Le ministre de la Culture opte pour la réorganisation du Théâtre national Mohammed V de Rabat

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Vers une renaissance du théâtre marocain


Projet. Alors que le théâtre peine à séduire au Maroc, le ministère de la Culture mise sur l’infrastructure pour relancer cet art. Objectif: réconcilier le public avec les salles de théâtre.

Bouffée d’oxygène pour  relancer le théâtre au  Maroc, ou un énième  coup d’épée dans  l’eau? C’est la question  à poser, alors que la commission  de l’enseignement, de la culture et  de la communication à la Chambre  des Représentants a adopté, début  janvier 2016, un projet de loi visant  à réorganiser le théâtre national  Mohammed V, dans l’optique d’en  faire une locomotive pour le théâtre  au Maroc, et redonner à cet art ses  lettres de noblesse.


Ainsi, le ministre de la Culture,  Mohamed Amine Sbihi, veut  adapter le rôle de cet établissement  emblématique aux nouveautés des  champs culturel et artistique et de  le soutenir sur les plans législatif,  financier et organisationnel. En effet,  le théâtre Mohammed V, avec sa  capacité importante estimée à 1.700  places, représente une référence  dans l’accompagnement de la  dynamique que connaît l’industrie  créative et culturelle. Inauguré en  1962, puis doté de la personnalité  morale et de l’autonomie financière  par dahir en 1973, ce théâtre ne se  limite plus aux activités théâtrales.


Depuis, le nombre de salles a connu  une augmentation progressive,  pour atteindre les 125 salles sur  l’ensemble du territoire national  en 2015. Les efforts de l’Etat sont  indéniables, avec l’inauguration et la construction en cours de plusieurs  autres salles dans différentes villes du  royaume. Le Théâtre Mohammed VI  de Oujda, disposant de 1.100 place  et inauguré en juin 2014, reflète  parfaitement cette ambition de  renforcer l’infrastructure déjà  existante, d’autant plus que la ville  de Casablanca aura droit à son grand  théâtre avec une capacité record de  2.000 places.


Miser sur l’infrastructure
La démocratisation de l’accès au  théâtre est également de mise, avec  un calendrier bien établi. Il s’agit  de doter progressivement, dans un  premier temps, chaque chef-lieu de  région d’une grande salle de théâtre,  avant de passer aux communes  comptant 100.000 habitants, puis  celles avec 20.000 habitants.


Ces avancées restent tout de  même à relativiser. Les 125 salles  recensées par le département de  tutelle comprennent même les  établissements dont les capacité  dépasse les 200 places ce qui rend les  chiffres du ministère assez flatteurs.  D’autant plus que les besoins du  Maroc en la matière s’élèvent à 100  salles de théâtre dans les six années  à venir.


Ce déficit se répercute, logiquement,  sur les performances des comédiens,  comme peut en attester l’humoriste  marocain et membre de la troupe  du théâtre national Mohamed El  Jem, «Notre troupe préparait une  pièce théâtrale, et ciblait un public  assez large. Mais on s’est heurté,  malheureusement, aux capacités  réduites des salles de théâtres, qui  ne sont, généralement, en réalité, que des complexes culturels dont la  capacité varie entre 200 et 250 places  seulement», nous explique-t-il.


Dans ce sens, il ne faut pas concevoir  le théâtre en tant qu’activité  purement et uniquement artistique.  Ainsi, se produire dans une salle à  capacité réduite ne permet pas de  couvrir les dépenses d’une troupe,  notamment les déplacements et  l’hébergement, particulièrement  lorsque le nombre des membres  de la troupe en question est  important. Cette situation pourrait paraître caricaturale mais constitue  un véritable casse-tête pour les  professionnels, rendant l’exercice  de cet art plus difficile que jamais.


Conceptions opposées
Mais le problème du théâtre  au Maroc ne se limite pas à la  contrainte des infrastructures, et  concerne davantage le rôles et les  objectifs des professionnels de cet  art. En effet, la situation de celui-ci  est particulièrement complexe et  contradictoire. D’un côté, la quantité  reflète une certaine bonne santé du  théâtre marocain. D’autant plus que  le nombre des troupes qui bénéficient  des subvenions de l’Etat s’estime à  40 chaque année, ce qui prouve, du  moins sur le plan quantitatif, que  la pratique de théâtre se porte bien  dans le royaume. Mais, en dépit de cette évolution  positive, plusieurs contrecoups  entravent la renaissance de cet  art. Un gouffre s’est formé entre  le simple citoyen et l’homme de  théâtre, alors que la mouvance  actuelle a relégué le public au second  plan de ces préoccupations. Une  grande partie des troupes actuelles  s’orientent presque exclusivement  à une élite réduite intéressée,  préférant, au passage, se trouver une  place dans un festival ou se produire  à l’étranger, plutôt que d’essayer de se rapprocher du public local. Une  situation plutôt absurde, étant donné  que l’essence même de cet art est de  créer un contact entre le comédien et  le public, estime Mohamed El Jem.  Pour faire face à cette problématique,  l’Etat joue, depuis 2015, la carte  de la domiciliation pour réconcilier  les Marocains avec le théâtre.  Ce principe consiste à élargir  les catégories de bénéficiaires  des subventions publiques, qui,  auparavant, ne bénéficiaient qu’à la  production et la diffusion des pièces  de théâtre. Ainsi, les aides de l’Etat  financeront la domiciliation des  troupes de théâtre. En 2015, neuf  troupes ont bénéficié de cette aide,  qui peut atteindre 700.000 dirhams  par troupe, alors que ce chiffre  devrait atteindre les 18 troupes en  2016


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