Loubna Tricha : "La formation professionnelle est aujourd'hui une voie de réussite et d'excellence"


Loubna Tricha Directrice générale de l’OFPPT.


L’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail ne cesse de se développer. Son ambition est de mettre en place un cursus universitaire de formation Bac+3 qui viendra couronner les efforts déployés depuis de nombreuses années. Sa directrice générale, Loubna Tricha, revient pour nous sur ce projet et sur les grands chantiers de l’Office.

La formation professionnelle a connu, pendant ces dernières années, un développement remarquable. Est-ce que l’office envisage à l’avenir de lancer des cursus universitaires dans le cadre de son expertise dans la formation ?
En effet. La formation professionnelle est aujourd’hui une voie de réussite et d’excellence. Nous sommes convaincus que le choix de la voie professionnelle doit s’inscrire dans la continuité, à travers des niveaux de formation supérieurs qui favorisent le renforcement des compétences de nos stagiaires et leur offrent des chances de réussite encore plus grandes. C’est dans cette optique que nous réitérons, depuis de nombreuses années, notre volonté et notre engagement pour la mise en place à l’OFPPT d’un cursus de formation Bac+3 qui viendra couronner les efforts déployés par notre Institution en faveur de la montée en compétences de ses jeunes, tous secteurs confondus. Il faut souligner que le quota réservé par les universités marocaines aux lauréats de la formation professionnelle ne dépasse pas 5%, ce qui reste très limité par rapport à nos attentes et aux ambitions de nos jeunes lauréats, alors que ces jeunes bénéficient d’un accès ouvert dans l’ensemble des établissements privés et même à l’international.

Comment remédier à cela ?
Notre ambition est de permettre à nos lauréats, qui le souhaitent, d’accéder à un diplôme supérieur (post Bac+2) et de leur offrir de plus grandes chances d’intégrer des cycles supérieurs. Il faut dire aussi que la dynamique économique dans laquelle s’inscrit notre pays conforte cette ambition, compte tenu des besoins évolutifs du marché du travail en profils de Middle management. La mise en place des Cités des Métiers et des Compétences, en tant qu’établissements nouvelle génération dotés d’infrastructures performantes et de chaines d’innovation intégrées favorisant le learning by doing et l’expérimentation des solutions métiers, le tout dans un cadre propice à l’apprentissage et au développement des compétences aussi bien techniques que transverses, vient renforcer cette volonté de passer à un niveau de formation supérieur. En parallèle, et pour motiver nos lauréats et leur offrir des chances d’évolution de leurs parcours de formation, l’OFPPT a développé 613 passerelles internes, à travers lesquelles ils peuvent passer d’un niveau de formation à un autre, et ce dans les niveaux Spécialisation, Qualification, Technicien et Technicien Spécialisé.

La feuille de route pour le développement de la formation professionnelle vous permettra- t-elle d’atteindre vos objectifs en termes de couverture des besoins du pays en matière de formation professionnelle ?
Effectivement, l’OFPPT dispose d’une offre de formation inclusive de plus de 400.000 places pédagogiques annuellement, grâce à un dispositif de plus de 390 Etablissements de formation, couvrant l’ensemble des Régions et Provinces du Royaume et incluant des centres réalisés dans le cadre du programme de réinsertion des détenus en plus de Centres de formation au profit des jeunes en situation de handicap et des unités mobiles pour la formation en milieu rural. La mise en place des Cités des Métiers et des Compétences vient effectivement renforcer le dispositif de l’OFPPT, à travers 34.000 places pédagogiques supplémentaires annuellement. Les premières ont ouvert leurs portes à la rentrée 2022-2023 à Souss-Massa, l’Oriental et Laâyoune Sakia El Hamra, avec une capacité globale de 7500 places par an dont 4260 en 1ère année.

Mais quid de la dimension qualitative de la formation ?
Au-delà des objectifs quantitatifs, nous avons accordé une attention particulière à la dimension qualitative, à travers un important travail pour la définition de la nouvelle offre de formation, en phase avec les besoins en compétences des différents secteurs économiques. Ce travail a été mené selon une approche de co-construction, grâce à la constitution de 17 commissions sectorielles et l’organisation de plus de 70 ateliers de réflexion qui ont mobilisé près de 1200 participants, représentant les départements ministériels, la Région, la CGEM et les Fédérations et Associations Professionnelles. Ces ateliers ont donc permis d’arrêter une offre de formation ouverte sur 18 secteurs et 28 sous-secteurs dont 6 à implémenter pour la première fois à l’OFPPT.

Les travaux d’ingénierie engagés dans cette perspective depuis 2019 ont permis, à date, de mettre en place 301 filières incluant des créations et des restructurations, ce qui représente plus de 50% de l’objectif à terme. Ces travaux seront poursuivis pour atteindre 670 filières à la rentrée 2024- 2025 dont 562 nouvelles. Ceci, en plus de la suppression de 111 autres filières devenues obsolètes ou en manque d’attractives. Cette nouvelle offre de formation, actualisée et diversifiée, est soutenue par un nouveau modèle pédagogique qui place l’apprenant au coeur de la démarche d’apprentissage, en renforçant l’autonomie, la prise d’initiative et la créativité et l’innovation.

