Lamia Chraïbi: "Nous ne cherchons pas à être assistés, mais à accéder à nos droits"

Entretien avec Lamia Chraïbi, productrice de films.

Lamia Chraïbi a produit de nombreux films marocains qui ont eu du succès au Maroc et à l’international. Elle raconte, dans cet entretien, les difficultés auxquelles les producteurs font face pendant cette période douloureuse de pandémie.

Peut-on considérer la réouverture des salles de cinéma comme une bouffée d’oxygène pour les opérateurs cinématographiques?
Oui, c’est une bouffée d’oxygène après environ deux ans de fermeture à cause de la pandémie. Pour réconcilier les spectateurs avec les salles de cinéma, certains pays ont lancé de vastes opérations de communication et d’affichage.

Chose qui n’a pas été entreprise par le gouvernement. Il y a aussi le couvre-feu nocturne, qui commence à 23h, ce qui pose problème pour les gens qui regardent la séance de 21h. Donc, il y a quelque chose qui n’est pas encore complet dans le dispositif actuel.

Les propriétaires des salles de cinéma font partie des naufragés de cette crise. Est-ce également le cas pour les sociétés de production?
Oui, effectivement, toutes les sociétés de production ont connu des périodes très difficiles à cause, justement, de la fermeture des salles de cinéma et de l’arrêt des tournages de films. La mienne a été totalement paralysée depuis deux ans. Mon travail consiste à chercher des financements locaux et étrangers pour des projets cinématographiques créatifs.

J’ai pour habitude de chercher ces financements lors des festivals de cinéma, où je rencontre d’autres producteurs. Or, tous les festivals et les lieux de marchés ont été annulés.

Peut-on avoir une idée sur vos projets freinés par la pandémie?
Dans la vie d’un film, il y a plusieurs parties. Par exemple, je commence avec les salles de cinéma qui ont fermé d’un coup, le 13 mars 2020. J’avais un film, «Une Urgence ordinaire», de Mohcine Besri, qui venait d’être en salles une semaine avant la fermeture. La projection de ce film a été brutalement arrêtée et n’a pas pu revenir dans les salles après leur réouverture.

Or, nous avions engagé des dépenses importantes pour la promotion de ce film. De la même manière, j’avais un long métrage de Talal Selhami, «Achoura», qui devait sortir le 13 mars 2020, mais on a dû également tout arrêter. Aujourd’hui, je n’ai pas envie de les sortir parce que ce n’est pas la bonne période car l’affluence dans les salles n’est pas encore au rendez-vous.

Quand allez-vous les sortir?
Je pense éventuellement vers le mois d’octobre ou novembre. Mais cela dépend naturellement de l’évolution sanitaire dans notre pays.

Avez-vous d’autres projets en standby?
J’ai quatre films qui sont en finition, c’est-à-dire en phase de post production. Notamment «Mica», de Ismaïl Ferroukhi; «Ziyara», de Simone Bitton; «School of Hope» (l’école de l’espoir), de Mohamed El Aboudi. Il y a aussi le film «Touda», de Daoud Oulad Sayed, sur lequel on était en écriture. J’ai voulu le déposer au Centre cinématographique marocain pour bénéficier d’une avance sur recettes, mais je n’ai pas le faire à cause d’une sentence qui m’empêchait de le déposer.

Avez-vous reçu des soutiens financiers de la part du gouvernement?
Non, nous n’avons rien reçu de la part du gouvernement. Mais, en réalité, nous ne cherchons pas à être assistés, mais plutôt à accéder à nos droits. Dans les pays européens, les gouvernements ont changé les lois pour pouvoir accorder plus de temps aux producteurs afin de finaliser leurs films. Ce qui n’est pas le cas chez nous.