Une loi discriminatoire envers les malades psychiatriques

Les psychiatres inquiets au sujet du projet de loi sur les psychotropes

Les modalités de prescription et de dispense des médicaments à base de substances psychotropes à usage humain doivent être revues, estime l’Association marocaine des psychiatres d’exercice privé.

Dans un communiqué, l’Association marocaine des psychiatres d’exercice privé déplore, sans toutefois donner plus de précisions, un projet de loi qui «stigmatiserait davantage» les personnes atteintes de maladies psychiatriques. Et d’ajouter: «Non seulement elle [la loi, ndlr] frôlerait le code de déontologie médicale, mais elle porterait aussi atteinte à leur dignité et à leurs droits les plus élémentaires.

Nous serons un des rares pays, sinon le seul dans le monde, à avoir des lois discriminatoires envers les malades psychiatriques. » Plus loin, l’AMPEP dénonce encore une loi «discriminatoire, vexatoire et inutile. Les problèmes réels posés par la prescription des psychotropes (et d’ailleurs pour l’ensemble des médicaments) se situe au niveau des officines de pharmacies qui devraient revoir – pour une grande partie d’entre elles – leur mode de fonctionnement».

Pathologies chroniques
L’association souligne en effet que «les individus qui font un usage addictif ne sont généralement pas ceux qui vont vers les psychiatres, mais utilisent d’autres réseaux, notamment ceux des délivrances frauduleuses de certains anxiolytiques sans ordonnance par les employés de pharmacie, lorsque les pharmaciens ne sont pas présents dans leur officine».

Les psychiatres privés indiquent également que «généralement, les malades psychiatriques ont des pathologies chroniques (comme le diabète, l’hypertension artérielle, la maladie de Crohn, la dysthyroïdie…) et ont besoin de prescriptions de longue durée, au long cours, seules garantes de leur stabilité.

Les obliger à consulter une fois par mois conduira à les obliger à arrêter leur traitement et à rechuter, ce qui alourdira le système d’hospitalisation en psychiatrie, milieu déjà défaillant et submergé».

De plus, l’AMPEP indique que «si la mise en place d’une ordonnance médicale ordinaire sécurisée doit se faire, elle doit concerner tous les prescripteurs d’ordonnances (généralistes, spécialistes…) et elle sera la bienvenue. Elle ne peut que contribuer à la sécurité de nos malades ». Récemment, les pharmaciens se sont montrés favorables à la mise en place d’une ordonnance sécurisée, le but étant de mettre fin au trafic illicite de ces produits et de protéger les pharmaciens des multiples agressions dont ils sont victimes.

Enfin, l’association estime «disposer actuellement de lois suffisantes pour le contrôle des prescriptions médicales. Il existe déjà, comme partout dans le monde, le carnet à souches pour la prescription de certains produits».