Les libraires tentent de sortir la tête de l’eau

ENSEIGNEMENT À DISTANCE

La crise due au coronavirus n’a pas épargné les libraires. Habitués à miser sur la rentrée scolaire pour renflouer leurs caisses et faire grimper leurs chiffres d’affaires, les libraires parlent d’une année particulièrement compliquée pour le secteur. L’incertitude qui règne autour de cette nouvelle année, entre enseignement à distance et présentiel, complique la situation des parents et des professionnels du secteur. Nous avons fait un tour chez les plus grandes librairies de Casablanca, voici ce qui se passe.

Nous nous sommes habitués à voir des libraires qui débordent d’activité à chaque rentrée scolaire. Cette année à la même date et aux mêmes endroits, les choses ne se passent pas de la même façon. La décision de fermer les écoles et d’adopter le mode d’enseignement à distance a fait reculer la demande des parents ne voulant plus dépenser leur argent dans des fournitures scolaires qui risquent de ne pas être utilisées.

Les libraires casablancais comprennent parfaitement la réticence des tuteurs d’élèves, ils compatissent carrément étant eux-mêmes parents. Seulement ces professionnels enregistrent une chute remarquable au niveau de leurs revenus, leur perte atteint ainsi 80%, voire 90% pour certains, et l’État n’a consacré aucune aide pour rehausser ce secteur qui somnole depuis mars 2020. “La décision d’imposer l’enseignement distanciel a cassé notre activité.

Entre les parents qui ont vu les manuels de leurs enfants restés à l’écart l’année dernière après la mise en place du e-enseignement, et d’autres tuteurs qui ne se sont pas encore décidés à inscrire leurs enfants en écoles publiques ou privées, l’achat des livres est le dernier soucis de ces parents qui n’ont encore aucune visibilité concernant la scolarité de leurs enfants”, nous déclare un libraire casablancais.

Un investissement à hauts risques
Certaines librairies de Casablanca, principalement celles localisées dans le centre ville, ont réussi à faire marcher un peu les affaires en août. Une forte demande sur les manuels de l’enseignement français a été enregistrée en cette période, avant de régresser considérablement dès l’annonce de l’adoption de l’enseignement à distance.

Pour ce qui est des fournitures scolaires, cartables, trousses, cahiers… les libraires n’ont pratiquement rien vendu. Leurs stocks sont intacts et risquent de le rester si les écoles ne rouvrent pas leurs portes très vite. “Avec l’enseignement distanciel, les fournitures scolaires sont jugées moins nécessaires par les parents. D’ailleurs, même pour les manuels, certains tuteurs d’élèves se sont précipités chez nous pour les retourner et être remboursés dès l’annonce de la fermeture des écoles à Casablanca.

Contrairement au présentiel, où chaque élève doit avoir son livre pour suivre le cours, pour le e-enseignement, un seul manuel suffit. Les professeurs et élèves s’envoient les photos des cours filmés depuis un seul manuel sur WhatsApp et le tour est joué”, nous dit avec ses mots un libraire du centre ville de Casablanca pour décrire les trois scènes de tentative de retourner les manuels par les parents, auxquelles nous avons assistées.

La crise pandémique et le confinement décrété au Maroc le 20 mars 2020 pour une durée de trois mois, ont eu de graves répercussions sur l’activité des libraires. Ayant baissé leurs rideaux pour une durée de trois mois et demi, certains n’ont pas de quoi investir pour acheter le stock des manuels et fournitures scolaires pour cette rentrée. Le risque d’investir leur chiffre d’affaires de l’année dernière pour acheter des livres qui ne seront pas vendus n’est pas envisageable. “Je n’ai pas fait de stock. Je ne peux pas me le permettre, la demande est au plus bas, et rien ne nous certifie la capacité de liquider nos stocks”, nous confie un libraire casablancais selon lequel l’activité est autour de 2% comparée aux années précédentes.

De l’autre côté, un autre libraire à Casablanca, a fait le choix de faire un bon stock de manuels et de fournitures scolaires pour accueillir la rentrée scolaire. Déçu par l’ascenseur émotionnel subi à cause des décisions hasardeuses du gouvernement, le professionnel dispose d’un grand stock qui repose sans demande. “Ça aurait été plus simple d’annoncer une année blanche ou l’adoption de l’enseignement à distance depuis le début. La transparence nous aurait évité de dépenser des millions de dirhams dans une marchandise non désirée”, fustige le libraire.

Comme les manuels et les fournitures scolaires, les cartables ne manquent pas à la régle. “Qui aurait besoin d’un nouveau cartable pour un élève qui prend ses cours à la maison?” s’exprime un vendeur de livres qui affirme avoir dépensé 400.000 dirhams dans l’achat de nouveaux cartables pour cette rentrée scolaire, ceux-ci restent exposés là, sans intérêt.

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