Liberté de la presse au Maroc : Encore du pain sur la planche !

Grande difficulté d’accès à l’information, affaires devant la justice, restrictions financières… Telles sont, entre autres, les entraves à la liberté de la presse au Maroc.

Le Maroc est-il un mauvais élève s’agissant de la liberté de la presse? En tout cas, c’est ce que révèle Reporters sans frontières (RSF) dans son nouveau classement pour l’année 2022. L’ONG a classé le Maroc à la 135ème place, en avance d’un rang par rapport à l’année précédente. Ce qu’on reproche au Maroc, c’est une «pression continue » sur les journalistes indépendants.

«La principale source d’information pour la population vient des réseaux sociaux et des sites en ligne», indique à cet égard Reporters sans frontières. Et d’ajouter que «la société consomme la presse indépendante sans pour autant être prête à prendre sa défense». La «désinformation» est également pointée du doigt par RSF, qui critique cette pratique en la qualifiant de «règne (qui s’est) accentué par la valorisation d’un journalisme du buzz et du sensationnel qui ne respecte pas la vie privée et dégrade en général l’image de la femme». Par ailleurs, RSF indique qu’en 2020, 110 journalistes marocains ont saisi le Conseil national de la presse (CNP), autorité de régulation dotée d’un pouvoir de sanction contre les organismes enfreignant le code de la presse, pour qu’elle prenne des «sanctions disciplinaires» contre ces «médias de diffamation».

Troubles sociaux
Le plus frappant dans le rapport de RSF, c’est que l’Algérie est mieux lotie que le Maroc. Le voisin de l’est campe à la 134e. Etonnant quand on sait que la junte militaire algérienne muselle la presse libre et indépendante et fait usage de toute forme de répression! Certains pays qui sont mieux classés que le Maroc ont connu des assassinats de journalistes, ou vivent dans des situations de guerre et de troubles sociaux et politiques, tandis que d’autres ne connaissent même pas la stabilité politique minimale, connaissant des coups d’État militaires et des déclarations d’urgences, la fermeture de stations de télévision et de radio par des décisions administratives. RSF a, en outre, évoqué l’histoire de la fermeture par les autorités du quotidien Akhbar Al Yaoum, alors que tout le monde sait que cette décision, qui n’a pas pris en considération les droits des journalistes et autres employés, a émané des propriétaires du journal. Ce qui met un peu en doute l’objectivité de Reporters sans frontières.

Une chose est sûre: la liberté de la presse au Maroc souffre indéniablement de deux problèmes: l’accès difficile à l’information, notamment auprès des administrations et ministères; et les restrictions financières infligées à certains supports médiatiques indépendants que rien n’arrête face à leur quête de la vérité. Pour le Syndicat national de la presse marocaine, le Maroc possède une presse plurielle qui fait preuve d’une liberté de ton rare dans le monde arabe.

Cependant, elle est corsetée par la censure et surtout l’autocensure venant de certains patrons de presse pour des raisons économiques. Aussi, certains journalistes sont encore poursuivis dans le cadre d’affaires de presse en vertu d’articles de loi autres que ceux de la loi sur l’édition et la presse. Ces affaires sont une sorte de mauvaise publicité pour le pays à l’international.