L'Algérie au pied du mur

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SAHARA MAROCAIN


Le Maroc a fini par faire prévaloir sa position constante: aucune solution n’est possible sans l’implication de l’Algérie. Aucune avancée ne peut être enregistrée sans sa présence et sa responsabilisation.

Satisfaction donc pour le Maroc après le vote par le Conseil de sécurité, le 31 octobre 2018, de la résolution 2440. Satisfaction parce que pour la première fois cette haute instance onusienne considère l’Algérie comme partie principale du processus politique. L’ambassadeur du Maroc aux Nations-Unies, Omar Hilale, n’a pas manqué de le relever. Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, s’en est longuement expliqué devant la presse, le 2 novembre. Le contexte des derniers mois doit être au préalable rappelé parce qu’il permet de mettre en perspective les décisions du Conseil de sécurité. Ainsi, depuis plus d’un an, le Polisario avait multiplié les provocations, tant à Guerguerat que dans des zones à l’Est du mur de défense. Il voulait y mettre en place une «police» et contrôler cette zone tampon; il comptait même déplacer une partie de ses structures administratives de Tindouf (en Algérie) vers cette zone, en particulier à Bir Lahlou.

Relance des négociations
Au plan diplomatique maintenant, le Conseil de sécurité avait appuyé les propositions de Horst Köhler, envoyé personnel d’Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, pour une relance du processus de négociation, ce que l’on appelle le 5ème round après les quatre premiers dits de Manhasset.

Lors des réunions des deux dernières semaines du mois d’octobre se sont alors posées plusieurs questions. La première d’entre elles a trait à la durée du mandat de la Minurso. Avec la résolution 2414, le 27 avril 2018, ce mandat avait été écourté à six mois au lieu de douze auparavant. Il a été décidé, cette fois, de le renouveler pour une nouvelle période de six mois.

Les membres du Conseil de sécurité étaient divisés à ce sujet. Washington a soutenu jusqu’au bout la réduction à six mois en invoquant le fait que celle-ci sera une «pression sur les parties pour aboutir aussi rapidement que possible à une solution ».

Quant à la France et d’autres pays, ils s’étaient prononcés pour un mandat d’un an. L’ambassadeur français, François Delattre, avait avancé que «le raccourcissement des mandats nous paraît une fausse bonne idée, sans effet sur le processus politique, mais susceptible en revanche de fragiliser le système onusien».
Pour sa part, une autre approche prévalait à cet égard. Comme l’a déclaré Nasser Bourita, cette question de la durée du mandat était pratiquement secondaire: «Ce qui compte, c’est le contenu, pas la durée». Il a aussi appelé à une distinction entre le cessez- le-feu et le processus devant conduire à un règlement.

Souveraineté et autonomie
Le Maroc est disposé à s’engager dans cette voie de recherche d’un règlement sur la base des quatre fondamentaux énoncés par S.M. le Roi dans son discours de la Marche Verte du 6 novembre 2017: souveraineté et règlement sur son projet d’autonomie du 11 avril 2007, qualifié de «sérieux, crédible et réaliste» par le Conseil de sécurité et la majorité de la communauté internationale; définition d’un processus devant conduire à un règlement définitif; pleine et exclusive compétence du Conseil de sécurité pour la supervision du processus; enfin, stricte observance des paramètres de référence définis par le Conseil de sécurité et ce sans interférence et insertion abusive d’autres questions.

Satisfaction du Maroc encore à propos d’une autre question: celle de la responsabilité de l’Algérie. Ce pays n’est plus, comme auparavant dans tous les documents onusiens, un «pays voisin» mais une «partie». Le Maroc a ainsi fini par faire prévaloir sa position constante: aucune solution n’est possible sans l’implication de ce pays. La preuve a été faite avec les quatre rounds de Manhasset (2008-2012) qu’aucune avancée ne peut être enregistrée sans sa présence et sa responsabilisation. L’ONU a essayé depuis une décennie de ne pas associer ce pays; en vain –du temps a été perdu… La résolution 2440 liste désormais les parties invitées à Genève: Maroc, Algérie, Polisario, Mauritanie. Le format des «2+2», à savoir deux parties (Maroc/Polisario) et deux pays voisins (Algérie/Mauritanie) est inopérant; il y a désormais 4 parties.

Un paravent trompeur
La méthodologie Manhasset est caduque, obsolète. A Genève, les 4 et 5 décembre 2018, ce seront donc quatre parties réunies autour d’une table ronde qui seront présentes. Et la Résolution 2440 fait bien ainsi référence, à trois reprises, à quatre invités sans aucune distinction de «statut» de l’Algérie et de la Mauritanie comme pays voisins. C’est là, enfin, une normalisation qui est intervenue puisque ces deux pays ne sont plus qualifiés de «pays voisins» ou «d’Etats de la région», comme ce fut le cas de toutes les résolutions sur le Sahara adoptées par le Conseil de sécurité depuis 2002. La mise à nu s’est donc faite. Derrière le paravent trompeur mais tellement transparent du mouvement séparatiste, il y a un acteur essentiel, réel, l’Algérie qui abrite, arme, finance et mobilise sa diplomatie contre le Maroc.

