INVESTISSEMENTS SUISSES AU MAROC

L’odeur de l’argent helvète

Au Maroc, les investisseurs de la Confédération helvétique sont présents dans presque tous les domaines ; l’agro-alimentaire, la sécurité, le contrôle, l’industrie pharmaceutique, etc. Une soixantaine d’entreprises suisses sont implantées au Maroc. Cette situation est en partie due à l’ouverture de l’économie marocaine sur la scène internationale et à la transition industrielle entreprise par le Royaume.


La Suisse figure dans le top 10 des principaux pays investisseurs au Maroc. Un classement mondial qui devrait progresser à l’avenir en raison des efforts méritoires consentis par le Royaume pour attirer davantage d’investisseurs étrangers. Environ soixante entreprises suisses ont établi leur présence au Maroc. Elles sont actives dans quasiment tous les secteurs d’activité : l’agro-alimentaire (Nestlé), pharmaceutique (Novartis), construction (SIKA), sécurité et monétique (SICPA), agriculture (Syngenta, Eléphant vert…), contrôle et certification (Société générale de surveillance, connue sous l’acronyme SGS), cargo-maritime (maritime (Mediterranean Shipping Compagny, connue sous l’acronyme MCS), textile (Maroc Modis), etc. « L’envie des opérateurs économiques suisses d’investir au Maroc a toujours été présente », nous affirme M. Figueiredo, président de la Chambre de commerce suisse au Maroc (CCSM).

Et nombreux sont les investisseurs suisses qui sont impressionnés par les progrès réalisés par le Maroc. Notre pays reste compétitif dans n’importe quel secteur d’activité, nous confie une source au sein du Centre d’investissement régional (CRI) de Casablanca. « Il n’existe véritablement pas de secteur plus intéressant qu’un autre. Les opportunités d’investissements dépendent du domaine d’expertise de l’entreprise suisse qui souhaite s’établir au Maroc », nous explique M. Figueiredo. « Les paramètres qui influent sur les décisions d’investissement sont le potentiel en ressources humaines et naturelles du pays hôte », ajoute-t-il.

De manière explicite, le président de la CCSM met en avant l’idée selon laquelle une pénurie de compétences pourrait être un frein à l’investissement. « Cette dimension peut paraître d’une moindre importance. Mais il s’agit d’un fait avéré. Il nous est arrivé de saisir une université marocaine afin de repérer les compétences requises pour répondre à un besoin qui deviendra pressant dans deux ans », nous raconte-t-il. Les accords conclus en matière d’innovation et les conventions liées à la recherche scientifique et à l’innovation, signés entre le Maroc et la Suisse, visent notamment à harmoniser le niveau de compétences des jeunes talents avec les exigences spécifiques des employeurs suisses, nous assure une source administrative au sein de l’UM6P.

Durée limitée
Par ailleurs, le Maroc est engagé dans un processus de double transformation. Il s’industrialise en développant son secteur manufacturier et s’internationalise en renforçant ses liens et sa présence à l’échelle internationale », commente, à ce propos, M. Figueiredo. En effet, le Royaume a consenti d’importants efforts pour instaurer un climat d’affaires propice au développement du tissu économique national. L’internationalisation de l’économie marocaine ne s’est pas concrétisée en suivant un processus de transition aléatoire, mais en tenant compte d’une politique industrielle mûrement réfléchie. « L’objectif principal d’une entreprise industrielle devrait être d’accéder au marché international. La durée de vie d’une entreprise industrielle qui se concentre uniquement sur le marché national est généralement limitée », avait assuré Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et du Commerce, lors d’une conférence de presse organisée le 23 février 2024 à Casablanca par la CCSM. Les propos tenus par le ministre illustrent de manière concrète l’esprit de la stratégie industrielle menée par le Royaume.


Les réformes structurelles engagées par le gouvernement marocain en vue de simplifier le volet administratif sont louables étant donné qu’aujourd’hui, il est devenu plus facile d’entreprendre les démarches administratives auprès des Centres d’investissements régionaux (CRI). « Une multitude de réformes administratives ont ponctué mes huit ans de présence ici au Maroc. Quoiqu’il reste encore du travail à fournir pour affiner les chantiers de réforme », témoigne M. Figueiredo. Au-delà de la planification de la stratégie industrielle au Maroc, l’Exécutif est pleinement engagé dans un projet de réforme visant la simplification des procédures administratives et des services publics.

Problème économique
S’agissant des considérations administratives et fiscales, le retour d’expérience des entreprises suisses basées au Maroc est majoritairement positif. « Mon expérience est globalement très bonne », témoigne Frédéric Lugrin, fondateur de FL Swiss Advisory. Pour cet investisseur suisse, le parcours de création d’une entreprise suisse au Maroc est somme toute facile. « Le cadre légal est clairement défini, et la fiscalité des entreprises devient de plus en plus attractive avec un impôt sur les sociétés qui est appelé à baisser progressivement à l’avenir », nous explique M. Lugrin.

Notre interlocuteur argue également de la nouvelle loi sur les délais de paiement mise en place récemment par l’Exécutif. « Cette disposition est considérée comme étant une grande avancée à l’égard des acteurs économiques aussi bien marocains qu’étrangers », estime-t-il. Cependant, il y a de grandes attentes en ce qui concerne le respect et l’exécution de cette mesure. Car selon certains investisseurs de la Confédération helvétique, le recouvrement était un problème récurrent par le passé. Finalement, il convient de rappeler le volume des échanges commerciaux 2022- 2023, dont les chiffres sont tirés de l’Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières, ces échanges ont atteint 778 millions de francs suisses (CHF).

Un niveau record en progression de 18,9% une année plus tôt. « Il n’y a pas de raison à ce que nos relations économiques ne progressent pas. Le Maroc et la Suisse partagent plusieurs similitudes, dont la stabilité politique et économique », nous souligne le président de la CCSM. Notre interlocuteur, qui a passé cinq ans et demi à la tête de Swissport Maroc, se dit confiant quant à l’évolution des relations économiques entre le Maroc et la Suisse, notamment dans un contexte où le Maroc est fortement engagé dans un processus de transformation économique orientée vers l’industrialisation. Le volume des échanges commerciaux entre les deux pays partenaires devrait s’inscrire dans une tendance plus encourageante compte tenu de la stratégie industrielle 2030.

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