Le Maroc sollicité pour abriter des camps de réfugiés syriens

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Solidarité. Par la voix de son président, Donald Tusk, le Conseil de l’Europe a sollicité le  Maroc pour accueillir des centres destinés aux réfugiés syriens. La menace sécuritaire fait  cependant hésiter les autorités marocaines.


Il aura, malheureusement, fallu  la mort d’un enfant, le petit  Aylan Kurdi, pour que le monde  prenne conscience du malheur  des réfugiés syriens. La photo  du jeune garçon, trois ans, étendu,  inanimé, sur une plage turque, a fait  le tour du monde. Plusieurs journaux  internationaux en ont fait leur une.  Aussitôt, la Commission européenne  a décidé l’accueil de 120.000 réfugiés.  Ils devraient être répartis, selon  des quotas contraignants, entre  l’ensemble des pays de l’Union  européenne (UE). «Nous avons  besoin de quotas contraignants au  sein de l’Union européenne pour  nous partager les devoirs», a défendu  la chancelière fédérale d’Allemagne,  Angela Merkel. «C’est le principe de  solidarité».


A coup sûr, les autorités marocaines  doivent suivre plus qu’attentivement  la situation. En quelque sorte, le Maroc  est directement concerné. Comme  l’a déclaré le président du Conseil  européen, Donald Tusk, lors d’une  conférence de presse, le 3 septembre  2015, le Royaume devrait être l’un des  quatre pays, avec la Jordanie, le Liban et la Turquie, à accueillir des centres  d’accueil, par lesquels transiteraient  les réfugiés avant d’atterrir en  Europe. «Les centres d’accueil où  les demandes d’asile sont prises en  charge devraient être plus proches  des zones de conflits, en dehors de  l’Europe, où des camps de réfugiés  existent déjà», d’après M. Tusk.  En conséquence, le Maroc devrait,  certainement, accueillir plusieurs  dizaines de milliers de réfugiés.


Filières jihadistes
Les négociations vont bon train. Ce  qui est sûr, néanmoins, c’est que  le Maroc ne doit pas accueillir la  sollicitation du Conseil de l’Europe  de bon coeur. D’abord, il invoque,  entre autres, l’activisme prosélyte,  notamment chiite, auxquels  s’adonneraient un certain nombre  de Syriens. Mais la principale crainte  semble, par-dessus tout, intéresser  la menace sécuritaire.


Parmi les dizaines de milliers de  Syriens attendus, quelques uns  seraient, d’après les autorités  marocaines, susceptibles  d’alimenter les filières jihadistes.  Certains auraient pu fourbir leurs  armes, disent-elles redouter, au sein  des organisations terroristes actives  au Proche-Orient, à l’instar de l’Etat  islamique (EI).


D’où la décision, expliquent-elles,  le 20 août 2015, d’instaurer un visa d’entrée à leur endroit (mais  aussi celui des Libyens). La direction  générale des études et de la  documentation (DGED), principal  service de renseignement extérieur,  a, dans ce sens, déjà mis le pied à  l’étrier. Ses agents suivent de près  l’évolution sur le terrain.


Parcours du combattant
Cela étant, le Maroc ne peut être que  solidaire du drame du peuple syrien.  Le Royaume en a, dans une certaine  mesure, l’obligation morale. Plus  de 5.000 Syriens ont, depuis début  2014 et l’entrée en vigueur de  la nouvelle politique migratoire,  obtenu leur titre de séjour. C’est la  deuxième communauté étrangère à  être le plus régularisée, derrière les  Sénégalais. Mais le titre de séjour  ne leur accorde pas le même statut  que celui de réfugié. Les réfugiés sont  protégés par plusieurs conventions  internationales, notamment la  convention relative au statut de  réfugié, ratifiée par le Maroc. Les  simples migrants, non. Depuis  janvier 2015, près de 700 Syriens  ont demandé à accéder au statut de  réfugié. Ils n’ont, pour l’heure, pas  encore reçu de réponse. «La situation  de la communauté syrienne est très préoccupante», nous déclare  le secrétaire général du Groupe  antiraciste d’accompagnement et de  défense des étrangers et des migrants  (GADEM), Hicham Rachidi. «Certains se  sont, notamment, reconvertis dans la  menuiserie. A ce propos, nous n’avons  pas pu obtenir d’éléments de la part  de la délégation interministérielle aux  droits de l’Homme, contactée par nos  soins.


Tensions diplomatiques
Pour parvenir au Maroc, les migrants  syriens ont, pour la plupart, eu à  effectuer un véritable parcours du  combattant. D’abord, le Royaume  n’a plus d’ambassade en Syrie depuis  2011. Des manifestants l’avaient,  quelques mois après le début de la  guerre civile, attaquée en raison de  l’engagement du Maroc en faveur du  Conseil national syrien (CNS), opposé  au président Bachar El Assad, et dans  la foulée, le roi Mohammed VI avait  décidé le rappel de l’ambassadeur en  place. Celui-ci opère depuis lors depuis  le Liban voisin, mais l’ambassade ne  s’occupe presque uniquement que des  affaires intéressant la communauté  marocaine, nombreuse à regagner le  pays.


La plupart des Syriens qui veulent donc se rendre au Maroc n’ont d’autre  choix que de passer par l’Algérie;  l’ambassade d’Algérie dans la capitale  de la Syrie, Damas, ayant encore  pignon sur rue.
Mais l’Algérie a, depuis 2012,  drastiquement relevé ses exigences  à l’endroit des ressortissants syriens.  Ceux-ci doivent, désormais, disposer  d’une cassette d’au moins 4.000  dollars américains pour pouvoir passer  la frontière. Par conséquent, seules  quelques riches familles peuvent se  permettre le luxe d’entreprendre un  tel périple. Mais le chemin de croix,  long et tortueux, ne s’arrête pas là.  Une fois entrés en Algérie, beaucoup  de Syriens se retrouvent sous la  coupe de passeurs peu scrupuleux,  souvent avec la complicité de  militaires algériens tout au moins  malveillants l’implication de la  hiérarchie militaire algérienne n’est,  cependant, pas établie. Début 2014,  la question des ressortissants syriens  avait d’ailleurs été à l’origine de  tensions diplomatiques entre le Maroc  et l’Algérie, les deux pays s’accusant  mutuellement d’expulser dans l’une  et l’autre direction les migrants,  trimbalés de part et d’autre de la  frontière au gré des humeurs des uns  et des autres.


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