Libye: Les belligérants en négociations secrètes au Maroc

Les représentants de l’Ouest et de l’Est libyens sont depuis le 1er janvier 2022 au Royaume, avec comme principal objectif de s’accorder sur la date des prochaines élections.

Le Maroc continue de jouer un rôle de facilitateur en Libye. Depuis le samedi 1er janvier 2022, il accueille dans le plus grand secret le président du Haut Conseil d’État libyen, Khaled al-Mechri, et le président de la chambre des représentants du même pays, Aguila Saleh, pour des tractations au sujet des législatives prévues au mois de février 2022 et surtout des présidentielles, récemment reportées alors qu’elles devaient se tenir le 24 décembre 2021.

Au-delà de leurs fonctions respectives, les personnalités concernées représentent, avant tout, les deux principaux camps de belligérants libyens, dans la mesure où M. al-Mechri est issu de l’Ouest, où se trouve le gouvernement issu des accords de Skhirat du 17 décembre 2015 et est principalement dominé par des forces assimilées aux Frères musulmans, tandis que M. Saleh est plutôt ancré dans l’Est, du côté de la ville de Tobrouk, qui donne d’ailleurs le nom souvent utilisé pour désigner le parlement qu’il chapeaute -dit, donc, “parlement de Tobrouk”. C’est dire si le sort, du moins à court terme, de la Libye dépend beaucoup de leur rencontre.

Paix durable
Selon nos informations, MM. al-Mechri et Saleh, et ce bien qu’ils se soient trouvés à partir du même moment dans la capitale, Rabat, ont d’abord vu le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, jouer les intermédiaires entre eux, sans qu’ils se retrouvent physiquement l’un avec l’autre, avant donc d’être réunis une fois le terrain “préparé”. Et à en croire différentes sources médiatiques, ils seraient en pôle pour se mettre d’accord sur les dates de tenue des élections susmentionnées.

Rappelons que depuis bien avant les accords de Skhirat, qui avaient donc été signés sur son sol, dans la ville de Skhirat, sous l’égide de l’Organisation des Nations unies (ONU), le Maroc a toujours joué un rôle de premier plan en Libye. Dès juin 2014, on avait par exemple vu le président du Congrès national général libyen, Nouri Bousahmein, prendre lui-même le téléphone pour “sollicit[er] l’appui du [roi Mohammed VI] et du Royaume du Maroc pour assurer succès à l’expérience libyenne”, comme l’avait alors indiqué un communiqué du cabinet royal.

Mais ce rôle du Royaume n’a, comme l’a à plusieurs reprises rappelé M. Bourita, jamais consisté à imposer une solution aux Libyens, comme l’ont tenté par exemple les Émirats arabes unis en voulant imposer l’autoproclamé maréchal Khalifa Haftar ou encore l’Algérie avec la soi-disant solution des pays voisins, mais en laissant les intéressés eux-mêmes décider.

“Le seul parti que chacun doit prendre est celui d’accompagner la Libye unie -sans hérauts et sans intrusions- pour asseoir les conditions d’une paix durable, y compris par la démilitarisation, le départ des mercenaires étrangers et la réinsertion des miliciens locaux; accompagner la Libye sur le chemin de la consolidation de la paix et du raffermissement des institutions de l’État de droit; et aider la Libye à se reconstruire, grâce à ses ressources propres et à la faveur d’investissements gérés par les Libyens eux-mêmes,” avait notamment insisté le 12 octobre 2021 à la Conférence de Paris sur la Libye, M. Bourita. Credo auquel les belligérants libyens semblent eux-mêmes souscrire donc, comme l’illustre le simple fait qu’ils continuent de se tourner encore vers le Maroc pour leurs discussions.