UNE LEÇON DE DIPLOMATIE

Nos ambassadrices à Madrid et à Berlin toujours en attente

Désormais, le Royaume est un pays avec lequel il va falloir compter. Ce message doit être pris en considération par les institutions européennes afin d’entamer une ère nouvelle, sur des bases saines.

Mardi 14 décembre 2021, au palais royal de Rabat, Sa Majesté le Roi a reçu plusieurs ambassadeurs auxquels il a remis leurs dahirs de nomination. De ces nouveaux diplomates, on cite l’ancien ministre des Finances, Mohamed Benchaâboun, désormais à la tête de l’Ambassade du Royaume à Paris, ou encore le jeune diplomate de carrière, Hakim Hajoui, ambassadeur à Londres. Deux capitales européennes importantes et influentes.

A quelques nuances près, comme Berlin et Madrid. Sauf qu’il n’y a rien de nouveau par rapport aux représentations diplomatiques de l’Allemagne et de l’Espagne. Ce qui peut être traduit comme un maintien du statut quo pour Zohour Alaoui et Karima Benyaïch, ambassadrices respectives à Berlin et à Madrid. Les deux diplomates gardent, ainsi et jusqu’à nouvel ordre, leur titre. En mai 2021, à quelques jours seulement d’intervalle, elles ont été rappelées par le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, pour «consultations». Des consultations qui durent depuis sept mois. Elles peuvent durer le temps qu’il faut, tant que rien n’a changé dans la position des gouvernements allemand et espagnol quant à la cause nationale, à savoir le Sahara marocain.

Concernant l’Allemagne, le département de M. Bourita avait expliqué les raisons de cette rupture de tout contact avec l’Ambassade d’Allemagne à Rabat puis des relations diplomatiques avec le pays de l’ex chancelière Angela Merkel: «La République Fédérale d’Allemagne a multiplié les actes hostiles et les actions attentatoires à l’égard des intérêts supérieurs du Royaume du Maroc (…) L’Allemagne s’est démarquée par une attitude négative sur la question du Sahara marocain (…) Son activisme antagonique, à la suite de la proclamation présidentielle américaine reconnaissant la souveraineté du Maroc sur son Sahara, est un acte grave qui demeure jusqu’à présent inexpliqué», souligne le ministère.

Notre ambassadrice à Madrid, Karima Benyaïch, a été rappelé, pour sa part, en relation avec l’attitude injustifiée et remontée du gouvernement de Pedro Sanchez au sujet de l’afflux migratoire de jeunes Marocains du nord du pays dans l’enclave espagnole de Sebta le 16 mai 2021. «Les relations entre pays voisins et amis doivent être fondées sur une confiance mutuelle, qui doit être travaillée et entretenue», a-telle déclaré quelques jours avant de regagner le Maroc, précisant qu’il y a «des attitudes qui ne peuvent être acceptées». Une relation déjà entachée par l’affaire Brahim Ghali, le chef des séparatistes du Polisario, qui a été admis clandestinement le 18 avril 2021 sur le territoire espagnol avec une fausse identité.

Depuis, l’Espagne et l’Allemagne redoublent d’efforts pour faire oublier ces deux incidents et tourner définitivement la page. L’Espagne a procédé à un remaniement ministériel tout en démettant de ses fonctions Arancha Gonzalez, la ministre des Affaires étrangères, qui a, par ses déclarations, envenimé les relations bilatérales et a préparé l’arrivée et l’entrée en Espagne de Brahim Ghali. Le nouveau gouvernement allemand, présidé par le socialiste Olaf Scholz, a tenté de rétablir ses relations avec le Maroc, à travers sa ministre des Affaires étrangères.

Celle-ci a en effet reconnu la contribution importante du plan d’autonomie marocain au processus onusien au Sahara, ce qui s’interprète comme un pas vers la réconciliation après une brouille de plusieurs mois ayant abouti au gel des relations bilatérales. Jusque-là, toutes ces tentatives se révèlent sans grand succès. Non que la diplomatie marocaine ne prête aucun intérêt à ces signaux, mais elle patiente pour voir s’ils sont vraiment sincères. Désormais, le Royaume est un pays avec lequel il va falloir compter. Ce message destiné aux pays européens doit être pris en considération par les institutions européennes afin d’entamer une ère nouvelle, sur des bases saines. Autrement dit, une relation gagnant-gagnant, parfaitement équilibrée.