Le PAM dans le doute


Le parti Authenticité et Modernité a la recherche d’un nouveau souffle


L’agenda diplomatique royal  actuel a relégué à l’arrière-  plan la question encore  pendante de la formation  d’un gouvernement par Abdelilah Benkirane,  Chef du gouvernement désigné.  Il semble bien que, depuis la mi-janvier  2017, ce dossier fasse l’objet d’une sorte  de “pause”. Abdelilah Benkirane a imposé à ses proches le mutisme. En face, c’est  pratiquement la même consigne. De quoi  entretenir l’idée de plus en plus répandue,  ici et là, qu’il y aurait bien un “draft” liant  Benkirane et Akhannouch pour former une  majorité. Suivant quels contours exacts?  Avec ou sans l’USFP, dont le leader du  PJD excluait la participation?

En attendant, voilà qu’une formation  politique qui n’est pas partie prenante  dans cet arrangement même en pointillés  relance le débat. Il s’agit du PAM par la  voix de son secrétaire général, à l’issue de  son conseil national extraordinaire tenu les  27, 28 et 29 janvier 2017, à Bouznika. Ilyas  El Omari continue à imputer le blocage  actuel à Benkirane et il exprime à cet égard  sa “grave préoccupation”. Il fait état des  conséquences négatives de cette situation  dans tous les domaines, économique,  social, institutionnel et politique. Mais il  invoque aussi un autre argument relatif à  l’article 47 de la Constitution qui, rappelons-  le, confie au Roi la nomination d’un  Chef du gouvernement au sein du parti  classé en tête aux élections de la Chambre  des représentants.

De quoi s’agit-il? Selon le secrétaire général  du PAM, ces dispositions-là (art.47,  alinéa I) ont été imposées par Benkirane au  président de la commission consultative  pour la révision constitutionnelle, Abdeltif  Mennouni, ainsi qu’à la vingtaine de ses  membres; qu’il n’a pas été tenu compte d’autres memoranda de partis politiques  proposant qu’en cas d’échec du premier  parti à mettre sur pied une majorité, le  Roi se tourne vers le deuxième parti, une  procédure utilisée en Grèce et ailleurs. Il  faut rappeler que le même Ilyas El Omari  avait déjà proposé un amendement de  cet amendement lors des réunions avec  d’autres chefs de partis, à la suite des  élections législatives du 7 octobre 2016.

L’idée était d’actionner les dispositions  du titre XIII sur la révision de la Constitution  en ses articles 172 et 173. Avec la  nouvelle loi suprême de juillet 2011, cette  initiative a été ouverte non seulement au  Roi, mais à chacune des deux Chambres  du parlement ainsi qu’au Chef du gouvernement.  La proposition d’origine parlementaire  doit être votée par une majorité  des deux tiers des membres composant  chaque Chambre. Un référendum doit  approuver cette modification. Au sein de  la Chambre des conseillers, composée de  120 membres, une telle majorité des deux  tiers peut-elle cependant être réunie au  vu de la composition actuelle issue des  élections d’octobre 2015?

Coût politique
Cinq partis formant l’opposition actuelle  ne totalisent que 49 voix. Pourront-ils  gagner, le cas échéant, 31 autres sièges  pour atteindre les 80 requis par une majorité  des deux tiers? Quant à la Chambre  des représentants, élue le 7 octobre  2016, les cinq partis précités totalisent  205 sièges, loin des 264 requis pour  une majorité qualifiée de deux tiers. En  l’état, il paraît donc pratiquement exclu  qu’une révision constitutionnelle puisse  être engagée avec succès.

Une autre procédure existe qui ne requiert  pas un tel décompte des voix des parlementaires.  Référence est faite ici à une  initiative émanant, cette fois, du Roi, qui  n’est tenu que de consulter le président  de la Cour constitutionnelle (art.174, alinéa  3). Dans ce cas, le projet royal doit être  approuvé à la majorité des deux tiers des membres du Parlement (art. 174, alinéa 4).  Une telle procédure fait intervenir divers  paramètres: le Roi veut-il (ou voudra-t-il)  dans la présente conjoncture avoir une  telle initiative, entreprise après un blocage  lié à l’inapplicabilité de l’article 47? Rien  n’est moins sûr compte tenu du coût politique  d’une telle opération...

