Les licenciés dans le désarroi, l’exécutif aux abonnés absents

Manifestations et grèves

Mohamed Amekraz, le ministre du Travail, est fier d’avoir pu éviter 1.218 grèves ces 9 derniers mois. Une réussite pour le secteur privé qui licencie à tours de bras des centaines de milliers de salariés, livrés désormais à eux-mêmes.

Le chômage explosera cette année. Un taux de plus de 15% d’ici fin 2020. On parle d’ores et déjà d’une estimation d’un million d’emplois qui seraient supprimés à cause du Covid-19. Si de l’incertitude entoure ces estimations, ce qui est sûr par contre, c’est que les compteurs du chômage se sont affolés ces derniers mois. Des centaines de milliers d’employés se sont retrouvés à la rue, sans revenu et sans aucune visibilité pour les prochains mois.

Si cette aggravation est causée principalement par la crise économique provoquée par le Covid-19, le gouvernement a une part de responsabilité. La loi de Finances rectificative 2020 a donné l’aval aux entreprises, bénéficiant d’aides étatiques, de liquider 20% de leurs salariés. Aberrant, nous avait confié l’économiste Najib Akasbi.

Une situation dramatique
«Comment peut-on venir en aide aux entreprises sans conditionner ces aides par le maintien d’emplois? C’est illogique. Le gouvernement a failli à sa mission de préservation des emplois. Au contraire, il a donné l’autorisation aux entreprises de licencier jusqu’à 20% de leurs employés. Je ne comprends pas la finalité de cette méthode totalement à l’opposé de ce qui devait être fait», nous avait déclaré l’économiste.

Résultat de cette mesure: des licenciements à tours de bras, tout secteur confondu et dans toutes les régions du pays. Des centaines de manifestations de salariés ont suivi cette hémorragie; et les grèves se sont multipliées au niveau de plusieurs unités industrielles. Les syndicats n’ont jamais été si actifs en publication de communiqués quotidiens dénonçant l’étendue de cette situation dramatique. En parallèle, l’Exécutif préfère s’enorgueillir de sa gestion de la crise économique, «exemplaire», selon les dires du Chef du gouvernement.

Le ministre du Travail et de l’Insertion professionnelle, Mohamed Amekraz, quant à lui, est fier d’annoncer que 1.218 grèves ont été évitées lors des 9 premiers mois de 2020 dans 774 établissements. «Grâce aux efforts déployés par le ministère, nous avons pu éviter 1.218 grèves les neuf premiers mois de l’année.

Nous avons, par ailleurs, recensé 85 grèves dans 68 établissements, auxquelles ont pris part 5.293 salariés, faisant perdre aux entreprises concernées 49.900 journées de travail, soit un taux de participation de 51,38%», a répondu Amekraz à une question orale sur «La problématique des salariés expulsés», posée par le groupe de l’Union marocaine du travail (UMT) à la Chambre des conseillers.

Une réussite selon lui, oui, mais pour le secteur privé. Qu’en est-il des employés licenciés? Qu’a-t-il fait pour les salariés expulsés de leur lieu de travail? Vontils bénéficier d’aides directes, de reconversion, de réintégration…? Chacun ses priorités, les salariés licenciés, eux, n’ont que le bitume pour crier leur désarroi.


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