Le dernier des généraux

Ahmed Gaïd salah, chef d'état-major de l'armée Algérienne

Jusqu’où le patron de l’ANP peut-il encore monter? Sans doute qu’aujourd’hui personne, en Algérie, ne peut lui contester son titre de maître absolu.

Pas besoin d’être un spécialiste pour savoir que la politique, en Algérie, est une affaire de galonnés. Et pas besoin, non plus, de suivre l’actualité algérienne pour comprendre que le pouvoir se trouve, valeur aujourd’hui, non entre les mains du président Abdelaziz Bouteflika ou de son frère et conseiller Saïd, comme le soutiennent certains milieux, mais du chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah.

Depuis septembre 2013, ce dernier n’hésite d’ailleurs plus à outrageusement occuper l’espace public, après s’être octroyé, dans le cadre d’un remaniement ministériel, le poste de vice-ministre de la Défense -du jamais-vu depuis la fin des années 1980, quand le général-major Khaled Nezzar, prédécesseur de M. Salah à la tête des armées, s’était vu remettre, au titre de ministre plénipotentiaire, ledit portefeuille.

Les concurrents éliminés
Mais le moins que l’on puisse dire est que l’homme d’Aïn Yagoul -où, officiellement, il a vu le jour le 13 janvier 1940, voire plus d’une décennie plus tôt selon d’autres sourcesest, en général, quelqu’un de sûr de son fait. Et pour cause: jusqu’à sa désignation, le 3 août 2004, à la tête de l’ANP, il a, plus de cinquante ans durant, patiemment tissé sa toile, éliminant petit à petit les concurrents s’étant mis en travers de son chemin. Un «chacun pour soi» dont, visiblement, il ne s’est pas départi, puisqu’au cours des derniers mois, on l’a encore vu jouer des coudes à l’endroit des généraux s’opposant au cinquième mandat de M. Bouteflika et, par là même, à lui. Même l’ancien chef du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), Mohamed Lamine Médiène, alias «Toufik», avait fini par plier, en septembre 2015, devant la volonté de toute puissance de Gaid Salah: celui que l’on surnommait pourtant «Reb Dzayer», c’està- dire le dieu de l’Algérie, avait, sans autre forme de procès, été mis sur le carreau.

Jusqu’où le patron de l’ANP peut-il encore monter? Sans doute qu’aujourd’hui personne, en Algérie, ne peut lui contester son titre de maître absolu. Il n’y a, en vérité, que sa santé, qu’on dit déclinante -avec l’âge, cela va de soi-, qui puisse sans doute venir mettre un coup de frein à ses ambitions. A ce titre, d’aucuns comparent l’Algérie actuelle à l’Union soviétique des années 1980, dont la vieillesse des dirigeants avait déteint sur la situation du pays elle-même, jusqu’à connaître l’effondrement au tournant des années 1990.

Un scénario que M. Salah et sa clique seraient bien inspirés de méditer au risque de mettre en danger non seulement leur peuple, mais tous ceux de la région.