Légalisation du Cannabis: Un tabou est levé

Le projet de loi visant la légalisation de l’usage médical et industriel du cannabis a été approuvé, le 11 mars 2021, en conseil de gouvernement. Ce projet tend à réguler la culture et la transformation de cette plante dont le Maroc est l’un des plus grands producteurs au Monde, avec un potentiel économique estimé à 130 milliards de dirhams par an.

Clap de fin pour le débat sur le chanvre indien. Longtemps agitée au Maroc, notamment à l’approche d’échéances électorales, la légalisation du cannabis devient désormais une réalité. Le Conseil de gouvernement, qui examinait le le projet de loi devant régir cette activité depuis le 25 février 2021, a donné son feu vert ce jeudi 11 mars, en approuvant ce texte qui réglemente l’usage licite de cette plante dont la culture était jusque-là interdite dans le Royaume.

Ce texte prévoit la création d’une «Agence de régulation des activités du cannabis», qui assurera le suivi du cannabis à usage médical, cosmétique et industriel, dans toutes les étapes de sa chaîne de production, de transformation, d’importation, d’exportation et de commercialisation. Elle aura aussi pour mission d’accorder, de renouveler et de retirer les autorisations et d’assurer le suivi sur le terrain de toutes les opérations relatives à cette activité.

55.000 ha cultivés en 2019
L'article 7 du projet de loi stipule que «l’accord de la licence de la culture et la production du chanvre indien est conditionné par la présentation d’un dossier qui prouve que le demandeur de licence satisfait les conditions suivantes: Être de nationalité marocaine; avoir l’âge légal de la majorité; résider dans l’un des douars constituant l’une des provinces fixées par décret; s’engager dans des coopératives spécialement créées à cet effet conformément à la loi relative aux coopératives du Dahir n°1.14.189 établi le 27 Moharam 1436 (21 novembre 2014).» Le demandeur doit aussi être propriétaire de la parcelle destinée à cette culture, ou obtenir la permission du propriétaire pour y cultiver du chanvre indien, ou obtenir un certificat délivré par l’autorité administrative attestant qu’il est l’exploitant de cette superficie, précise l’article. Ces agriculteurs, regroupés en coopératives, doivent s’engager à n’utiliser que des plants certifiés par l’Agence.

Cette légalisation de l’«or vert» constitue une aubaine pour le Maroc, considéré comme le premier producteur mondial de cannabis, avec une production d’environ 700 tonnes. Un leadership jalousement conservé, en dépit de la baisse des superficies dédiés à cette culture, qui sont passées de 134.000 ha en 2003 à 47.196 ha en 2013, d’après l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC).

Une chute de plus de 70% due à l’interdiction de cette activité sur le territoire national à cette époque. Les dernières statistiques officielles font état de 55.000 ha cultivés en 2019. Véritable moyen de subsistance, la production de cannabis fait vivre environ 90.000 ménages, soit plus de 760.000 personnes, dans les régions de Chefchaouen, Ouezzane, et Al Hoceima, particulièrement la célèbre commune rurale de Ketama-Issaguen, fief historique de la culture du kif. Les petits exploitants de ces localités peuvent afficher le grand sourire, puisque cette décision gouvernementale pourrait leur permettre d’augmenter considérablement leurs revenus, estimés à moins de 4,5 milliards de dirhams par an, très loin de la manne financière de 128 milliards de dirhams amassée par les réseaux de trafiquants.

Ces agriculteurs auraient réalisé un chiffre d’affaires d’environ 3,5 milliards de dirhams, après avoir écoulé 45% de leur production à l’état brut et 55% sous forme de résine, selon la dernière enquête nationale sur le chanvre indien publiée en 2005 par l’ONUDC.

Le cannabis thérapeutique pourrait être une poule aux oeufs d’or pour l’économie marocaine. Ce marché, qui connait une croissance exponentielle, pourrait atteindre 55,8 milliards de dollars en 2025, soit 5 fois plus qu’en 2015, selon une étude publiée en 2017 par le cabinet Grand View Research. Quant au marché européen, qui était de 240 millions d’euros en 2020, il pourrait s’élever à 128 milliards d’euros en 2028, selon la société de consulting Prohibition Partners.

Une étude de marché intitulée «Medical Cannabis Market» de la société d’études de marché Imarc, évaluait déjà ce business mondial à 16,5 milliards de dollars en 2019, et prévoyait une croissance annuelle de 22,9% entre 2019 et 2024, pour le porter à 44,4 milliards de dollars d’ici 2024. Même les entreprises su secteur se frottent les mains.

Une stratégie payante
La société canadienne Canopy Growth, très active dans ce secteur, a réalisé un chiffre d’affaires de 438 millions de dollars en 2020, contre 78 millions en 2018. Le Maroc pourrait aussi s’inspirer du Lesotho, ce petit Etat de l’Afrique australe, premier pays à légaliser le cannabis à des fins médicales sur le continent en 2017. Les autorités facilitent l’obtention de licences d’exploitation aux investisseurs, à raison de 30.000 euros par an. Une stratégie qui s’est avérée payante.

Aujourd’hui, des multinationales américaines, canadiennes et britanniques y sont présentes, notamment l’entreprise Medigrow, en partenariat avec l’entité canadienne Supremme Cannabis, dont les investissements sont estimés à 17,4 millions d’euros, pour y produire l’huile de cannabis, dont le litre peut coûter entre 6.000 et 21.000 dollars. Autant dire que l’avenir s’annonce vert pour le Royaume.