L’Occident et l’offensive israélienne sur la bande de Gaza

L'hypocrisie atteint-elle ses limites?

La position des Occidentaux au sujet du massacre de Gaza porte un énorme discrédit aux valeurs universelles dont ils se proclament et aux institutions internationales, principalement l’ONU.


La reine Rania de Jordanie a la mine blême, le ton grave et le regard dépité. Elle s’adresse au monde occidental, ce 25 octobre 2023, à travers les ondes de la chaîne de télévision américaine CNN, quelques jours après le déclenchement des hostilités entre le le mouvement palestinien du Hamas et Israël. “Nous sommes choqués et déçus par la réaction du monde face à cette catastrophe”, déplore-t-elle. “Lorsque le 7 octobre a eu lieu, le monde a immédiatement soutenu Israël et son droit à se défendre, puis il a condamné les attaques qui se sont produites. En revanche, ces deux dernières semaines, il n’y a eu que du silence”, renchérit la reine, en référence au mutisme des pays développés face au tapis de bombes largué par Israël, lançant une remontrance sans équivoque au monde occidental : votre deux poids deux mesures a dépassé les limites de l’acceptable.

Ces condamnations sélectives de la part d’un monde supposé libre ne datent pas d’aujourd’hui et ne cessent de mettre à mal le discours moralisant porté par les hommes politiques occidentaux et les organisations internationales, lesquels se présentent comme les chantres d’un ordre mondial démocratique et égalitaire fondé sur le droit international. De la guerre d’Irak au conflit entre la Russie et l’Ukraine en passant par les poussées de fièvres régulières qui émaillent le conflit palestino-israélien, les positions des pays européens et des Etats-Unis, notamment, confinent au cynisme, sinon à la lâcheté. Pour ne rien arranger, le président français, Emmanuel Macron, a eu la très mauvaise idée de proposer, lors d’une visite en Israël, le 24 octobre 2023, une coalition anti-Hamas, sur le modèle de celle déployée pour lutter contre l’organisation terroriste Daech. Une annonce jugée comme participant de ce double standard, avec la volonté de sanctionner d’un côté l’organisation palestinienne et, de l’autre, fermer les yeux sur les atrocités commises par l’armée israélienne, qui ne distingue guère entre civils et militaires, larguant des tonnes d’explosifs sur des innocents au vu et su de toute la planète.

La reine Rania de Jordanie n’est d’ailleurs pas la seule à s’insurger contre cette attitude. La majorité des chefs d’Etat arabe et musulman ont monté en épingle ce laxisme occidental à l’égard des crimes perpétrés par Israël dans la bande de Gaza.

Keffieh sur les épaules, Recep Tayyip Erdogan, devant des milliers de personnes réunis dans la banlieue ouest d’Istanbul, à l’occasion d’un grand meeting de soutien à la Palestine, le 28 octobre 2023, n’a pas eu de mots assez forts pour critiquer le bloc occidental. “Ceux qui ont versé des larmes de crocodile pour les civiles massacrés dans la guerre qui oppose la Russie et l’Ukraine hier, regardent aujourd’hui la mort de milliers d’enfants innocents en silence”, avait fustigé le président turc, acclamé par la foule aux cris d’“Israël assassin”.

La position des Occidentaux dans la guerre qui fait rage entre le Hamas et Israël porte un énorme discrédit aux valeurs universelles dont ils se proclament et aux institutions internationales, principalement l’Organisation des Nations unies (ONU). Cette organisation, qui détient un pouvoir décisionnel majeur, regroupant 193 Etats membres, a été créée à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le 24 octobre 1945, avec pour mission le maintien de la paix et de la sécurité internationales et la protection des droits de l’homme. Or, la légitimité dans laquelle puise l’ONU pour susciter l’adhésion des Etats, à savoir les croyances mondialement partagées et leur aptitude à représenter de manière inclusive et impartiale les pays, est aujourd’hui profondément ébranlée.

Néanmoins, une question mérite d’être soulevée. Si les Occidentaux, par leur inclination “civilisationnelle”, si l’on peut dire, favorisent les Israéliens, estimant ces derniers proches d’eux ethniquement et idéologiquement, comment expliquer les renoncements et les réactions timorées des pays arabes, lesquelles sont la meilleure caution à cette posture discriminante, qui ne fait l’objet d’aucune pression -en dehors de quelques indignations de principe-, voire reçoit un feu vert implicite de la Oumma, impuissante qu’elle est à peser sur la question palestinienne. Ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui deux poids deux mesures n’est qu’un miroir grossissant des abdications des Etats arabes et musulmans.

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