Quand Macron indispose Alger

Guerre d'Algérie

Les propos du président français accusant “le système politico-militaire” algérien de “rente mémorielle” ont provoqué le rappel “immédiat” par l’Algérie de son ambassadeur en France.

En déclarant lors d’une rencontre tenue le 30 septembre 2021 que “la nation algérienne post-1962 s’est construite sur une rente mémorielle et qui dit [que] tout le problème, c’est la France”, le président français Emmanuel Macron ne pouvait que faire réagir ce qu’il a par ailleurs taxé de “système politico-militaire qui s’est construit sur cette rente mémorielle”, en faisant référence au régime algérien.

Deux jours plus tard, c’est-à-dire le 2 octobre 2021, l’Algérie procédait au “rappel immédiat pour consultations” de son ambassadeur en France, Mohamed Antar-Daoud, en faisant, en outre, également fermer son espace aérien aux avions militaires français, dans ce qui n’est pas sans rappeler la décision prise le 22 septembre 2021 par les autorités algériennes à l’encontre des aéronefs marocains, mais ceux-là également civils.

“A la suite des propos non démentis que plusieurs sources françaises ont attribués nommément au président de la République française, l’Algérie exprime son rejet catégorique de l’ingérence inadmissible dans ses affaires intérieures que constituent lesdits propos,” a indiqué un communiqué de la présidence algérienne. La rencontre où M. Macron avait tenu ses affirmations s’était déroulée au palais de l’Elysée, siège de la présidence française, et l’avait réuni à dix-huit petits- enfants de la guerre d’Algérie, qui sont des jeunes dont les aïeuls ont été impliqués dans ledit conflit, et ce soit en défendant le maintien de la voisine de l’Est au sein de la France soit plutôt son indépendance.

Mouvement de protestation
C’est l’historien Benjamin Stora, que M. Macron avait chargé fin juillet 2020 de réaliser un rapport sur “les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie”, lequel rapport avait été rendu le 20 janvier 2021, qui avait fait une recommandation dans ce sens, mais le compte-rendu des échanges du président français dans l’édition du 2 octobre 2021 du quotidien Le Monde a finalement atteint l’inverse de l’objectif de réconciliation déclaré.

Il faut dire aussi que M. Macron a sous-entendu que la “nation algérienne” est la fille de “la colonisation française”, ce que la présidence algérienne a qualifié d’“appréciations superficielles, approximatives et tendancieuses”, de même qu’il a estimé “que le système algérien est fatigué” et que le mouvement de protestation du Hirak, en cours depuis février 2019, “l’a fragilisé”. “J’ai un bon dialogue avec le président [Abdelmadjid] Tebboune, mais je vois qu’il est pris dans un système qui est très dur,” a-t-il également dit.

A rappeler que le 29 septembre 2021 déjà, le ministère des Affaires étrangères avait convoqué l’ambassadeur de France en Algérie, François Gouyette, suite à la décision prise la veille par le gouvernement Jean Castex de réduire de moitié le nombre de visas octroyés chaque année aux ressortissants algériens. Le Maroc, qui a également fait l’objet d’une mesure similaire de la part des autorités françaises, avait pour sa part parlé, par la voix du ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, de “décision injustifiée”.