L’Istiqlal malade de son leader

Hamid Chabat et M’hamed Boucetta

Déclaration malheureuse de Hamid Chabat sur la Mauritanie


Dangereuses”, “irresponsables”,  “manquent de retenue et de maturité”:  le ministère des Affaires étrangères  et de la Coopération n’y est pas allé  avec le dos de la cuillère pour critiquer  les propos du secrétaire général  du Parti de l’Istiqlal (PI), Hamid  Chabat, sur la Mauritanie. Ce dernier  avait le samedi 24 décembre 2016,  lors d’une réunion de l’aile syndicale  de sa formation, l’Union générale des  travailleurs du Maroc (UGTM), ressorti  les vieilles revendications marocaines  sur le voisin du Sud.

S’appuyant sur de prétendus enregistrements  de leaders du mouvement  national d’indépendance dont  l’ancien premier secrétaire de l’Union  socialiste des forces populaires (USFP) Mohamed El Yazghi, M. Chabat  affirmait que les véritables frontières  du Maroc s’étendent d’après lui du  préside occupé de Sebta au fleuve Sénégal.  “La Mauritanie est marocaine”,  arguait-il.

Des déclarations qui comme on pouvait  s’y attendre ont soulevé un tollé.  Le parti au pouvoir en Mauritanie,  l’Union pour la République (UPR),  s’est ainsi fendu dès le lendemain d’un  communiqué exigeant des excuses de  la direction istiqlalienne et des élites  marocaines.

Procès en trahison
“Celui qui est familier avec les ABC  de l’Histoire comprend que nous (les  Mauritaniens, ndlr) étions le tout et  eux (les Marocains, ndlr) la partie; et  que nous sommes les bâtisseurs de  Marrakech et les vainqueurs de Sagrajas”, explique-t-il.  Un passage qui tout bien considéré  ne vole pas plus haut que le discours  de M. Chabat. Il nie en effet  l’existence d’une Histoire proprement  marocaine. Le ministère des Affaires  étrangères n’opine toutefois pas. Bien  au contraire, il décoche ses flèches à  l’envers du seul chef du PI, dont il “rejette  vigoureusement” la sortie.

“Ces déclarations (...) portent atteinte  aux relations avec un pays voisin frère  et démontrent une méconnaissance  profonde des orientations de la diplomatie  marocaine”, reprend le communiqué.  “Malheureusement, par ce  genre de déclarations, (...) le secrétaire  général du Parti de l’Istiqlal verse  dans la même logique des ennemis  de l’intégrité territoriale du Royaume”, conclut-il. Un véritable procès en  trahison. Le bureau exécutif du PI,  dans sa réaction au ministère, “refuse”  d’ailleurs “que l’on porte atteinte  à lui et à son secrétaire général,  ainsi que de recevoir des leçons  de nationalisme.” En filigrane, on ne  manque toutefois pas de relever dans  le communiqué un prolongement de  l’hostilité actuelle entre le parti de M.  Chabat et le Rassemblement national  des indépendants (RNI), dont l’ancien  secrétaire général, Salaheddine Mezouar,  dirige la diplomatie.

Revirement istiqlalien
Rappelons que la formation de la colombe  s’oppose à la participation du  PI au prochai veloppement (PJD),  Abdelilah Benkirane, de constituer.  Le leader islamiste s’est à ce titre vu  de nouveau signifier par le secrétaire  général du RNI, Aziz Akhannouch,  lors de leur entrevue du lundi 26 décembre  2016, ce niet. Dans un communiqué  rendu public le mardi 27 décembre  2016, le parti du ministre de  l’Agriculture et de la Pêche maritime  sortant a par ailleurs repris le qualificatif  d’“irresponsables” à propos  des allégations de M. Chabat. Il va  plus loin que le ministère des Affaires  étrangères, ceci dit, en accusant littéralement  l’intéressé de faire le lit de  la propagande des ennemis de l’intégrité  territoriale du Royaume. Ce alors  que le Maroc veut réintégrer “sa famille  africaine”, rappelle-t-il.

En tout cas, M. Chabat se retrouve  pratiquement seul. Après l’avoir dans  un premier temps soutenu, le parti  se revire. Dans un communiqué le  mercredi 28 décembre 2016, Taoufiq  Hejira, président du conseil national  -“deuxième institution décisionnelle”  du PI, précise-t-il- avoue “avoir  sous-estimé (…) la gravité de la déclaration”  de son secrétaire général.  “Le communiqué émanant du comité  exécutif (publié pour appuyer M.  Chabat, ndlr), à la préparation duquel  j’ai assisté, a été élaboré suivant la  présentation traditionnelle des questions  de l’actualité, sans jamais prévoir  les retombées négatives pouvant  découler de ce sujet”, révèle-t-il. Pour sa part, l’ancien secrétaire général du  PI (1998-2012), Abbas El Fassi, a diffusé  un texte au vitriol à l’endroit de  son successeur.

Vers une mise à l’écart de l’Istiqlal
Il faut dire que M. Chabat l’avait impliqué  lors de sa même intervention à  l’UGTM dans des tractations avec les  conseillers du Roi Fouad Ali El Himma  et feue Zoulikha Nasri lors de la formation  du gouvernement Benkirane  en 2012. En aparté, M’hamed Boucetta,  l’ancien chef istiqlalien (1974-  1998), l’aurait également sévèrement  réprimandé. M. Benkirane, son unique  allié politique à l’heure actuelle, a par  ailleurs été dépêché avec le ministre  délégué auprès du ministre des Affaires  étrangères et de la Coopération,  Nasser Bourita, suite à l’entretien téléphonique  de Mohammed VI avec le  président Mohamed Ould Abdel Aziz,  où le Souverain, a “réitéré” à son visà-  vis, d’après le cabinet royal, “son  soutien et son amitié indéfectibles.”

À l’issue de sa rencontre avec le Président  mauritanien à Zouirate, le chef  du gouvernement a souligné que les  “déclarations” de M. Chabat sur la  Mauritanie “n’expriment ni l’opinion  de Sa Majesté le Roi, ni l’opinion du  gouvernement et du peuple marocains”.

De quoi possiblement ouvrir la voie  à une mise à l’écart de l’Istiqlal de  la prochaine majorité parlementaire.  Malgré ses nombreuses casseroles  médiatiques, le secrétaire général de  l’Istiqlal a su à chaque fois, depuis le  début de sa carrière, retourner la situation  à son profit. Cette fois-ci, estce  la gaffe de trop?.