Cette table ronde de Genève va être, bien entendu, préparée par Horst Köhler et les quatre participants. Des consultations vont avoir lieu à la mi-novembre. Elles porteront notamment sur trois points: niveau de participation, code de conduite, ordre du jour. L’Algérie, pour l’heure, s’est bornée à un communiqué laconique pour «prendre acte» de ce calendrier. Mais elle considère en même temps que cette résolution «consacre l’exercice par le peuple du Sahara occidental de son droit inaliénable à l’autodétermination comme la seule voie à même de mettre un terme définitif au conflit qui oppose le peuple du Sahara occidental au Royaume du Maroc». Avec une telle rhétorique, Alger a beaucoup d’efforts à faire pour pouvoir participer au rendez- vous de Genève avec un esprit positif et coopératif.

Provocations et incursions
Et tout se jouera, dans les semaines prochaines sur la révision ou non de cette position rigide de ce pays. Rien n’est vraiment garanti d’ici là. Nasser Bourita a tenu à le dire sans ambages: «Le Maroc n’ira que lorsque toutes les modalités auront été définies». Si tel n’était pas le cas, l’Algérie porterait alors la lourde responsabilité de l’échec d’un processus consacré et appuyé par le Conseil de sécurité.

Mais il y a plus dans le registre de la satisfaction de Rabat. Référence est faite ici à la situation sur le terrain à l’Est et au Sud du mur marocain de défense. L’accord militaire de septembre 1991 instaurant le cessez-le-feu a prévu deux zones. L’une tampon de 5 km de part et d’autre du mur interdisant tout mouvement militaire; l’autre, au-delà, couvrant une zone dite de restriction. Le Polisario n’a pas respecté cet accord en multipliant, d’août 2017 à mars 2018, les provocations et les incursions dans cet espace régi par un statut particulier. Le Conseil de sécurité, aujourd’hui, «demande au Polisario de respecter ses engagements». Il faut ajouter encore que pour la première fois, Tifariti, qui se trouve à quelque 160 km du mur, à la frontière maroco-mauritanienne, est expressément citée. Si bien que pour la haute instance onusienne, toute la zone à l’Est du mur doit respecter le cessez-le-feu et continuer à relever du statu quo. Et le mythe de la propagande des «territoires libérés » des séparatistes et de l’Algérie vole en éclats devant l’ensemble de la communauté internationale. Comment va s’en sortir l’Algérie? Après la résolution 2440 du Conseil de sécurité adoptée le 31 octobre, la voilà au pied du mur! Elle ne peut se défausser à propos de la question nationale; elle est bel et bien partie prenante.

Et à ce titre, elle a été invitée –comme le Maroc, la Mauritanie et le Polisario- à se rendre à Genève, les 4 et 5 décembre 2018. Ce pays ne peut plus se défausser, comme il le fait depuis plus de quatre décennies et, mettre en avant l’argument fallacieux que le dossier est entre les mains des Nations-Unies et qu’il ne s’y intéresse que par suite de deux éléments: le voisinage et l’application du principe de l’autodétermination. Parlons-en, pour commencer, de ce dernier principe: comment l’Algérie le metelle en oeuvre et le consacre chez elle? Le peuple algérien est-il donc libre de s’exprimer, de choisir, de désigner démocratiquement ses représentants? Pas le moins du monde! Les règles du jeu sont faussées depuis toujours et les scrutins locaux, parlementaires ou présidentiels sont une mascarade.

Aide détournée
Les conditions dans lesquelles le président Abdelaziz Bouteflika va se représenter pour un cinquième mandat en avril 2019 sont l’illustration d’un régime moribond qui n’en finit pas de trépasser. Quant à l’autodétermination du peuple sahraoui qu’elle proclame à l’envi, de quoi parle-t-elle? Les quelque 40.000 sahraouis réfugiés, c’est moins de 8% des populations sahraouies dans les provinces récupérées (500.000). Elle leur refuse, dans les camps de Tindouf, le recensement par le HCR. Pourquoi? Parce que le triplement de ce chiffre qu’elle donne au dehors permet une aide alimentaire largement détournée par les responsables politiques et militaires de la région de Tindouf, séparatistes inclus. Elle refuse aux réfugiés la dignité, un statut, la protection qui leur est offerte par les instruments internationaux (Convention internationale de 1951 et Convention de l’OUA de 1969).

Embarrassée, l’Algérie l’est assurément. La Résolution 2440 du Conseil de sécurité introduit des nouveautés dans l’appréhension de la question nationale en même temps qu’elle réaffirme des paramètres fondamentaux. Pourra-t-elle prendre part sérieusement à la réunion de Genève, de bonne foi et sans pré-conditions? Une disposition d’esprit qui doit également couvrir tout le processus politique post-Genève et ce jusqu’à sa conclusion.

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