Les lobbies pharmaceutiques ont eu raison d'Anass Doukkali

Hausse des prix des médicaments

Le ministère de la Santé a cédé face aux lobbies des laboratoires pharmaceutiques en acceptant d’augmenter le prix de 14 médicaments.

Et dire que le ministère de la Santé avait annoncé, au mois de février 2019, une baisse de prix sur 319 médicaments afin de permettre un accès équitable à des traitements de qualité, à des prix convenables, à tous. Ce voeu pieux s’est envolé en fumée même pas cinq mois après cette décision face aux pressions des lobbies des laboratoires pharmaceutiques qui n’ont pas hésité à jouer avec la santé des Marocains en cessant d’approvisionner le marché national au cas où la marge de bénéfice resterait maigre afin de faire plier le gouvernement. Le département d’Anass Doukkali a, en effet, approuvé la hausse du prix de 14 médicaments.

Une hausse variant de 10 à 150 DH, aussi bien pour le prix public de vente (PPV) que pour le prix hospitalier Maroc (PHM). Ces augmentations concernent des médicaments dont le stock est épuisé et qui n’ont pas de génériques. C’est le cas notamment du Sintrom, traitement prescrit le plus souvent à vie aux sujets cardiaques ou encore du Madopar, un traitement pour la maladie de Parkinson. «Il faut prendre conscience que sur certains produits fabriqués localement, les prix sont très bas. Les industriels continuent à les fabriquer, mais quelques-uns vont être obligés d’arrêter à un moment. Ces industriels n’arrêtent pas de demander une révision des prix à la hausse selon le décret», explique Layla Laassel Sentissi, directrice exécutive de l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (AMIP).

Depuis 2012, avant même l’adoption d’un décret sur les prix, la réduction des prix des médicaments faisait partie de la stratégie gouvernementale en matière de santé. Plusieurs milliers de médicaments ont vu leur prix réduit. Conséquence: beaucoup de laboratoires se sont retirés du Maroc, dont Sandoz. Les industriels préfèrent vendre 200.000 boîtes d’un médicament à 10 euros en Europe, par exemple, plutôt que 50.000 au Maroc à 15 DH. «La liste de médicaments que nous avons déposée au ministère pour une révision est composée de produits dont les prix sont trop bas et inférieurs aux pays de benchmarck», reprend Layla Laassel Sentissi.

Un écosystème en mal d’équilibre
Le ministère de la Santé, pour comparer les prix pratiqués au Maroc avec ceux d’un certain nombre de pays (France, Espagne, Belgique, Turquie…) a révélé que le prix de vente de 2.000 médicaments était trop bas par rapport à ces mêmes pays. La directrice exécutive de l’AMIP explique également que la disparition de ces produits «coûtera plus cher aux citoyens puisque l’alternative thérapeutique se révèlera bien plus onéreuse».

Pourtant, des rapports internationaux ont révélé que le citoyen marocain payait plus d’argent que les citoyens d’autres pays pour se procurer des médicaments. Le rapport de la Commission des finances et du développement économique de la Chambre des représentants a notamment révélé que les prix étaient exceptionnellement élevés, si l’on les compare à d’autres pays tels que la Tunisie et la France. En effet, le Maroc consomme un peu plus de 12 milliards de DH de médicaments par an, soit autour de 450 DH par personne. En attendant, ce sont les patients qui font les frais d’un écosystème du médicament qui peine à trouver l’équilibre. Beaucoup d’entre eux n’hésitent plus à se rendre à l’étranger, notamment à Sebta, pour se fournir à moindre frais.


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