C’est dire, pour revenir au PAM, qu’il ne  peut compter que sur lui-même. Mais pour  faire quoi? La session du conseil national  qui vient de se tenir a-t-elle permis de  clarifier son statut et son rôle? Il semble  bien que les critiques n’ont pas manqué  sur l’évaluation de son bilan. Annonçant à  grand bruit lors de la campagne électorale  qu’il se classerait en tête, les urnes en ont  décidé autrement avec seulement 102  sièges, loin derrière les 125 du PJD.

Nouvelle hiérarchisation
Depuis le 7 octobre, le PAM s’est installé  de nouveau –comme en 2011– dans l’opposition.  Le PJD, de son côté, l’a exclu  de toute majorité. L’on est ainsi dans un  double front de refus relevant de l’excommunication,  chacun d’entre eux menant  pratiquement un procès de déni de “légitimité”.  Ce qui a suivi n’a pas contribué à  entretenir le moral dans les rangs du PAM;  tant s’en faut. Le mercredi 12 octobre, l’un  de ses principaux alliés, le RNI, enregistre  la démission surprise de son président,  Salaheddine Mezouar, remplacé par Aziz  Akhannouch, qui avait pourtant démissionné  de ce même parti le 1er janvier  2012 et qui avait également annoncé, en  mai 2016, qu’il quittait la scène politique.  Le PAM se voit déclassé et substitué  comme premier opposant par le RNI, qui  conduit les négociations avec Benkirane.

Le cycle en est connu, avec ses rebondissements  de diverses sortes. S’est opérée  ainsi une nouvelle hiérarchisation du côté  des partis dits “administratifs” (RNI, MP,  UC et PAM): Akhannouch veut les faire  participer en bloc mais sans le PAM. Il  affirme un leadership s’apparentant à une  sorte de codirection de fait du prochain gouvernement, Benkirane ne pouvant pas  compter sur une majorité absolue avec le  PJD (125), le PPS (12) et le PI de Hamid  Chabat (46), ce dernier n’ayant pas une  place dans le cabinet mais assurant un  soutien critique au Parlement.

Rouleau compresseur
Comment tout cela finira-t-il après tant  de remue-ménage depuis pratiquement  quatre mois ? La situation de l’USFP de  Driss Lachgar est singulière. Après bien  des tergiversations, elle a rallié la position  du nouveau président du RNI, et elle  décroché la présidence de la Chambre  des représentants, confiée à Habib El  Malki. Mais celle du PAM est beaucoup  plus complexe. Voilà en effet un nouveau  parti, créé en 2009, et qui a été mis en  place pour faire face au PJD et pour diriger,  avec des alliés, le gouvernement en  2011.

Le G8 lancé en octobre 2011 sous le label  “Alliance démocratique” avec le RNI,  le MP, l’UC et quatre autres formations  participait bien de cette démarche. Dans  l’optique du scrutin du 7 octobre 2016,  cette même préoccupation était établie  mais elle a été démentie par les urnes.

Que faire alors? Attendre de nouveau  un quinquennat, soit jusqu’à 2021, pour  espérer inverser le cours des choses?  Le PAM explique à l’envi qu’il est nécessaire  et qu’il est un rempart contre la  mouvance islamiste, dont le PJD est l’affichage  institutionnel. Mais des obstacles  de belle taille seront-ils surmontés? Quel  leadership? Quel programme? Quelles  structures organiques efficientes, attractives  et mobilisatrices face au rouleau  compresseur du PJD, devenu central et  incontournable? Cela relève des travaux  d’Hercule... Pour l’heure, en tout cas, le  PAM est stérilisé dans un champ politique  et social largement occupé sinon squatté  par son adversaire islamiste mais aussi ses  alliés– rivaux. Un parti encore utile?.

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