Le nouveau livre de Mahmoud Archane repose le débat sur la classe politique marocaine

Un réquisitoire sans fard

Ancien dirigeant du Mouvement populaire, Mahmoud Archane crée en 1996 le MDS. Député et ancien maire de la ville de Tiflet, il sort un nouveau livre dans lequel il appelle, entre autres, à faire prévaloir les valeurs morales dans l’action politique.

Quand Mahmoud Archane fait une sortie médiatique, cela ne passe jamais inaperçu. Et quand il publie un livre -il est l’un des rares hommes politiques, à s’adonner à cet exercice-, cela fait des vagues. Et pour cause. Le président et fondateur du Mouvement démocratique et social n’a pas la langue dans sa poche et n’y va par quatre chemins pour dire leurs vérités aux uns et aux autres.

C’est le cas de son dernier livre, qu’il a intitulé L’éthique politique et la vérité historique: exigences morales en déshérence, paru en février 2022. Ce document, d’une valeur politique certaine, apporte des éclairages nouveaux de la part de l’auteur sur des faits historiques, notamment en ce début du 21è siècle. D’abord, M. Archane, député de Tiflet depuis voilà quatre décennies, explique le pourquoi de son troisième livre en ces termes: «Après avoir écrit mes deux premiers ouvrages, “Pour la patrie et pour l’honneur”, et “La tentation de la médiocrité”, me voici à nouveau poussé par le désir de réunir en un seul document une partie de ms prises de positions, articles, lettres, témoignages et interviews que j’ai accordés ou publiés dans les organes d’information nationaux depuis une trentaine d’années…»

Probité et loyauté
L’intérêt du livre de M. Archane n’est pas de faire de l’histoire. Mais plutôt de tirer les leçons du passé pour se projeter vers l’avenir. Mais toujours avec un regard critique, parfois acerbe vis-à-vis de la classe politique. Il écrit à ce sujet: «En quittant la Sûreté nationale en 1982, après 25 ans de loyaux services et en choisissant de m’attaquer au suffrage universel… J’étais convaincu de rencontrer en échange une certaine morale et un peu de vertu parce que le champ politique devait, selon moi et en toute logique, réunir l’élite du pays et constituer une école dans le domaine de la rigueur, de la probité et de la loyauté… La déception fut totale et le constat consternant…»

Dans l’avant-propos de son ouvrage, M. Archane revient sur un sujet qui lui tient réellement à coeur et ne manque pas de le souligner. Il consacre un long passage à la création de la Commission vérité et justice, dont l’objectif était de réparer les injustices liées aux années de plomb, selon la volonté royale. M. Archane écrit à ce propos: «dès que la création de la Commission équité et réconciliation a été actée, je me suis proposé d’observer une pause, croyant en toute bonne foi qu’on allait finalement assister au rétablissement de la vérité, peut-être enfin réhabilitée, et à la délimitation des responsabilités avec comme corollaire la reddition des comptes. Cette attente s’est rapidement volatilisée parce que la Commission, en raison des éléments qui la composaient et dont on connaissait les idées extrémistes qui les animaient, s’était contentée de conduire ses investigations à sens unique et limitatif en se focalisant sur la seule période du règne de feu S.M. Hassan II, enjambant par ricochet les années de sang des années 60 du siècle dernier et dont leurs camarades et eux-mêmes étaient les principaux responsables. C’est la douche froide et la grande déception...»

Pendant des années, M. Archane a fait l’objet d’attaques de toutes parts. Pour, notamment, son passage à la DGSN en tant que commissaire de police. Il a défié ses détracteurs d’apporter la moindre preuve sur ses supposées implications dans des actes de torture. Mahmoud Archane ne réécrit pas l’Histoire, il s’en défend, mais donne sa version des faits. Sans façon. Quitte à froisser la sensibilité de tout le monde. Mais ceux qui le connaissent savent que son seul objectif a toujours été d’être au service du pays et de ses institutions.