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Un livre sur Mohamed ben Larbi Torrès

Parcours d’un représentant de trois Sultans

C’est en sa qualité de représentant du Sultan que Mohamed Ben Larbi Torrès était chargé d’exécuter les décisions du Sultan, d’appliquer ses directives et de négocier avec les puissances étrangères.

On connaît la famille Torrès beaucoup plus à travers l’action de Abdelkhalek Torrès, nationaliste de la première heure et démocrate convaincu (1910-1970). On connaît un peu moins l’histoire de cette grande famille d’origine andalouse qui s’est installée au Nord du Maroc au début du 17è siècle. Et qui est devenue depuis une famille de Oulémas et d’intellectuels au service des sultans et du Makhzen.

Le livre que vient de sortir la Fondation Abdelkhalek Torrès pour l’éducation, la culture et les sciences, présidée par Dr Kenza, fille de Abdelkhalek Torrès, contribue, à n’en pas douter à faire connaître cette grande famille. Et ce, à travers le parcours extraordinaire de Mohamed Ben Larbi Torrès. En effet, né en 1820 Mohamed Ben Larbi Torrès, mort en septembre 1908 a été surtout ministre des Affaires étrangères vers la fin du 19ème et début du 20ème siècles. Et ce, en sa qualité de représentant des Sultans installé à Tanger. Sa principale mission, c’est qu’il a été parmi la délégation marocaine au congrès d’Algésiras, en tant qu’ambassadeur itinérant du Sultan Moulay Abdelaziz. C’est au cours de ce congrès, tenu en 1906, que le partage du Maroc entre la France et l’Espagne, avec Tanger ville internationale, a été décidé.

Histoire du télégraphe
C’est également à ce titre de représentant du Sultan que Mohamed Ben Larbi Torrès était chargé d’exécuter les décisions de ce dernier, d’appliquer ses directives et de négocier avec les puissances étrangères tout ce qui se rapportait à leur présence au Maroc et plus particulièrement dans la région de Tanger…

L’intérêt du livre réide dans le nombre impressionnant de documents qui y sont publiés: des ordres de mission émanant des Sultans, des directives des chefs du gouvernement (Sadr Al Aâdam, comme on les appelait à l’époque), des échanges avec des ministres marocains ou étrangers, des lettres envoyées par Mohamed Ben Larbi Torrès…

Difficile de parler des détails de tous ces documents, dont le travail harassant d’assemblage et de légende a été fait par Abou Bak Bennouna, un ancien haut fonctionnaire de l’Etat, diplomate et surtout féru d’histoire du Maroc. Mais deux lettres attirent tout de même l’attention, car elles renseignent sur l’importance du personnage et ses prérogatives. Il s’agit de la note envoyée par Hassan Ier, au début des années 1890, à M. Ben Larbi Torrès au sujet de la ligne de télégraphe que les Britanniques voulaient installer unilatéralement à Tanger.

Dans cette note, mission est confiée à M. Torrès de prendre contact avec le représentant de l’Angleterre à Tanger pour lui demander s’il disposait d’une quelconque autorisation relative à l’installation du télégraphe. «Sachant qu’il n’en a pas, vous êtes chargé de le dissuader d’entreprendre les travaux conséquents sauf si son pays se conforme aux conditions que nous avons fixées à son prédécesseur il y a six ans… Notamment le fait que la ligne (cable) ne doit pas excéder le tronçon Tanger-Gibraltar…»

Une autre lettre envoyée par le ministre des Affaires étrangères allemand à M. Ben Larbi Torrès l’informant de la désignantion du représentant de l’Allemagne à Tanger, ville internationale. Dans cette lettre au langage diplomatique fin, le ministre allemand exprime le souhait de son empereur allemand de voir M. Ben Labri Torrès entourer l’ambassadeur de la sollicitude nécessaire lui permettant d’accomplir comme il se doit sa mission et ce, vu l’amitié qui liait les deux pays… Plusieurs autres lettres adressées à M. Ben Larbi Torrès de pays étrangers sont publiées dans ce livre-recueil.

Au-delà de l’éclairage sur la personnalité de Mohamed Ben Larbi Torrès, la masse de documents renseigne aussi sur le fonctionnement de l’Etat au Maroc au 19ème et début du 20èmesiècles. Un Etat qui, sans être moderne, était structuré, avec des relais du pouvoir central au niveau régional et des principales villes et une administration locale.