Manuel Albares préfère garder son tact diplomatique en demandant, une fois encore, au régime algérien de ne pas s’immiscer dans les affaires internes de son pays. «Ce que nous voulons de l’Algérie, c’est le respect mutuel et la non-ingérence dans nos affaires intérieures. Avec l’Algérie, nous voulons des relations basées sur l’amitié, car l’amitié c’est ce que le peuple espagnol a à l’endroit du peuple algérien», a-t-il déclaré dans une interview accordée, dimanche 23 avril 2023, au quotidien El Espagnol.

Une sorte de ras-le-bol justifiée par les provocations et les décisions inamicales prises par l’Algérie depuis plusieurs mois : Blocus commercial, rupture du dialogue, pression diplomatique, diminution de l’approvisionnement du gaz et augmentation des prix… Rien n’a été ménagé pour mettre à genoux les Espagnols. Ce n’est pas le premier appel du genre de Albares. « L’Espagne est un pays libre et souverain pour prendre ses propres décisions en matière de politique étrangère », avait-il tambouriné le 24 juin 2022. Les provocations ont commencé le 14 mars 2022, date qui commémore le soutien inconditionnel du président du gouvernement espagnol, le socialiste Pedro Sanchez, au plan marocain d’autonomie au Sahara.

Taux de déclin
«L’Espagne a commis un acte inamical à l’égard de l’Algérie» sur la question du Sahara, avait riposé le président Abdelmadjid Tebboune pour justifier la suspension du traité d’amitié avec l’Espagne et la fermeture du marché algérien devant les exportateurs espagnols. Moins de trois mois après la décision historique du gouvernement de Pedro Sanchez, l’Algérie a annoncé unilatéralement, mercredi le 8 juin 2022, la suspension immédiate du Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération avec l’Espagne, datant d’octobre 2002.


Une réaction prise quelques heures après le discours de Pedro Sánchez au Congrès des députés, dans lequel le président du gouvernement réaffirmait sa position sur le Sahara Occidental et le plan marocain d’autonomie. La première conséquence directe est désastreuse. Au total, 129.475 entreprises espagnoles ont cessé d’avoir des relations commerciales avec l’Algérie en 2022.

Ce n’est pas tout. «En 2022, après les mesures restrictives appliquées par l’Algérie, nos exportations chutent fortement et de manière généralisée dans tous les secteurs. Ce mois-là, 10,8 millions d’euros sont exportés, contre une moyenne mensuelle de 169 millions en janvier-mai 2022», a confié à ABC le secrétaire d’Etat espagnol au Commerce. Ce genre de décisions assimilées par l’Espagne à de l’ingérence dans ses affaires intérieures est ancien. L’Algérie constituait dans les années 80 et 90 un véritable sanctuaire pour les terroristes du monde entier, et en particulier ceux de l’organisation basque indépendantiste l’ETA.

L’establishment politico-militaire du Palais d’El Mouradia avait aussi soutenu et financé la séparation des îles Canaries de l’Espagne en abritant le «mouvement pour l’autodétermination et l’indépendance de l’archipel canarien» (MPAIAC) et son leader Antonio Cubillo, de la même manière que le soutien offert au Polisario. Le fait de lier les actes inamicaux à la question du Sahara est une autre manouvre pour faire monter la classe politique espagnole contre le gouvernement de Pedro Sanchez à quelques encablures des élections législatives.

Articles similaires