Comment voyez-vous l’avenir de la formation professionnelle dans notre pays à la lumière des grandes tendances technologiques qui marquent ce secteur dans le monde ?
La formation professionnelle connait une évolution importante à travers le monde en tant que levier du développement socio-économique, sachant qu’elle favorise l’employabilité des jeunes et la compétitivité des entreprises et accompagne les stratégies sectorielles mises en place par les pouvoirs publics. Pour assurer cette mission, la formation professionnelle doit procéder à une adaptation continue pour suivre les grandes mutations, notamment les transformations technologiques. A l’OFPPT, notre objectif est d’assurer l’accompagnement de ces nouvelles tendances, d’abord, par la mise à jour régulière des filières de formation, grâce à un travail d’ingénierie permettant de diversifier l’offre de formation et d’élaborer des contenus actualisés.


En termes de moyens, nous intégrons de nouvelles technologies d’apprentissage intimement liés aux différents secteurs de formation. Dans le secteur Industriel à titre d’exemple, nous avons doté les CMC de mini-chaînes industrielles pédagogiques, qui visent à faciliter l’assimilation et l’acquisition du savoir-faire industriel par les stagiaires et à leur garantir un environnement d’apprentissage proche de la réalité de l’entreprise. Dans le secteur de l’automobile, nous avons intégré des simulateurs de peinture automobile qui suivent également la tendance en matière d’apprentissage dans ce secteur.

Quelles sont vos réalisations en matière du digital ?
L’inclusion du digital est aussi au coeur de notre stratégie. On note notamment une forte intégration des logiciels métiers et des digitals tools dans notre démarche d’apprentissage. Le nouveau modèle pédagogique prône également l’autonomisation des apprenants à travers l’auto-formation via des learning Management Systems et des plateformes dédiées (OFPPT Academy, OFPPT Langues...). Nous envisageons également la mise en place d’un Digital Learning Lab, afin de supporter la mise en oeuvre de la stratégie de digitalisation de la formation, de solutions e-learning couvrant les différents secteurs de formation, en plus du développement des contenus digitaux de la formation et la mise en place de studios des Moocs. Le contexte actuel a aussi impliqué l’adoption du mode de formation hybride qui permet un excellent mixte entre la formation en présentiel et la formation à distance, qui représente 20% de l’apprentissage à l’OFPPT, favorisant ainsi l’utilisation des technologies de l’information et de la communication.

L’OFPPT a lancé récemment à Fès une initiative pour l’accompagnement des startup et la promotion de l’entrepreneuriat dans la ville. En quoi consiste cette initiative et comptez-vous la reproduire dans d’autres villes ?
Le renforcement du mindset entreprenant de nos jeunes et leur accompagnement dans la concrétisation de leurs projets d’entreprise est au coeur de nos priorités. C’est dans ce cadre que nous avons lancé de nombreuses initiatives en faveur de cette dynamique. A titre d’exemple, la 1ère édition de Fez Startup Challenge, organisée conjointement par l’OFPPT et Incubooster, le 1er avril à Fès, a permis à 30 startups, sélectionnés parmi 55 candidatures, de présenter leurs projets devant un jury de professionnels et d’investisseurs.

12 projets ont été retenus pour la phase finale de la compétition, touchant notamment aux domaines du digital, du tourisme, etc. L’opération, destinée à soutenir les jeunes entrepreneurs de la région Fès-Meknès, a été lancée début janvier 2023, par un appel à candidature pour les jeunes porteurs d’idées innovantes désirant bénéficier d’un accompagnement rapproché pour concrétiser leurs startups. Les projets primés seront accompagnés par IncuBooster et le guichet d’appui à la création d’entreprise de la Direction Régionale de l’OFPPT.

Y a-t-il d’autres initiatives similaires ?
Oui, il y a la tenue des Odyssées régionales de l’entrepreneuriat dans la région de Beni-Mellal Khénifra, une compétition régionale, organisée en partenariat avec le Centre Régional d’Investissement, le Projet de Développement Socio-économique Inclusif ISED-USAID Béni Mellal – Khénifra et l’Université Sultan Moulay Slimane, réunissant, en plus des Instituts de formation relevant de l’OFPPT dans la Région des établissements universitaires rattachés à l’Université Sultan Moulay Slimane. C’est un événement qui permet d’introduire l’esprit entrepreneurial chez les jeunes stagiaires de la région, à travers des journées de sensibilisation, des cycles de formation, un BootCamp et des concours d’idées. Ces initiatives ont également pour objectif de créer des opportunités d’échange entre les jeunes porteurs d’idées et les acteurs de l’écosystème entrepreneurial au niveau régional.

Que faites-vous pour faire émerger le potentiel entrepreneurial chez les jeunes ?
Nous avons aussi mis en place un programme baptisé « Programme d’innovation entrepreneuriale » dont bénéficient l’ensemble des stagiaires de l’OFPPT, dès leur première année de formation. Développé en partenariat avec l’Université Mohammed VI Polytechnique de Benguérir, ce programme vise à doter les jeunes des outils nécessaires à la concrétisation de leurs idées, et ce à travers 3 phases principales à savoir la sensibilisation et l’acculturation, l’approfondissement des fondamentaux et outils en plus du studio d’expérimentation.

Implémenté dans 6 régions du Royaume, au profit de plus de 56.600 stagiaires, ce programme sera élargi progressivement à l’ensemble de notre dispositif de formation. Il a également été déployé, dès cette rentrée 2022- 2023, au niveau des 3 premières Cités des Métiers et des Compétences à Agadir, Nador et Laâyoune. En plus, la nouvelle architecture des programmes que nous avons adoptée, accorde une attention particulière aux compétences entrepreneuriales qui sont intégrées à tous les nouveaux programmes de formation, au même titre que les compétences linguistiques, numériques et comportementales.

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